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    «Le bal des absentes» remet les femmes au coeur de l’enseignement de la littérature

    Deux enseignantes magnifient les oeuvres d’écrivaines pour les sortir de l’oubli

    22 avril 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Nelly Arcan, auteure des romans «Putain» et «Folle», figure peu dans le corpus collégial.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir Nelly Arcan, auteure des romans «Putain» et «Folle», figure peu dans le corpus collégial.

    Le projet ne peut pas être plus clairement exposé : Julie Boulanger et Amélie Paquet, profs au collégial refusent « d’enseigner aux filles à rire avec Bukowski ». Elles refusent aussi « de former les filles à se ranger du côté des hommes » et ces deux affirmations, à l’apparence péremptoire, sont surtout le ciment du combat que les deux femmes mènent depuis des années dans les univers numériques avec Le bal des absentes, un espace de réflexion sur la sous-représentation d’oeuvres d’écrivaines dans les programmes d’enseignement des lettres et de la littéraire au cégep. Les écrits des Claire Martin, Louky Bersianik, Jovette Marchessault… et de toutes les autres confinées à l’oubli dans un silence forcément complice.
     

    De l’écran, leur lutte passe désormais au papier avec la mise en livre de plusieurs de leurs textes publiés en ligne, textes visant à magnifier le corpus littéraire produit par des femmes pour mieux inciter les enseignants à les adopter dans leurs cours. La proposition, même si elle repose en grande partie sur la réédition de billets déjà livrés au public en format numérique, vient alimenter ce courant très contemporain où la prise de parole des femmes se fait affirmation identitaire, politique et sociale.

     

    Pour les auteures, « tout se passe comme si faire lire des femmes exigeait [dans les cégeps] toujours un effort supplémentaire et impliquait un engagement compromettant », écrivent-elles dans une introduction parsemée d’extraits de bouquins signés par des femmes, de Violette Leduc à Nelly Arcan, en passant par Christa Wolf, Vinciane Despret, Isabelle Stengers et même Madame de La Fayette. Et pour changer le cours d’une histoire qui a « dressé » les filles à s’effacer, disent-elles, pas d’autre choix que de faire de la place des femmes dans la société et de sa parole une obsession.

    Photo: Rainer Jensen Agence France-Presse La romancière et essayiste allemande Christa Wolf est décédée à Berlin en 2011.
     

    Obsession ? 300 pages confirment la chose, en exposant, sur la base de plusieurs oeuvres tirées du corpus féminin dont elles parlent, des commentaires sur leur pratique d’enseignantes, sur le contenu des livres, sur leur passé de petite fille, mais aussi sur leur vie personnelle, n’hésitant pas à parler de leur chat, Xavière et Chatov, pour évoquer la langue fuyante et insaisissable de Kathy Acker. Le ton est personnel, en parfaite cohérence avec le blogue et son esprit qui a fait naitre la réflexion.

     

    Il y est question autant du bouquin Mettre la hache de Pattie O’Green, amené dans un cours comme un geste de provocation pour parler de l’inceste, que de Tête blanche de Marie-Claire Blais, « dont on entend peu parler », écrit Amélie Paquet, mais qui permet de reconstruire toute l’histoire du Québec en passant par le personnage d’Evans et par sa mère.

     

    L’ensemble des textes se lit comme le journal de deux profs amoureuses autant des lettres que de leur vocation, journal teinté par leur obsession et qui rapidement dévoile sa limite. C’est qu’en s’adressant surtout à ce public parfait circonscrit de lectrices versées dans l’enseignement des mots, des lettres et du français, l’essai peine à laisser sa parole porter plus loin.

    « Quoi qu'on en pense, la littérature édifiante n'a pas disparu des salles de classe. Elle a beau s'incarner sous de nouvelles formes, elle continue d'avoir cours. Le simple titre du livre de Pattie O'Green [Mettre la hache] suffirait à en faire frémir plusieurs. Une hache, ça a sa place dans les mains d'un Menaud maître-draveur ou d'un bûcheron des temps modernes; pas entre celles d'une cowgirl, non ? »

    — Extrait du Bal des absentes

    Le bal des absentes
    ★★★
    Julie Boulanger et Amélie Paquet, La Mèche, Montréal, 2017, 280 pages












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