Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Escale 6: Le monde par les essais qui le racontent

    3 juin 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Illustration: Tiffet

    Le monde… par les essais L’accélération du temps et les raisons de s’en réjouir, la part de l’autre dans la langue française, les influences lointaines qui façonnent les imaginaires et Vladimir Poutine.


    Dans la centrifugeuse d’un présent qui s’emballe, les certitudes finissent forcément par se faire projeter contre les murs. En février 2016, Facebook en a fait la preuve en dévoilant, dans le cadre de sa campagne « Un monde d’amis », tous ces liens existants aujourd’hui entre les grands ennemis d’hier. « En une seule journée, relate le journaliste américain, Thomas L. Friedman, dans son plus récent essai Merci d’être en retard (Saint-Simon, ★★★ 1/2), [le réseau social] a enregistré 2 031 779 relations entre l’Inde et le Pakistan, 154260 entre Israël et Autorité palestinienne et 137 182 entre l’Ukraine et la Russie. »

     

    Et il ajoute : « Combien d’amitiés durables en sortiront et dans quelle mesure elles contribueront à la résolution de ces vieux conflits est une autre histoire. Il faudrait cependant être un indécrottable grincheux pour ne pas reconnaître que ces chiffres témoignent d’un nombre immense de contacts entre étrangers, ennemis de surcroît. [Et que] l’accélération des flux accélère à l’évidence toutes les formes de relation humaines », surtout pour le meilleur, estime-t-il, à condition toutefois de ne pas se laisser étourdir par l’emballement du monde.

     

    Dire que le monde change relève du truisme, et c’est bien pour cela que l’homme derrière La terre est plate : une brève histoire du XXIe siècle (Saint-Simon), cherche à aller plus loin ne se demandant désormais comment s’adapter à ces changements, sans sombrer dans la résistance viscérale de ceux qui s’emmurent pour se protéger ou dans l’angélisme naïf des connectés qui croient un peu trop fort à leur modernité.

    Explorez tous les continents • Afrique

     

    • Amérique

     

    • Asie

       

    • Europe

       

    • Océanie

       

    • Essais
     

    Le bouquin appelle à se débarrasser des vieux logiciels (politiques, économique, sociaux) inadaptés à l’époque et à innover, entre autres, dans nos politiques publiques pour affronter « une époque d’extrêmes » dans laquelle la capacité des ordinateurs, et du coup l’accélération du monde est doublée tous les deux ans. Il fait aussi écho à la thèse anthropologique de Marc Augé qui dans L’avenir des terriens (Albin Michel, ★★★), constate que la société planétaire sort bel et bien de sa préhistoire et qu’il est plus que temps d’en prendre conscience.

     

    C’est que l’exclusion des uns et l’aliénation des autres par « dissolution dans l’univers médiatique », rendraient, selon lui, la situation planétaire inquiétante, mais pas sans espoir, puisqu’elle invite plus que jamais à opposer à cette « bêtise humaine » qui cherche à faire sombrer le monde des nouvelles utopies, celles qui inscrivent l’espèce humaine dans cette « nécessaire solidarité », seule capable d’assurer sa survie, dit-il.


    Or, pour bien être avec l’autre, il faut savoir s’en rapprocher pour ne plus en avoir peur, ce que propose, modestement, Jean Pruvost dans Nos ancêtres les Arabes (JC Lattès, ★★★1/2) incursion linguistique dans tous ces mots communs de la langue française que l’on doit au continent africain tout comme aux Proche et Moyen-Orient. Cela va des prévisibles bleb, azur, talisman ou baraka aux plus étonnants nénuphar, sucre, tarif, magasin, jupe, épinard ou coton, dont il trace les origines et les voyages dans les époques et les territoires qui les a conduit jusqu’à Nous, un Nous qui, dans sa propre langue, en niant l’autre finit par se nier lui-même. « À travers une langue, la langue française, ce sont en vérité deux civilisations qui se côtoient intimement depuis presque deux siècles », écrit-il.


    Il est parfois bon de s’en souvenir : notre monde est aussi fait par le lointain et l’audace des autres. Fabrice Peltier le prouve d’ailleurs avec faste dans Quasar Khanh (Albin Michel, ★★★★) hommage à ce discret designer industriel originaire du Vietnam et dont le cadre de pensée plutôt asiatique a façonné l’imaginaire et le quotidien sur tous les autres continents. Les meubles en plastique flottant sur les piscines : c’est lui et ça relevait d’une volonté de remettre en question l’ordre établi. Les premiers iMac tout en rondeur et en couleurs, c’est aussi un peu lui. Son esprit a guidé, en effet, le travail de Jonathan Ive qui a mis au monde ce design plutôt épidémique.


    L’influence de Quasar Khanh s’est faite dans la beauté et la poésie. Et ce n’est pas donné à tout le monde, comprend-on à la lecture de Poutine de A à Z (Stock, ★★★1/2) de Vladimir Fédorovski. Ça commence par le début, « À l’origine » — titre donné la première entrée — et ça va jusqu’au Zapping à la Maison-Blanche pour raconter cet homme devenu tsar, et dont l’intelligence a réussi à faire rentrer à nouveau la Russie dans l’histoire et un peu partout, désormais, sur tous les continents.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.