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    Montréal en 375 mots: «MTL 2142»

    13 mai 2017 | Serge Lamothe - Serge Lamothe est romancier, poète, nouvelliste et dramaturge. Il est l’auteur des «Enfants lumière» (Alto), «Ma terre est un fond d’océan» (Mémoire d’encrier) et de «Mektoub» (Alto), son plus récent roman. | Livres

    Les autorités avaient décidé de célébrer le 500e anniversaire de la fondation de Montréal en grande pompe et Gabriel-144-Langevin n’en avait vraiment rien à cirer.

     

    La construction des infrastructures devait débuter en 2137 et s’échelonner sur cinq ans. Les chantiers allaient être colossaux et toute cette aventure culminerait, en 2142, dans un faste sans précédent.

     

    Des quartiers entiers seraient rasés, puis reconstruits. Le centre-ville allait être entièrement réaménagé et la construction d’un stade censé pouvoir accueillir jusqu’à 150 000 personnes avait déjà été approuvée.

     

    Au début, ce projet pharaonique avait paru faire consensus, mais des voix dissidentes s’étaient bientôt élevées. Ne se souvenait-on pas de la catastrophe qui avait endeuillé les festivités du 400e ? La population était-elle soudain devenue amnésique ? Est-ce que, vraiment, tout le monde avait oublié la guerre civile ? La ville avait porté, pendant plus d’un demi-siècle, la cicatrice infâme de ce désastreux épisode de son histoire.

     

    Le mur de Montréal avait bel et bien été démantelé à la fin du XXIe siècle, mais il subsistait sous une forme bien plus pernicieuse quelque part dans les cerveaux des habitants de cette ville. Les préjugés demeuraient tenaces.

     

    Gabriel-144-Langevin s’en foutait royalement. Il était occupé depuis le matin à dégainer de vieux câbles électriques récupérés sur un chantier. Il revendrait le métal au marché d’Hochelaga. Il espérait tirer dix, peut-être douze, mondos de sa petite récolte de cuivre et de nickel. Assez pour vivre une semaine.

     

    Il s’en souvenait très bien, lui, du mur qui avait fait la honte de cette ville. Vu du ciel, ironiquement, il dessinait un immense signe Peace & Love. Les Anglos avaient conservé l’ouest de l’île, bien sûr, et les Francos l’Est, tandis que Chinatown s’était retrouvé confiné dans le Centre-Sud.

     

    Gabriel-144 était jeune à l’époque, mais il se rappelait que la vie sur l’île était bien plus rude qu’aujourd’hui. Il y avait des décennies que plus personne ne mourait de froid ou de malnutrition. Allait-on vraiment prendre le risque de raviver la ferveur patriotique des uns et des autres ? N’apprendrions-nous jamais à tirer des leçons de l’Histoire ?

     

    Les festivités du 500e anniversaire de la fondation de Montréal n’eurent pas lieu. Les fonds publics furent utilisés à d’autres fins. Gabriel-144-Langevin s’en battait les couilles.













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