Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Escale 3: l’Afrique entre mémoire, égalité et modernité

    3 juin 2017 | Yannick Marcoux - Collaborateur | Livres
    Illustration: Tiffet

    Afrique Un plaidoyer humaniste sur l’égalité, l’Angola d’une reine singulière, la persistance d’un passé marqué par l’horreur d’un génocide et un rendez-vous manqué avec l’Algérie d’aujourd’hui.


    Avec ses 54 pays, son 1,2 milliard d’habitants, l’Afrique est loin d’avoir cette homogénéité qu’on lui accole parfois. Preuve en sont ces quatre fictions qui témoignent de la diversité culturelle du continent, raconté d’abord par Chimamanda Ngozi Adichie, née au Nigeria, pays qu’elle a habité jusqu’à ses 19 ans, avant de partir vivre aux États-Unis.

    Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, son oeuvre est auréolée de plusieurs récompenses prestigieuses : le meilleur premier livre du Commonwealth Writers’ Price (2005), le prix Orange de la fiction (2007), le prix MacArthur (2009). Son dernier ouvrage, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe (Gallimard, ★★★), est une lettre adressée à une amie d’enfance qui lui demande « comment donner une éducation féministe à sa petite fille ».

     

    Divisée en 15 suggestions, sa missive s’attarde à déconstruire les mythes qui sous-tendent les rapports de domination sexiste. La Nigériane se garde d’expliciter des concepts théoriques, mais puise plutôt dans son bagage d’expériences pour livrer un plaidoyer humaniste et sensible. Introduction pour les non-initiés, aide-mémoire pour les autres, ce manifeste nous rappelle à l’urgence morale d’imaginer un monde égalitaire, parce qu’en réalité, « les femmes n’ont pas besoin qu’on “défende leur cause” ou qu’on les “vénère” : elles ont juste besoin qu’on les traite en êtres humains égaux ».

    Explorez tous les continents • Afrique

     

    • Amérique

     

    • Asie

       

    • Europe

       

    • Océanie

       

    • Essais
     

    Célébration d’une grande dame

     

    Le dernier roman de José Eduardo Agualusa, prolifique auteur angolais, s’inspire, lui, d’Anna Nzinga, une femme exceptionnelle qui, au XVIIe siècle, a été reine des royaumes de Ndongo et de Matamba — situés sur le territoire actuel de l’Angola.

     

    Narré par un jeune prêtre brésilien qui débarque à Luanda pour devenir secrétaire de la reine, La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde (Métaillé, ★★1/2) offre un accès intime à la vie de ce personnage qui s’est fait appeler « roi », qui a entretenu un harem d’hommes habillés en femmes et a dirigé son armée sur les champs de bataille jusque dans sa soixantaine.

    Avec ses hauts, et ses bas, le continent africain raconte aussi ses mutations et le fait dans le grand mouvement pérenne du monde, sur cette route où nous n’allons peut-être nulle part, mais en y allant tous ensemble

    Empruntant à la tradition du roman picaresque, ce récit historique imbrique tribulations amoureuses, tractations politiques et guerres impitoyables où Agualusa, armé de ses mots, revisite la vision européenne de l’histoire de l’Afrique et offre une voix à un espoir nouveau : « La mer était un mur, et non pas une route. […] Dans l’avenir, m’assura-t-elle, cette mer sera une mer africaine. Le chemin par lequel les Africains inventeront le monde. » Les rebondissements de l’histoire sont nombreux, mais souffrent de la monotonie d’une narration qui use à la longue.

     

    Récits aigres-doux

      

    Lézardes (La cheminante, ★★★1/2), second recueil de nouvelles de Beata Umubyeyi Mairesse, ne verse pas dans l’épique, mais se concentre plutôt sur l’anecdote, la vie ordinaire et les jeux de l’enfance. Née au Rwanda en 1979, l’auteure a tout juste 15 ans quand l’horreur frappe le pays. Au terme de trois mois infernaux, elle échappe miraculeusement à la mort et gagne la France, où elle habite encore aujourd’hui.

     

    Ses nouvelles sont campées dans son pays d’origine et se promènent entre les souvenirs de son enfance et le sort de toutes ces vies qui, encore aujourd’hui, luttent contre l’horreur de la mémoire pour se créer malgré tout un avenir lumineux : « Cette année, quand le 7 avril arrivera, je sais que, comme tous les ans, je resterai assise la nuit entière, à me demander chez quel voisin, chez quel ami, je pourrais bien cacher mes enfants, si tout devait recommencer, ici et maintenant. » D’une voix forte mais délicate, Umubyeyi raconte la résilience d’un quotidien fragile, où se côtoient désenchantement et espoir.

     

    L’amour au demeurant

     

    Voyager, c’est abandonner sa carapace et s’ouvrir à l’inconnu, en restant vigilant face à des agences de voyages qui font des promesses qu’elles ne peuvent pas toujours tenir. Ainsi en est-il du dernier roman de Samir Kacimi, L’amour au tournant (Seuil, ★★1/2), qui annonce en quatrième de couverture une rencontre avec l’Algérie d’aujourd’hui. Mais c’est d’un rendez-vous manqué qu’il est question ici.

     

    Dans un square d’Alger, un vieillard cynique et morne fait la rencontre d’un inconnu qui, de façon intrusive mais sympathique, engage la conversation. Le roman relate la discussion — dans un monologue interrompu —, où l’inconnu narre une vie qui orbite autour de l’amour d’une femme, Loubna. Si le récit n’est pas mal ficelé, les considérations anodines sur la vie et les morales finissent par lasser. Les femmes de l’histoire sont pour la plupart des « putes », à commencer par Loubna : « Après l’avoir traitée de traînée, j’avais maintenant envie de lui faire des déclarations d’amour. » Le racolage de l’oeuvre n’est pas très efficace et ne donne pas envie de monter.

     

    Avec ses hauts, et ses bas, le continent africain raconte aussi ses mutations et le fait dans le grand mouvement pérenne du monde, sur cette route où nous n’allons peut-être nulle part, mais en y allant tous ensemble.

    Poursuivre l’exploration... Poèmes pour l’Algérie heureuse, Assia Djebar, SNED, 1969. La grande écrivaine algérienne cherche la paix dans les décombres de la guerre d’indépendance.

    La vie et demie, Sony Labou Tansi, Seuil, 1979. C’est l’histoire d’un homme mort qui, refusant de mourir, se réfugie dans le corps de sa fille.

    Allah n’est pas obligé, Ahmadou Kourouma, Seuil, 2000. Birahima, enfant-soldat, narre dans une langue savoureuse la folie des guerres tribales.

    Un dimanche à la piscine à Kigali, Gil Courtemanche, Boréal, 2000. Immersion douloureuse et poignante dans les ténèbres du génocide rwandais.

    Mémoires de porc-épic, Alain Mabanckou, Seuil, 2006. Un humour singulier. L’histoire d’un porc-épic, chargé par son alter-ego humain d’accomplir des meurtres invraisemblables.

    L’autre moitié du soleil, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard, 2008. Une fresque tragique dans l’intimité de personnages chavirés par la guerre du Biafra.

    Le roi de Kahel, Tierno Monénembo, Seuil, 2008. Regard critique sur la colonisation de l’Afrique de l’Ouest par la biographie d’un excentrique aventurier français.

    Le conservateur, Nadine Gordimer, Grasset, 2009. Un Afrikaner trouve le cadavre d’un homme noir dans sa propriété. Portrait complexe de l’apartheid.

    Nurambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, Zulma, 2011. Enquête sur les bourreaux du génocide rwandais en passant par le témoignage des victimes.

    La saison de l’ombre, Léonora Miano, Grasset, 2013. Poésie et mysticisme dans une communauté sub-saharienne soumise au joug de la traite négrière.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.