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    Le ballon d’essai de William S. Messier

    L’auteur expose ses «fondamentaux» en une dizaine de textes qui gravitent autour du basketball

    18 mars 2017 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Recueil éclaté à l’architecture ambitieuse, «Le basketball et ses fondamentaux» jette un pont vers les livres précédents de l’auteur.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Recueil éclaté à l’architecture ambitieuse, «Le basketball et ses fondamentaux» jette un pont vers les livres précédents de l’auteur.

    Le basketball, sous toutes ses formes, est au centre de la vie de ces personnages d’adolescents et de joueurs, d’ex-joueurs à la grâce flétrie ou d’entraîneurs fatigués. Des êtres qui vivotent tranquillement dans leur obsession pour ce sport et la sous-culture qui l’accompagne souvent : celle du hip-hop, du pseudo-gangstérisme de banlieue, de la musique jusqu’aux coupes de cheveux.

     

    Après Townships, Épique et Dixie (Marchand de feuilles, 2009, 2010 et 2013), sur un tout autre registre, Le basketball et ses fondamentaux est le quatrième titre de William S. Messier, né à Cowansville en 1984.

     

    Mais s’intéresser au basket n’est pas un prérequis pour pénétrer dans cet univers, rassurez-vous. L’intérêt des histoires de William S. Messier est ailleurs, même si certaines d’entre elles s’amorcent comme un poème crypté : « C’était dans le temps où on essayait tous de reproduire à la perfection le crossover d’Allen Iverson. » Tout est affaire de justesse, ici. Justesse dans la façon dont il rend palpable l’ennui ou la passion que vivent ses personnages. Justesse dans la tonalité.

     

    Joueur de basketball dans l’équipe de son école secondaire, affecté par le divorce de ses parents, Dave Langevin se confie à un psychoéducateur en multipliant les parallèles entre la vie et son sport préféré (Glossaire).

     

    Commis aux comptes recevables d’Estrie Data Plus, le narrateur s’aperçoit comme ses collègues que le mobilier bouge chaque jour mystérieusement. Pendant que les autres employés fomentent des plans de révolte et que leur quotidien frôle l’abîme du vide, lui choisit de regarder ailleurs (Les deltaplanes). Dans Transport, l’autopsie minutieuse d’un accident de la route vécu par une équipe de basket au retour d’une tournée de matchs se transforme sous nos yeux en chorégraphie aussi fluide qu’une série de passes parfaites.

     

    Plus loin, un colosse de six pieds huit, fidèle employé d’une petite entreprise paysagiste malgré son bac en éducation physique, n’a pas touché à un ballon depuis douze ans. « J’ai beau retourner aux fondamentaux du basketball, mes gestes ressemblent plus aujourd’hui à une longue chute contrôlée. Je sais rationnellement que chaque lancer est une prière. » (La défaite de Big Dawg).

     

    Policier à la retraite, Robert Côté, alias Bob Side, est depuis vingt ans l’entraîneur de l’équipe de basketball des Griffons de l’école secondaire Sacré-Coeur à Granby. Dave Langevin (voir plus haut), qui a trouvé Dieu et un poste d’animateur de pastorale à l’école, est devenu son adjoint. Un drôle de croisement entre une histoire de mariage qui bat de l’aile et une épidémie d’abeilles tueuses (Wu-Tang).

     

    Créer des ponts

     

    Entre chacune des cinq nouvelles, l’auteur a inséré de courts textes autobiographiques qui tentent de cerner sa passion complexe pour ce sport. « J’ai tellement consacré de temps au basketball, explique-t-il, que j’ai l’impression qu’il fait partie de mon ADN. »

     

    Ayant grandi à Granby, « capitale du bonheur » et de l’entre-deux, l’écrivain y raconte que son adolescence a été marquée « par une culture de l’envie, ou un désir profond d’authenticité toujours impossible à combler ». Une réalité particulièrement palpable dans ses nouvelles, par sa façon de manier le langage et sa volonté de « créer des ponts entre l’oral et l’écrit ».

     

    Recueil éclaté à l’architecture ambitieuse, Le basketball et ses fondamentaux, à sa manière, jette lui aussi un pont vers les livres précédents de William S. Messier (où il s’était plutôt intéressé à son héritage rural) et ceux qui restent à venir. Quelque part entre la fiction et l’autobiographie, on y trouve sous d’autres habits — des shorts aux genoux, une camisole trop grande — son intérêt pour les sous-cultures, leurs codes d’initiés, leurs expressions.

     

    Une sorte de clé, un livre transitoire peut-être. Un exposé en finesse de ses propres « fondamentaux ».

    « Le coach Côté dit que, sauf le respect des élus, tout ce qu’il sait, lui, c’est qu’au cœur du véhicule, à un moment donné, le temps d’un tonneau, t’oublies le dehors. Il dit que tu te fies juste à ce que tes sens perçoivent et il dit que cibole, ce qu’ils perçoivent, c’est ton corps et celui de tes joueurs qui revolent et rebondissent tellement naturellement avec les cossins, les sacs de sport et les ballons de basket que tu jurerais que les parois de la van font des exercices de passes. »

    — Extrait tiré de Transport

    Le basketball et ses fondamentaux
    ★★★ 1/2
    William S. Messier, Le Quartanier, Montréal, 2017, 248 pages












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