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    Yves Desjardins raconte le Mile-End, quartier métissé serré

    13 mai 2017 |Caroline Montpetit | Livres
    Le Montreal Hunt Club sur le chemin Mile End, 1859
    Photo: Musée McCord Le Montreal Hunt Club sur le chemin Mile End, 1859

    Il fut un temps où les notables du Montreal Hunt Club, montés sur leurs chevaux, aimaient prendre une pause à l’auberge du Mile-End, à l’angle nord-ouest de ce que sont aujourd’hui l’avenue du Mont-Royal et le boulevard Saint-Laurent.

     

    Cette auberge, qui était située à environ un mille du Montréal de l’époque, a donné son nom au quartier Mile-End, qui est aujourd’hui le rendez-vous de la branchitude montréalaise. C’est l’une des multiples histoires qu’Yves Desjardins raconte dans son livre Histoire du Mile-End, paru aux éditions du Septentrion.

     

    Nous nous rencontrons au parc Lahaie, à l’angle de Saint-Laurent et Saint-Joseph, devant l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, selon l’expression consacrée, qui n’est pas par ailleurs son appellation officielle.

    « C’est ici que tout a commencé », dit Yves Desjardins. Le médecin Pierre Beaubien, qui a hérité d’une vaste terre à l’est du chemin Saint-Laurent, cède un terrain au clergé afin qu’il y construise une église pour la communauté des ouvriers qui travaillent dans ses carrières de pierre, un peu plus à l’est. « La rue Laurier était autrefois un chemin de terre qui menait des habitations des ouvriers à l’église », raconte-t-il.

     

    La veine de pierre courait, quant à elle, vers le nord-est. C’est cette pierre qui aurait servi à construire l’église Notre-Dame et le marché Bonsecours. Et on appelait les ouvriers qui y travaillaient les « Pieds noirs », parce qu’on les voyait se laver les pieds dans un abreuvoir à chevaux lorsqu’ils descendaient vers la ville.

     

    Mais Beaubien n’était pas le premier à occuper et à exploiter cet espace central de Montréal. Bien plus tôt, une communauté de tanneurs, de la tannerie Bélair, bénéficiait de la présence d’un ruisseau, qui courait du Mont-Royal jusqu’à ce qui est aujourd’hui l’avenue Henri-Julien. Plus tôt encore, une magnifique forêt de cèdres, peu modifiée par les autochtones, se trouvait là, apprend-on dans le livre.

     

    Un quartier diversifié

     

    À l’ouest du boulevard Saint-Laurent, le quartier du Mile-End a connu une histoire particulièrement diversifiée.

     

    Rue Fairmount, l’église Saint-Michael’s, qui abrita la communauté irlandaise puis la communauté polonaise de Montréal, en témoigne avec ses fenêtres en forme de trèfles et sa devanture byzantine. Conçue par l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne, le même qui a dessiné le chalet du Mont-Royal, elle rappelle la volonté de l’Église catholique de l’époque de se rapprocher de l’Église orthodoxe. « Elle est inspirée de la basilique Sainte-Sophie à Istanbul », dit Desjardins, qui aime y voir l’emblème du quartier.

     

    À quelques pas de là, l’ancienne synagogue B’nai Jacob, rue Fairmount, a depuis été rachetée par le Collège français. En 1921, c’est la plus grande et la plus belle synagogue de Montréal, avec son toit ovale et sa façade frontale massive, raconte Yves Desjardins. En face, le Collège français a aussi racheté ce qui était autrefois l’École socialiste juive, où l’identité juive était enseignée en tant que culture plutôt que comme religion.

     

    Toujours sur Fairmount, un peu plus vers l’est, ce qui est aujourd’hui un centre soufi musulman abritait autrefois une petite synagogue galicienne. En fait, la communauté juive anglophone de l’époque a graduellement quitté ce quartier pour se diriger vers Snowdon ou Côte-des-Neiges. Ça n’est que plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, explique Desjardins, que la communauté juive hassidique s’est pour sa part installée plus à l’ouest, à Outremont.

     

    Lieu de passage, donc, pour les communautés de toutes allégeances, de toutes les classes sociales. Successivement riche et pauvre, le Mile-End garde une identité souple et polymorphe. Les frontières mêmes du quartier ont beaucoup varié au fil des ans, constamment redéfinies par celles, voisines, du Plateau-Mont-Royal et de La Petite-Patrie. À une certaine époque, personne à Montréal ne savait d’ailleurs ce que c’était le Mile-End.

     

    Le début par la fin

     

    En 1995, Christopher Schoofs écrivait : « À l’heure actuelle, il n’y a pas de véritable centre. Ses résidants sont incapables d’en définir les frontières et même de s’entendre sur le nom à lui donner. »

     

    « Mile-End signifie bien “à la fin du mille”, mais à la fin de quel mille ? Et d’où part ce mille ? » renchérit pour sa part Yves Desjardins dans son livre, avant d’expliquer l’appellation par la présence de l’auberge du Mile-End, au début du XIXe siècle.

     

    Né dans le Mile-End, qui était alors un quartier pauvre de Montréal, le père d’Yves Desjardins a migré avec sa famille vers la banlieue, en quête d’une vie meilleure. « Il nous racontait un quartier pauvre et gris, marqué par le chômage massif de la Grande Crise des années 30 », écrit Desjardins, qui y est tout de même déménagé dès 1973.

     

    Le livre très documenté qu’il vient de publier et les conférences qu’il donne à ce sujet témoignent de sa fascination pour ces lieux.

    Histoire du Mile-End
    Yves Desjardins, Éditions du Septentrion, Montréal, 2017, 357 pages












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