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    Aurel Ramat, la correction faite homme

    Créateur d’une bible de la typographie, l’apôtre de la langue est mort à 90 ans

    1 juin 2017 |Jean-François Nadeau | Livres
    Aurel Ramat a travaillé quatre ans au «Devoir» dans la dernière moitié des années 1950.
    Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Aurel Ramat a travaillé quatre ans au «Devoir» dans la dernière moitié des années 1950.

    Rares sont les livres québécois qui n’ont pas profité par la bande de son savoir. Pourtant presque personne dans le grand public ne connaît Aurel Ramat, père d’une grammaire typographique célèbre. Il est mort le 20 mai, à l’âge de 90 ans.

     

    Faute de règles fixées par un institut de normalisation comme il s’en trouvait dans d’autres pays, c’est l’ouvrage personnel de ce typographe qui a été adopté largement depuis plus de 30 ans pour fixer les usages typographiques au Québec.

     

    Depuis 1982, date de la première édition de son livre, le nom de Ramat résonne de façon unique dans le monde de l’édition. On dit « passe-moi le Ramat » comme on dit passe-moi le Robert ou le Grevisse. Le Ramat de la typographie s’est vendu depuis à des centaines de milliers d’exemplaires. Il a été mis à jour à l’occasion d’une dizaine de rééditions.

     

    En Europe, des institutions d’enseignement des arts graphiques, dont la célèbre École Estienne, ont fourni pendant des décennies des spécialistes au monde de l’édition. Il en va tout autrement de ce côté-ci de l’Atlantique. Aussi le Ramat de la typographie a-t-il constitué à lui seul et pendant très longtemps une sorte d’université portative en la matière.

     

    Pratiques nouvelles

     

    Au critique Réginald Martel, Aurel Ramat rappelait en 1995 que les codes typographiques avaient été nombreux en France, mais que de pareils outils faisaient défaut au pays des érables. En France, expliquait-il, le premier code, « au début du XVIe siècle, fut celui de Geoffroy Tory, L’art et la science de la proportion des lettres. C’est lui qui a inventé l’apostrophe (on écrivait : lapostrophe), la cédille et les accents. Au XVIIe siècle, Robert Estienne a intégré tout ça dans son dictionnaire de la langue ».

     

    À l’heure où, grâce à l’arrivée de l’ordinateur, tout le monde peut aspirer à devenir typographe, Ramat a joué le rôle d’un passeur de savoirs anciens au service de pratiques nouvelles.

     

    Aurel Ramat s’intéresse à l’usage des majuscules, aux fautes de ponctuation, aux abréviations et aux césures des mots qui produisent ce qu’on appelle dans le jargon des veuves et des orphelins. Ce sont là quelques règles parmi un ensemble plus vaste qui permettent à un texte d’être plus cohérent et facilement lisible, ce qui est déjà beaucoup.

     

    Linotypiste

     

    Né en 1926 à Modane, en pays savoyard, Aurel Ramat étudie la typographie, art noble où les ouvriers sont parmi les plus éduqués. On y regarde souvent de haut les journalistes, à qui l’on corrige fond et forme. En France, Ramat tente de se lancer en affaires. Ce n’est pas pour lui, comme il le rappelle dans Aurel Ramat, qui est-ce ?, une autobiographie publiée à compte d’auteur en 2012. Dans ce livre se trouvent curieusement plusieurs erreurs en regard du code du métier qu’il a contribué à établir.

     

    Aurel Ramat va travailler en France pour un journal, Le Dauphiné libéré. On le trouvera par la suite exerçant son métier en Californie, puis comme correcteur d’épreuves aux Nations unies, à New York.

     

    Il arrive à Montréal le 2 juin 1955. Il y est engagé au Devoir comme linotypiste, une invention américaine extrêmement complexe où, à partir d’un clavier semblable à une grosse dactylo, l’opérateur commande les actions de composition de grands et lourds magasins de caractères. De la mécanique complexe de cette machine provient finalement des lignes complètes bonnes à imprimer.

     

    À l’imprimerie du Devoir, Aurel Ramat découvre le premier jour que les claviers canadiens-français ne sont pas les mêmes qu’en France. « Je me suis assis devant une machine à trois magasins, pour faire des corrections. À ma grande surprise, le clavier était différent des machines françaises. Je n’ai rien dit, mais la sueur me coulait sur le front, tellement j’étais nerveux. » Il passera quatre ans au Devoir.

     

    Pour exercer pareil métier, il faut avoir l’oeil vif et connaître à fond les usages de la mise en page ainsi que la langue. Couler un texte dans le plomb exige des typographes qui donnent du poids à chaque mot. De 1967 à 1989, Aurel Ramat sera monteur au Montreal Star, puis travaillera pour le quotidien The Gazette, comme correcteur d’épreuves. Méticuleux, précis, cultivé, il a légué l’assurance de son métier.













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