Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Montréal en 375 mots: «Mon premier Chaos»

    13 mai 2017 | Erika Soucy - Erika Soucy est poète et romancière. Elle est l’auteure de «Les murailles» (VLB éditeur), son premier roman. | Livres

    J’ai 18 ans et le garçon qui conduit est attiré par moi. Il me l’a bien fait comprendre, il m’a dit qu’il me mènerait où je veux, quand je veux, et je veux aller à Montréal. Un mardi soir, rue Saint-Denis, dans un bar qui s’appelle le Café Chaos. J’ai 18 ans et j’ai mal au ventre, je prends des risques de laisser ce garçon me mener. Ce n’est pas très prudent de lire Victor Hugo à une seule main sur le volant. J’ai 18 ans et je me sacre de Victor Hugo. Je suis en route pour le lancement d’une revue trash écrite par du monde de l’UQAM.

     

    Je ne connais pas Montréal, je ne sais pas qui sera présent, je sais des noms de poètes seulement en profils Myspace.

     

    J’ai 18 ans et c’est mon premier bar montréalais. Ceux de Trois-Rivières, que je me dis, sentent clairement moins la pisse. C’est trois piastres pour la revue. La couverture affiche une chambre insalubre et je reconnais les noms de trois auteurs. C’est mieux que rien, c’est mieux que le garçon qui m’accompagne. Je suis fière de moi.

     

    Le lancement commence et l’ambiance est tendue. L’animateur est déçu de voir qu’il y a si peu de public ; l’animateur est costumé, l’animateur est écoeuré que ses poètes soient en retard les soirs de game.

     

    J’ai 18 ans et j’aimerais bien qu’il y ait plus de monde. Je ne passe pas inaperçue avec ma face d’enfant, avec ma face que personne ne connaît. J’ai de plus en plus mal au ventre.

     

    Une blonde s’avance jusqu’au micro. Elle porte une robe de pas la vraie vie. Elle lit son texte dans la revue. C’est pas si trash que ça.

     

    Une autre partage un texte de cul, mais je ne sais pas si c’est un poème. C’est pas plus une nouvelle… En tout cas, pas comme on me l’a appris.

     

    L’animateur et le monde relaxent. L’animateur et le monde descendent des pintes. Les textes entendus m’intriguent, les textes entendus feront bientôt leur chemin.

     

    À la fin de la soirée, le garçon qui m’amène caresse mon dos. Il faut s’en retourner, on a philo demain matin.

     

    J’ai 18 ans et j’écrirai aussi dans cette revue.













    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.