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    Pensée critique

    L'écoféminisme par une anthologie de ses textes fondateurs

    11 février 2017 | Isabelle Boisclair - Collaboratrice | Livres
    L’écoféminisme est multiple, il n’est pas sans tension: cette pensée est appropriée aussi bien depuis des approches matérialistes que d’autres d’inspiration spiritualiste.
    Illustration: Tiffet L’écoféminisme est multiple, il n’est pas sans tension: cette pensée est appropriée aussi bien depuis des approches matérialistes que d’autres d’inspiration spiritualiste.

    Reposant sur le postulat selon lequel « l’oppression des femmes et l’oppression de la nature sont les manifestations entremêlées du même cadre culturel oppressif », l’écoféminisme articule la convergence du féminisme, de l’écologie et du pacifisme. Le mot d’ordre, « Reclaim », suggère la réappropriation de la terre, sa revendication. Pour faire connaître les principes qui animent le mouvement et le type d’actions auquel il a donné lieu, Emilie Hache, philosophe, auteure en 2011 de Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique (La Découverte), rassemble quelques textes fondateurs.

     

    Activistes de la base, les écoféministes ne visent pas « à prendre le pouvoir mais à se débarrasser du type de pouvoir de ceux qui sont au pouvoir », et cherchent à proposer d’autres formes d’organisation sociale et d’interaction avec la nature. Les exemples d’actions sont nombreux, du mouvement Chipko en Inde, composé de femmes qui, dans les années 1970, ont fait reculer des projets d’abattage des arbres en se rendant dans la forêt et en déclarant qu’elles allaient étreindre les arbres pour éviter qu’ils soient coupés, jusqu’à la Women’s Pentagon Action, tenue à Washington en novembre 1980. Celle-ci condamnait tout à la fois le militarisme, le colonialisme, la mauvaise gestion des déchets toxiques et la violence sexuelle, ce qui illustre bien la largeur de l’étendard porté par ces femmes. Est également évoquée l’expérience de communautés lesbiennes qui, au cours des années 1970, ont acquis des centaines d’hectares pour s’y établir, voulant « extraire la terre de la production et de la reproduction capitaliste patriarcale ». L’Oregon Woman’s Land est encore actif à ce jour, réalisant ainsi une utopie féministe.

     

    Articulations et tensions

     

    L’écoféminisme est multiple, il n’est pas sans tension : cette pensée est appropriée aussi bien depuis des approches matérialistes que d’autres d’inspiration spiritualiste. Les deux courants expriment ainsi l’opposition qui divise tout le féminisme, entre constructivistes et essentialistes. Il faut comprendre que l’association femmes-nature relève ici bien davantage de la répartition des rôles traditionnels qui façonne ce souci environnemental particulier, ce qu’illustre bien l’histoire de Bachni Devi d’Adwani, qui « mena une résistance contre son propre mari qui avait obtenu un contrat local pour abattre la forêt » d’où elle tirait subsistance pour la famille. Par ailleurs, comme les « entreprises polluantes s’installent là où le foncier est peu élevé, […] loin des populations blanches favorisées », l’écoféminisme est nécessairement intersectionnel. Il concerne aussi les populations natives américaines : une autochtone rappelle que la « pollution est étrangère à [leur] culture. Il n’existe pas même de mot pour dire dioxine en navajo ».

     

    Actualité de l’écoféminisme

     

    Pourquoi éditer ces textes aujourd’hui ? Parce que « les ressemblances entre la situation dans laquelle l’écoféminisme a émergé et la nôtre sont frappantes », notamment la menace de la possible destruction de la Terre par l’accélération du dérèglement climatique. Ce livre veut ainsi redonner aux écoféministes un peu de lumière, éclipsées qu’elles sont souvent par divers technocrates. Car « aux enjeux abstraits des groupes nationaux, les femmes ont préféré les questions environnementales issues de leur expérience immédiate et concrète ».

     

    Le mouvement féministe rencontre ici « la tradition anarchiste de l’action directe radicale et de la désobéissance civile, refusant de respecter la logique du système des“canaux appropriés” ». Souvent qualifié d’irréaliste, l’écoféminisme a été moqué. Mais qui niera qu’il n’a pas influencé les grandes organisations internationales oeuvrant pour plus de justice, d’équité et de paix ?

    Reclaim
    ★★★ 1/2
    Emilie Hache, traduit de l’anglais par Émilie Notéris, Éditions Cambourakis, Paris, 2016, 412 pages












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