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    Le geyser montréalais de Monique Proulx

    La romancière nous entraîne dans sa fabuleuse cartographie littéraire

    «C’est comme un feu follet, Montréal. C’est vivant», selon la romancière.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir «C’est comme un feu follet, Montréal. C’est vivant», selon la romancière.

    Alchimiste des mots, Monique Proulx porte dans sa plume un Montréal bruissant de vie. La métropole battait déjà comme un coeur pulsatile dans son recueil «Les aurores montréales» (Boréal, 1996). Dans son plus récent roman, «Ce qu’il reste de moi» (Boréal, 2015), la ville exulte dans une véritable symphonie humaine. Balade dans les sentiers imaginaires d’une grande écrivaine.


    Née à Québec, Monique Proulx a grandi dans la chaleur de « cette petite beauté » qui, à l’orée de l’âge adulte, lui a soudain paru trop exiguë. « J’avais l’impression que j’avais fait le tour des gens et des amants potentiels ! […] C’est un petit milieu homogène, et pour un créateur, ce n’est pas l’idéal. » De fil en aiguille, elle dit avoir été « aspirée » par Montréal, au milieu des années 1980. « Il allait de soi que j’y aboutisse. À cause de cette énergie-là, francophone, créative, chaotique, il y a aussi quelque chose de très hirsute, d’irritant, à Montréal. Et c’est très bon, l’irritation, pour un créateur. »

     

    Dès le départ, Montréal s’offre à elle et se défile ; insaisissable, irrésistible. Un kaléidoscope formidable dont elle apprendra tranquillement à jouer. « Ce n’est pas évident d’apprivoiser Montréal, et ça l’est encore moins de saisir sa beauté, son essence. Je ne prétends pas la connaître encore, mais disons que je commence à percevoir sa force, ses qualités singulières, son âme. »

     

    Bigarré, multicolore, polysémique, polythéiste, le Montréal littéraire qu’elle construit au fil des pages est tissé de fils invisibles. Francos, anglos, immigrants, autochtones, sans-abri, croyants, athées, enfants, vieillards, lettrés ou pas ; tous y sont rassemblés, sans que l’amalgame paraisse plaqué.

     

    C’est que, sous leurs lignes de fracture, les Montréalais sont plus liés qu’on ne le croit, avance Monique Proulx. « Ce que je cherche à trouver, sous ces apparences autres, c’est ce que nous avons de commun, fondamentalement. […] Je trouve ça passionnant ces jeux de disparités que j’essaie de ramener à l’unité. »

     

    Une ferveur originelle

     

    Contrairement à une majorité de gens de lettres et de cinéma (elle-même en est, ayant signé quelques scénarios dont ceux du Sexe des étoiles et de Souvenirs intimes) qui s’intéressent plus volontiers « aux choses sinistres, aux meurtres, à la corruption, aux turpitudes sexuelles », l’écrivaine dit s’intéresser de plus en plus à ce qui distingue l’humain : « sa grandeur ». « Si on creusait mieux, on verrait que tout le monde, par leurs quêtes, même très ordinaires, même nuisibles, est animé par un idéal. »

     

    Montréal elle-même est née d’une ferveur ardente, celle notamment de Jeanne-Mance qui a pollinisé les esprits de ceux qui ont suivi, rappelle Monique Proulx. Dans Ce qu’il reste de moi, la romancière a voulu remonter à l’origine de cette énergie formidable. « J’ai été complètement soufflée par l’héroïsme de la cinquantaine de Montréalistes qui, pendant deux ans, ont été attaqués tous les jours, attendant des renforts de Paris, reclus, alors que plus personne ne savait qu’ils existaient. Il y a très peu de peuples, très peu de villes, qui sont nés comme ça. »

     

    La métropole qui en a émergé lui apparaît aujourd’hui comme une ville inépuisable, toujours en pleine effervescence, ouverte et changeante. « Montréal, c’est un geyser. […] Un éventail d’énergies humaines renouvelables. Je n’en ai pas fait le tour encore. Il n’est pas dit que je vais sans arrêt m’abreuver à cette source-là, mais ce n’est pas parce que Montréal n’aura plus rien à dire. »

     

    Un feu follet

     

    Paradoxalement, Montréal ne lui paraît pas d’abord comme un être romanesque. Elle dit le capturer par petits morceaux ; par la queue, par un bout d’aile. « C’est un être qui vole, qui s’exprime en bougeant, c’est comme un feu follet, Montréal. C’est vivant. » La métropole lui apparaît plutôt comme une entité organique, fraîche et créative. Un peu séditieuse aussi. Une ville surtout très axée sur les arts vivants, portée par les talents d’un Leonard Cohen, d’un Xavier Dolan ou d’une D. Kimm, par exemple. « Montréal, c’est une créativité qui est toujours sur la brèche, comme sur le rasoir. »

     

    Il faut dire que la ville, qui fête ces jours-ci ses 375 ans, ne porte pas le poids du temps sur ses épaules, ou si peu, en raison de son extrême jeunesse, rappelle l’écrivaine qui a abondamment lu sur son histoire pour mieux la rendre sur papier.

     

    « En littérature, il n’y a pas de tradition. Quand les Français nous demandent c’est quoi vos tendances, on ne peut que répondre qu’il n’y en a pas. Qu’ont en commun un Stéphane Larue ou une Virginie Blanchette-Doucet ? Rien, ils ont en commun la littérature, point. »

     

    Montréal ne serait donc pas un genre littéraire en soi ? Que nenni, répond Monique Proulx, qui y voit plutôt une « caractéristique très nourrissante ». C’est d’ailleurs ce qui rend Montréal si polymorphe, si ouverte sur le monde, précise-t-elle.

     

    « C’est une ville toujours en chantier, dans tous les sens du terme et c’est bien parce qu’elle se pare ainsi de plusieurs couleurs, et s’ouvre à toutes les nouveautés, sans se refermer. » Comme un kaléidoscope plus grand que nature.













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