Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Polar

    Voyage intérieur aux contours indéfinis

    À la lisière de la conscience et de la folie, Mark Winkler dresse le portrait halluciné d’un tueur en série

    18 mars 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    L’histoire de «Je m’appelle Nathan Lucius» est plantée dans les banlieues du Cap, en Afrique du Sud.
    Photo: iStock L’histoire de «Je m’appelle Nathan Lucius» est plantée dans les banlieues du Cap, en Afrique du Sud.

    Tous genres confondus, il y a des livres qui s’incrustent en vous. À cause de l’histoire qu’ils racontent ou des personnages qui l’incarnent. Parfois, encore, cela peut s’expliquer par le climat dans lequel vient s’inscrire le récit : une atmosphère insupportablement tendue ou, au contraire, une légèreté indéfinissable. Lourdeur ou fragilité. Empathie ou dégoût total. Même les deux à la fois. Quand un livre vous marque, tout cela est possible.

     

    C’est précisément ce que l’on sent en entrant dans cette histoire plantée dans les banlieues du Cap, en Afrique du Sud. Une sorte de vacillement. De flou aussi. Vite provoqué par une écriture incantatoire distillant une sorte de voyage intérieur aux contours indéfinis…

     

    Souffrance et fragilité

     

    Nathan Lucius n’aspire pourtant qu’à « l’ordinaire ». Il fait son jogging tous les jours, même sous la pluie, avant de prendre le chemin du journal où il travaille à vendre de la publicité. Il vit, seul, une petite vie rangée, boulot, dodo ; avec passages fréquents côté alcool et branlette. Comme tout le monde autour de lui — y compris sa voisine de palier qu’il entend gémir dans sa chambre le soir. Cool… Sauf qu’il est difficile de ne pas remarquer sa bizarre tendance à se situer souvent tout juste à côté de ses pompes.

     

    Nathan aime bien sa patronne au journal, Sonia, mais il n’a qu’une seule amie : la vieille Madge, une antiquaire rongée par le cancer. Un jour, Madge — qui n’en peut plus de mourir à petites gouttes — lui demande d’abréger ses souffrances et de mettre fin à ses jours. Tout dérape à partir de là. Bientôt, on verra Nathan profiter d’une occasion pour exaucer les voeux de sa vieille amie. Ensuite, sa vie, tout comme le récit, se désagrège et tout devient de plus en plus flou… jusqu’à ce qu’on le retrouve, déboussolé, dans un asile.

     

    Là, au milieu d’une série de personnages aussi hallucinés qu’hallucinants, on en apprendra un peu plus sur les racines de la « fragilité » de Nathan. Réfugié dans le silence, il devient le témoin d’un monde dangereux qui s’agite autour de lui et qui le renvoie face à des violences et à des souvenirs enfouis très profondément en lui. Peu à peu on verra émerger de tout cela un portrait confondant : tout jeune encore, Nathan a été violemment agressé et ne s’en est pas tout à fait remis, on le devine.

     

    Mais la violence explique-t-elle la violence ? Surtout quand on « perd » de grands bouts de la réalité et que les souvenirs s’avèrent souvent friables ? Un livre dérangeant, merveilleusement porté par une écriture envahissante qui risque de vous faire pousser des boutons d’acné sur la conscience…

    Je m’appelle Nathan Lucius
    ★★★★
    Mark Winkler, traduit de l’anglais par Céline Schwaller, Éditions Métailié, Paris, 2017, 232 pages












    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.