Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous
    Littérature étrangère

    Bestiaire islandais

    Le premier roman de Gyrdir Eliasson est comme un rêve éveillé

    11 mars 2017 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Gyrdir Eliasson
    Photo: Einar Falur Ingolfsson Gyrdir Eliasson

    Imaginez-vous quelque part en Islande. Une petite maison entourée d’un jardin d’arbres rabougris et de plantes sous-développées. Un carré de rhubarbe. Des moutons, une ferme, une petite rivière.

     

    C’est dans ce décor singulier que Sigmar, un garçon fantasque et curieux, planté entre l’enfance et l’adolescence, prend ses aises, se livre à ses explorations, dresse des inventaires et ne tient pas en place.

     

    Il nous replonge, par sa manière de voir le monde qui l’entoure, réalité aux contours flous, dans les frasques folles de l’enfance. À ses yeux, par exemple, la remise au fond de la cour se transforme en atelier naval, c’est là qu’il sculpte les bateaux qu’il va perdre ensuite dans la rivière.

     

    Au grenier de la maison, il se livre à une opération chirurgicale sur un gros nounours jaune. « Je commence par pratiquer une incision transversale là où devrait se trouver l’appendice. Je verse dans la plaie un liquide composé de colorant alimentaire, de gouttes d’essence de vanille et de jus d’orange Assis. » Plus tard, c’est un écureuil aperçu dans un livre danois sur les animaux qui pique son intérêt — on chercherait longtemps d’ailleurs la trace du petit mammifère en Islande.

     

    Plus tard, toutefois, nourri des visions et des actions de la journée, Les excursions de l’écureuil bascule dès lors dans le rêve. Si le personnage dessinait plus tôt, c’est lui-même qui pénètre à présent dans le dessin. L’écureuil de ce livre d’images qu’il feuilletait ? Il est devenu l’animal, courant d’un bout à l’autre d’un territoire qui lui semble être devenu immense.

     

    Dans la grisaille, le froid et l’humidité, les rêves d’évasion se bousculent — on les imagine fréquents dans une société insulaire comme l’Islande. Une sorte de bestiaire fantastique prend vie : un dromadaire sans maître, une taupe, un chien saint-bernard, un ours grognon.

     

    Poète, prosateur et traducteur (notamment de Richard Brautigan) né en 1961, privilégiant les formes courtes, Gyrdir Eliasson vit à Reykjavik et est considéré comme l’un des auteurs majeurs de la littérature islandaise contemporaine. Paru à l’origine en 1987, Les excursions de l’écureuil est son tout premier roman. Il en a publié quatre autres, en plus d’une dizaine de recueils de nouvelles.

     

    Court roman onirique directement inspiré de la littérature pour enfants, Les excursions de l’écureuil comporte ainsi deux parties qui se font une sorte d’écho brouillé, exactement à la manière du rêve et de la réalité.

     

    Entre l’humour et la gravité, un peu dans la veine de sa compatriote Audur Ava Olafsdottir (Rosa Candida), l’Islandais nous force à voir, à hauteur de petit d’homme, l’étendue du monde et de nos ambiguïtés.

     

    Un fascinant petit livre qui nous laisse tout juste deviner l’univers riche d’un écrivain singulier.

    « Je vais plus loin, je saute le pas, je suis devenu écureuil. Lorsqu’elle arrive pour me dire de dégager la table pour faire place aux tasses à café et assiettes à dessert, Björg ne voit personne. Si ce n’est cet écureuil bizarrement dessiné au milieu de la feuille, une paillote, un étang et un gribouillis indéchiffrable sur le côté. »

    — Extrait de Les excursions de l’écureuil

    Les excursions de l’écureuil
    ★★★ 1/2
    Gyrdir Eliasson, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, La Peuplade, Chicoutimi, 2017, 108 pages












    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.