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    Dans la forêt de Bronwyn Chester

    13 mai 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Livres
    Plus qu’un simple guide urbano-sylvestre, «Une île d’arbres» se déploie comme une petite école de vigilance à l’élégance de la nature.
    Photo: Josie Desmarais Getty Images Plus qu’un simple guide urbano-sylvestre, «Une île d’arbres» se déploie comme une petite école de vigilance à l’élégance de la nature.

    Bronwyn Chester était, dit-on, toujours en retard. « Un jour, alors [que son ami David Singleton] faisait une promenade avec Bronwyn, il a compris la raison de ce manque de ponctualité. À chaque coin de rue, l’attention de Bronwyn était attirée par quelqu’un ou par quelque chose. Tout le reste pouvait attendre pendant qu’elle savourait l’instant », écrit Bryan Demchinsky dans la postface d’Une île d’arbres. Cinquante arbres, cinquante façons de raconter Montréal.

     

    La forêt urbaine occuperait 20 % du territoire montréalais. Fascinée par la fragilité des gigantesques érables argentés, érables du Manitoba, tilleuls, frênes et autres peupliers qui ployaient sous le poids de la tempête du verglas de 1998, Bronwyn Chester entreprend alors de soigner son analphabétisme en ce qui concerne le langage de la forêt. Les arbres avaient toujours été là ; elle ne les avait pourtant jamais réellement remarqués.

     

    Aboutissement d’un blogue puis d’une chronique dominicale qu’elle a tenue de 2009 à 2011 dans The Gazette, Une île d’arbres célèbre les chênes rouges, frênes verts et cerisiers tardifs du parc du Mont-Royal, mais aussi tous ces « arbres ordinaires » dont nous croisons le chemin, sur le trottoir, sans en connaître le nom, des arbres que l’auteure chérissait avec une tendre affection que l’on ne réserve qu’aux laissés-pour-compte.

     

    Les arbres, nos « concitoyens de bois », ne sont pas que des arbres, rappelle-t-elle avec une poésie aussi douce qu’un vent de septembre. Ils sont les dépositaires silencieux d’une mémoire. Face aux épinettes bleues du parc Pratt à Outremont, cette sagace observatrice embrasse de son regard généreux tout un passé ne se donnant à voir qu’à qui sait le reconnaître, et que nous reconnaîtrons désormais nous aussi grâce à celle que la maladie emportait en 2012.

     

    « Ces épinettes d’au moins 80 ans ont certainement été témoins de grands changements survenus dans le parc, note-t-elle. Dans leur jeunesse, elles ont dû entendre les cris des enfants qui dévalaient le toboggan construit dans les années 1930 […] Elles ont dû assister aussi à la plantation d’un chêne et d’un érable, le 12 mai 1937, lors du couronnement de George VI. »

     

    L’élégance de la nature

     

    Plus qu’un simple guide urbano-sylvestre, Une île d’arbres se déploie comme une petite école de vigilance à l’élégance de la nature, ou comme un bienveillant cours permettant d’apprendre à accomplir la tâche la plus simple et la plus difficile qui soit : regarder.

     

    Ce catalogue des émerveillements répétés de son auteure traverse jardins, rues et parcs, alors que Bronwyn Chester ne cesse de s’émouvoir des fruits de l’amélanchier (comestibles !) ou de la force insoupçonnée de l’ostryer de Virginie. Même l’orme de Camperdown, un arbre qu’elle n’avait jamais beaucoup aimé, se dévoilera sous un jour nouveau à la faveur de quelques airs de musique klezmer, au parc des Amériques.

     

    « L’arbre qui se dressait à la droite des musiciens, tout seul dans un pot, était plus calme, une vedette à part entière », souligne-t-elle au sujet de cet arbre en forme de parasol, plus captivant cet après-midi-là que tous les autres mélèzes japonais, pommetiers, féviers épineux ou chênes à gros fruits. La vraie beauté est rarement celle qui se révèle au premier coup d’oeil.

    Une île d’arbres
    ★★★ 1/2
    Bronwyn Chester, traduit de l’anglais par Annie Pronovost, Marchand de feuilles, Montréal, 2017, 288 pages












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