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    Deux ouvrages illustrés parlent à Montréal, celui de 1912 et celui d’aujourd’hui

    13 mai 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    Image tirée de «Première visite à Montréal»: «Vue depuis l’un des belvédères du mont Royal», Neurdein frères, phototype, vers 1910
    Photo: Musée McCord Image tirée de «Première visite à Montréal»: «Vue depuis l’un des belvédères du mont Royal», Neurdein frères, phototype, vers 1910

    « Vue du ciel. Un carrelage gris et blanc. Dorval, le début de la solitude. Au-dehors, une froidure inimaginable. Habillée de tourbillons fous […] Rue Laurier. Premier pas au resto. Tarte aux pommes chaude. Coiffée d’une boule de glace à la vanille. Montréal, c’est exactement ça. Froid au-dehors, chaud au-dedans. » C’est sur ce poème intitulé 17 mars 1968 qu’Angèle Delaunois, auteure et éditrice bien établie, ouvre le recueil Montréal, j’ai quelque chose à te dire.

     

    Montréal de jour ou de nuit, Montréal enneigée, Montréal en musique, la ville se déploie sous la plume de 14 auteurs montréalais d’origines diverses qui la poétisent chacun à leur façon.

     

    Simon Boulerice nous plonge dans « le ventre de Montréal », au coeur de cette « veine bleue » qui le mène « où il le veut bien pour admirer les quatre coins de [son] île ». Marie-Sissi Labrèche s’émeut de voir sa petite Charlie marcher vers l’école Maisonneuve « avec [son] sac à dos presque trop gros pour [elle] ». André Marois trouve pour sa part l’inspiration au « parc Laf’ », alors qu’Ouanessa Younsi parle de Montréal comme d’« un fruit dans [sa] main » et qu’Élise Gravel se met dans la peau d’un chat de gouttière qui « marche en équilibre sur les clôtures de la ruelle verte ».

     

    Ces instants croqués sur le vif se mêlent à des perspectives plus vastes, notamment celle de Rodney Saint-Éloi : « Je suis chez vous chez moi chez nous. Terre Amérique. J’offre à la ville mes légendes mon chapeau et mon cheval. Un vaudou noir frappe tam-tam mon sang. Amis, ne me demandez pas d’où je viens ni la couleur de ma peau. »

     

    Montréal aux mille couleurs

     

    La richesse de l’album tient à la saveur singulière des points de vue qui témoignent de la vivacité de la ville, de sa musique omniprésente dans les rues, des « odeurs légères et musquées, fraîches, pimentées » — Rhéa Dufresne — du train de quartier. Montréal, en réel personnage, s’humanise dans Mon Amérique à moi, texte sensible de Jacques Pasquet qui clôt le recueil.

     

    Ces poèmes sont accompagnés des toiles envoûtantes de Philippe Béha, qui ne sont pas sans rappeler celles, aériennes et oniriques, de Marc Chagall. Les courbes, les couleurs chaudes, les personnages flottant entre deux mondes mettent en lumière une ville grouillante à l’image des mots exprimés par les auteurs. Et pour chaque poème, Béha a su exploiter l’essentiel du propos tout en nous menant ailleurs, nous faisant voyager dans ce Montréal vibrant.

     

    Saut dans l’histoire

     

    D’une autre façon, André Leblanc aborde Montréal, son quotidien, son architecture dans un docu-fiction qui nous transporte dans la ville en 1912.

     

    Présenté sous forme d’histoire, l’album met en scène Angélique, 12 ans, qui quitte sa campagne pour aller étudier au couvent Hochelaga.

     

    Par le regard émerveillé de celle qui fait ses premiers pas dans la ville, on découvre le tramway, la gare Bonaventure, démolie en 1952 après un incendie, le palais de glace sur la place de l’église, les inondations du printemps qui changeaient les trottoirs de bois en radeaux, la présence du cirque en pleine rue Ontario, les attractions au parc Dominion et plus encore.

     

    Ce saut dans l’histoire se lit comme une historiette dynamique, agrémentée de notes en fin d’ouvrage pour bien comprendre l’esprit de Montréal à l’époque.

     

    Si la recherche est bien menée, les notes explicatives faciles à consulter, on se demande pourquoi l’auteur s’est attardé précisément à l’année 1912. Étant donné l’aspect historique de l’ouvrage, il aurait été légitime de comprendre pourquoi cette année méritait, plus qu’une autre, d’être mise à l’avant-plan. Par ailleurs, le texte est accompagné de photos d’archives qui, pour certaines, ont été colorisées, ce qui enlève un peu de charme à ces épreuves et dénature en quelque sorte le réel. Mis à part cet effet superflu, l’ouvrage reste pertinent et offre une vue à la fois englobante et intime de ce qu’était le Montréal d’hier.

    Montréal, j’ai quelque chose à te dire
    ★★★★ 1/2
    Collectif, Isatis, Montréal, 2017, 32 pages. Lire aussi: «Première visite à Montréal», André Leblanc, Les 400 coups, Montréal, 2017, 62 pages, ★★★1/2












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