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    Montréal en 375 mots: «Encore»

    13 mai 2017 | Anaïs Barbeau-Lavalette - Anaïs Barbeau-Lavalette est cinéaste et romancière. Elle a réalisé les films «Le ring» (2007) et «Inch’Allah» (2012). Elle est l’auteure de «Je voudrais qu’on m’efface» (Hurtubise), publié en 2010, et de «La femme qui fuit» (Marchand de feuilles), sorti en 2015. | Livres

    Montréal, aujourd’hui, c’est aussi ces Syriens qui reviennent de loin.

     

    La famille Al Shihadeh ; minorité alaouite

     

    Un missile est tombé sur leur maison, à Homs.

     

    Nidal y a laissé un oeil.

     

    Alors, Rajaa, Nidal et leurs sept enfants sont partis à pied, cherchant un abri.

     

    Ils ont habité 18 mois dans un camp de réfugiés en Libye, quand enfin on leur a annoncé qu’une famille les attendait à Montréal.

     

    C’est en janvier et en sandales qu’ils ont débarqué. Dans un 3 1/2 du Centre-Sud.

     

    Dans la cour arrière, neuf vélos comme autant de promesses.

     

    Dans le petit salon, devant la petite télévision, Farah prie tous les jours. Elle a douze ans et aime chanter À la claire fontaine dans cette langue nouvelle qui doucement devient la sienne.

     

    Nidal porte quant à lui, tatouée sur sa peau, son unique prière : « Maman, veille sur moi. »

     

    Il a les épaules ouvertes de celui qui respire enfin.

     

    La famille Chabo ; orthodoxes syriaques

     

    Georges Chabo, 17 ans, prend des cours de français tous les jours. Ses mots préférés sont « bouquet », « chauffage » et « canapé ». Parce qu’on les comprend aussi en Syrie.

     

    Georges n’a pas de temps à perdre, alors en plus de ses cours il assiste discrètement à ceux de ses parents.

     

    Et après la classe, Georges marche. Mémorise le nom des rues, les odeurs, les couleurs. Pendant des heures, du pas frondeur des défricheurs, Georges arpente sa ville nouvelle. Et, fièrement, la fait sienne.

     

    La famille Hadid ; musulmans

     

    Hameza est un enfant autiste. Lui et ses parents sont arrivés ici il y a quelques mois, après avoir vécu les dernières années dans la noirceur d’un sous-sol de Beyrouth.

     

    Dans leur petit appartement de Côte-Saint-Luc, Hameza passe ses journées à la fenêtre. Il regarde les arbres ondoyer.

     

    Alaa, sa mère, s’illumine. Son fils est ici quelqu’un.

     

    En quelques semaines, il a déjà appris le langage des signes. À sept ans, il peut commencer à communiquer, s’il le désire.

     

    Et l’autre matin, devant les arbres immenses caressant un ciel au repos, Hameza a dit son premier mot :

     

    ENCORE.

     

    J’ai envie de dire comme lui. ENCORE des portes ouvertes à l’autre. Parce que ma ville est riche et immense. Parce que ses racines sont profondes.













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