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    Le Népal de Jean-Sébastien Bérubé n’a pas été le Pérou

    Jean-Sébastien Bérubé met en dessins ses égarements sur le chemin du bouddhisme

    22 avril 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Un dessin tiré du livre «Comment je ne suis pas devenu moine»
    Photo: Futuropolis Un dessin tiré du livre «Comment je ne suis pas devenu moine»

    N’essayez pas d’appeler le bédéiste Jean-Sébastien Bérubé sur son téléphone cellulaire : il n’en a pas ! En 2017, le jeune auteur montréalais originaire de Rimouski se tient très loin de cette technologie. « Quand je vois les gens accrochés à leur téléphone dans l’autobus, ça me fait sourire. Moi, je n’ai pas envie de devenir dépendant de ça. »

     

    Pour lui parler, il a donc fallu lui envoyer un courriel, puis attendre qu’il appelle, avec cette étrange impression d’être en parfaite cohérence avec la nature de la conversation envisagée sur son aventure népalaise d’il y a 12 ans. Le jeune homme, habité par les enseignements de Bouddha, est alors parti à Katmandou avec la ferme intention de suivre une formation et de devenir moine. Il a très vite déchanté.

     

    Son rêve a été confronté à la violence, aux paradoxes, à l’hypocrisie de la réalité qu’il a rencontrée, au Népal d’abord, au Tibet ensuite. Il en fait le récit avec finesse, amusement et lucidité dans Comment je ne suis pas devenu moine (Futuropolis). Page 34, on y rencontre un vénérable Dagom Rinpoché, grand maître du bouddhisme tibétain, qui lui dit, après lui avoir offert un verre de Coca-Cola que l’auteur s’est forcé à boire, puisqu’il n’aime pas ça : « Ceux qui croient aveuglément dans une religion sont à côté du chemin. » Il a été prévenu. Mais un peu tard.

     

    « En Occident, nous nous sommes construit une vision angélique de ce courant religieux et philosophique, avec ces images de paix intérieure, de calme, de sérénité face à la nature, à soi, et à l’absolu, avec ces artistes populaires qui s’en sont fait les ambassadeurs, dit le jeune auteur à l’autre bout d’un téléphone fixe. Mais au Népal, tout comme au Tibet, ce n’est pas tout à fait ce que j’ai trouvé. »

     

    Pétri de contradictions

     

    Le choc a été brutal, particulièrement pour celui qui, dès la préadolescence, a plongé par les livres dans ce mouvement spirituel avec une constance, une fascination, une détermination qui l’ont conduit à apprendre le tibétain, puis à fréquenter les temples bouddhistes du Québec avant de s’envoler pour le Népal, où l’attendaient « d’énormes contradictions »,expose-t-il dans son récit de vie dessiné.

     

    « Ça a été une surprise, dit-il. J’ai été dépassé par l’opportunisme des institutions religieuses là-bas, par le mensonge des gens, par l’exploitation des touristes et surtout des gens qui viennent chercher la paix et à qui l’on vend, sans avoir peur de pervertir le bouddhisme, de trahir les enseignements de Bouddha, l’illumination spirituelle. »

    Photo: Futuropolis Jean-Sébastien Bérubé raconte ses rencontres avec les Orientaux.
     

    Moines qui se perdent dans des superstitions archaïques, Occidentaux dépossédés de leurs biens, religieux opportunistes brandissant une connaissance spirituelle pour surtout faire de l’argent et améliorer leurs conditions de vie… Jean-Sébastien Bérubé met en scène toutes ces incohérences en racontant, sans complaisance envers lui-même, l’escroquerie qui lui a fait perdre 200 $.

     

    On résume : un Népalais prétendant pouvoir le conduire au dalaï-lama l’a détroussé de 12 000 roupies pour soi-disant retrouver son passeport. Il s’était échappé, disait-il, d’une prison chinoise dans laquelle sa soeur s’était pendue. Sa mère avait été décapitée par les méchants Chinois. Mais tout ça n’était qu’une mise en scène joliment ficelée sur les cordes sensibles d’un Occidental capable de faire rimer bonté avec naïveté.

     

    « Je croyais trouver la plénitude dans ce pays, dit-il. J’y ai trouvé la pauvreté qui n’est pas que matérielle. Elle est aussi intellectuelle », conduisant les visiteurs loin de cette hauteur, de cette élévation de l’esprit qu’ils étaient pourtant venus chercher.

     

    Un « simple être humain » 

     

    En lieu et place de l’harmonie et de l’entraide, Jean-Sébastien Bérubé dessine surtout le charlatan, sous toutes ses formes. « J’ai entendu parler de moines battant et abusant d’enfants, j’ai vu à Katmandou un commerçant jeter un seau d’eau sur la tête d’un jeune autiste qui s’était mis à jouer avec les chaussures qu’il vendait, dit-il. Plus jeune, j’ai travaillé avec des déficients intellectuels ici au Québec. Et je peux dire que ce comportement m’a profondément dérangé. »

     

    Au fil du récit, le lecteur comprend très vite que le jeune homme ne deviendra pas moine. Il a d’ailleurs quitté la pratique du bouddhisme dès son retour de ce voyage qui devait l’aider à étendre le champ de sa conscience et qui lui a surtout ouvert les yeux.

     

    Pas devenu moine, Jean-Sébastien Bérubé n’a pas pour autant manqué son rendez-vous avec le destin en devenant à la place un redoutable bédéiste — il est l’auteur de la série Radisson (Glénat), très prisée par les jeunes férus d’histoire. Il est aussi un « simple être humain », dit-il, qui va chercher désormais dans les philosophies humanistes et la psychologie ce qu’il n’a pas trouvé lors de son voyage.

     

    « Le bouddhisme est toujours là dans ma vie, mais il s’amalgame à tout ça, dit-il. La philosophie bouddhiste, à la base, est très bonne. Le problème vient des humains, des groupes et des institutions religieuses qui prétendent l’incarner. »

     

    Les quêtes spirituelles qui tournent mal ne donnent pas forcément des voyages initiatiques perdus.

    Comment je ne suis pas devenu moine
    Jean-Sébastien Bérubé, Futuropolis, Paris, 2017, 240 pages












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