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    Décès

    Claude Haeffely, une tête de pont, ami des Miron et Giguère

    3 mai 2017 |Jérôme Delgado | Livres
    Claude Haeffely, héritier de la tradition surréaliste de l’entre-deux-guerres, était doté d’un esprit libre.
    Photo: Gabor Szilasi Claude Haeffely, héritier de la tradition surréaliste de l’entre-deux-guerres, était doté d’un esprit libre.

    Décédé dans la nuit de dimanche à lundi, à 90 ans, Claude Haeffely (1927-2017) aura été une figure marquante de la poésie québécoise. Grand ami de Gaston Miron et de Roland Giguère, l’homme a été poète, éditeur, dessinateur et, surtout, un important animateur de la scène littéraire.

     

    Les débuts des éditions de l’Hexagone, l’avant-garde des années 1950, les happenings poétiques au tournant des années 1970 : tout un édifice de la littérature s’est construit sous l’engagement de ce travailleur de l’ombre, venu du nord de la France.

     

    Auteur de plusieurs recueils, dont Des nus et des pierres (Librairie Déom, 1973) et La pointe du vent (L’Hexagone, 1982), il a aussi publié des livres d’artiste, notamment Les 22 poëmes en pointillé (éditions Le Temps volé). Sa singulière écriture se manifeste aussi dans le mot poëme, avec un tréma.

     

    Né à Tourcoing, Claude Haeffely, héritier de la tradition surréaliste de l’entre-deux-guerres, est doté d’un esprit libre. Éditeur dès le début des années 1950, il publiera, dans les cahiers Le Périscope (1958-1960), Miron et Giguère, parmi d’autres Québécois.

     

    C’est lors d’un premier séjour à Montréal en 1953 qu’Haeffely rencontre sa future famille littéraire. Coïncidence historique : Miron et Olivier Marchand publient Deux sangs, texte fondateur de l’Hexagone. Il s’établit définitivement au Québec dans la décennie suivante.

     

    La Semaine de la poésie

     

    « C’est un rassembleur, un porteur de joie, un bon vivant, un ami extraordinaire. Il m’a fait grandir, m’a permis de rencontrer bien des gens », dit un Gaëtan Dostie profondément attristé. Pour le fondateur de la Médiathèque littéraire, Claude Haeffely était le modèle du Français qui s’intègre au Québec et participe de plein gré à son développement intellectuel. À la manière d’un Paul Buissonneau, il possède « un grand imaginaire et l’art de stimuler ».

     

    Pour Pierre Nepveu, le biographe de Miron, Haeffely a été une « importante source ». Sa « discrétion relative » ne devrait pas faire oublier qu’« il a joué un rôle très actif à plusieurs moments ».

     

    La Nuit de la poésie, moment phare de 1970 immortalisé par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse, n’aurait pas été possible, selon Nepveu, sans « l’esprit libre et original » de Haeffely. C’est lui qui pilote, en 1968, la Semaine de la poésie alors qu’il travaille pour la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis. Labrecque assiste à ces premières lectures des Miron, Giguère, Raoul Duguay.

     

    Dans une lettre envoyée au Devoir, le poète Jean Royer classe Claude Haeffely « dans une place à part ». « Ses poèmes, écrit-il, et dessins participent d’une révolution du langage et traduisent une curiosité insatiable de la vie. »

     

    Coauteur de L’histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, Richard Giguère, « cousin lointain » de Roland, estime que Haeffely a été une véritable « tête de pont » pour la littérature francophone. Son « surréalisme sans frontières » a été un pendant important du nationalisme affirmé de l’Hexagone.

     

    C’est auprès de Roland Giguère, graveur et poète versé dans le surréalisme et directeur des éditions Erta, que Claude Haeffely a ses premières influences au Québec. Le poète français a la responsabilité de la collection La tête armée, niche avant-gardiste. Six titres feront cette histoire brève, dont Totems (1953) de Gilles Hénault, Les armes blanches (1954) de Giguère et Sur fil métamorphose (1956) de Claude Gauvreau.

     

    La correspondance avec Miron

     

    La postérité retient mieux l’amitié entre Miron et Haeffely, réunis pour l’éternité depuis la publication de la deuxième édition d’À bout portant, correspondance 1954-1965 (Bibliothèque québécoise, 2007). « Mon cher Gaston, écrit celui qui se trouve à l’automne 1954 à Toronto, mon grand désir au cours de l’hiver sera de tenter d’imprimer tes poëmes […] dès que je serai casé pour hiverner, je penserai pour un job ici pour toi, il faut que tu apprennes l’english — c’est emmerdant, mais… »

     

    Les deux amis se retrouveront en France, vers 1960. Pierre Nepveu raconte un épisode que lui a rapporté Claude Haeffely : « Ils sont à Saint-Cirq, village où vit Breton. Miron insiste pour qu’ils lui rendent visite, vont cogner à sa porte. Breton les invite à les attendre dans un café et c’est là qu’ils parlent de l’Amérique. »

     

    Dans les années 1970, Haeffely travaille pour le défunt Office du film du Québec, où il mène le projet de diapositives sonores « griffes-ô-graffes », une série pratiquement inédite autour d’artistes de tout acabit. Dans les années 1980, il s’implique auprès de la Société littéraire de Laval et des soirées de Port-Royal, événement de poésie toujours existant.

     

    Père et grand-père, Claude Haeffely recevra un hommage à son image, « beau et simple, avec des lectures de poèmes », selon sa fille Catherine. Cela se déroulera le 13 mai, dans un salon funéraire de la rue Rachel.













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