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    Pour en finir avec l’étiquette «jeunesse»

    L’art d’écrire pour les enfants est loin d’être mineur, estime l’auteur Vincent Cuvellier

    27 mai 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    Les enfants sont des lecteurs tout aussi grands et exigeants que les adultes, défend Vincent Cuvellier.
    Photo: Annik MH de Carufel le devoir Les enfants sont des lecteurs tout aussi grands et exigeants que les adultes, défend Vincent Cuvellier.

    « Nous, en jeunesse, on a un problème : c’est qu’on s’adresse à des enfants. Et à ce titre, on ne peut pas être considérés sérieusement. Ce qui revient donc à dire que dans les livres pour enfants, le problème ce n’est pas le mot livre, c’est le mot enfant. […] La société est incapable de voir comme une évidence que les oeuvres culturelles qui lui sont destinées sont du même niveau que les oeuvres destinées aux adultes… »

     

    Voilà tout le problème de la littérature jeunesse, selon Vincent Cuvellier, qui, dans Je ne suis pas un auteur jeunesse (Gallimard), affirme que la distinction des processus de création destinée aux enfants et aux adultes est absurde, puisqu’ils restent fondamentalement les mêmes. Les mêmes. « J’imagine, écrit-il, un musicien qui ferait des disques pour enfants et qui dirait “ je suis compositeur jeunesse ” ». Ainsi, à travers son parcours d’écrivain, il passe en revue les différents angles entourant la littérature jeunesse. De l’écriture à la lecture — qui ne doit pas être, à l’instar de Pennac, une obligation — en passant par les rencontres avec les jeunes, jusqu’à la manière froide avec laquelle certains adultes parlent aux enfants, « comme s’ils étaient des débiles, au pire comme s’ils étaient des petits soldats », il émet mille et un commentaires sérieux sur son métier dans une langue colorée et un style savoureux jouant de naïveté, d’humour et de bonhomie.

     

    Question de perception

     

    Selon Vincent Cuvellier, la réception critique réservée aux livres jeunesse en France n’est pas mieux traitée que la notion de littérature jeunesse. Il se désole de voir que les thèmes abordés, le résumé du livre et l’âge du lecteur visé l’emportent sur les questions de style. Ferait-on pareil en littérature générale ? Il s’imagine alors avec un plaisir évident Les misérables, de Victor Hugo, recevant une critique formulée sur ce schéma : âge visé, 28 ans. Thèmes abordés : tolérance, adoption, prison, misère. Résumé : Jean Valjean sort de prison, retrouve sa liberté, fait fortune et adopte Cosette.

     

    Il écorche aussi au passage les spécialistes de la littérature jeunesse. Peu présents dans la presse française, ils pullulent sur les blogues où, souligne-t-il, si « certains ont le niveau de la presse professionnelle, d’autres sont à côté de la plaque… Avoir des enfants ne fait pas de vous un spécialiste de la littérature jeunesse ».

     

    Même principe pour tous ces gens qui aimeraient bien écrire un roman jour. C’est un peu, dit-il « comme si je disais calmement que j’écrirais bien une symphonie, ou que je ferais bien une expo de sculpture, un jour […] ben non, tout le monde ne peut pas écrire un roman du jour au lendemain. C’est un travail, ça s’apprend, quoi ».

     

    Si Cuvellier se défend d’être un auteur jeunesse, ce n’est pas par snobisme, mais bien par respect pour les enfants qui sont des lecteurs tout aussi grands et exigeants, sinon plus, que les adultes. Par cet essai, il élève la littérature jeunesse au rang de la grande et nous ramène ainsi aux débuts de la littérature jeunesse — ou des lectures de jeunesse — qui faisait fi de cette frontière trop souvent mal définie. Non, Cuvellier n’est ni un auteur jeunesse ni un pédagogue, mais il participe à l’acte d’écrire avec aplomb, audace et intelligence sans effusion ni prétention. Et son essai est à lire, surtout si l’on est grand.

    Je ne suis pas un auteur jeunesse
    ★★★★
    Vincent Cuvellier, Gallimard, Paris, 2017, 128 pages












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