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    Jeunesse

    En un album lumineux Alain Serres explore la beauté de l'humanité

    11 février 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    Au coeur de ce récit, le colibri devient le témoin de tous ces instants d’éternité.
    Photo: Rue du monde Au coeur de ce récit, le colibri devient le témoin de tous ces instants d’éternité.

    Théophraste, un vieux journaliste poète et observateur, a construit une volière tout au bout de son jardin. « Avec vue sur tous les horizons et air pur à volonté », ce sont mille oiseaux qui vont de par le monde et reviennent y loger pour partager avec le vieil homme les nouvelles entendues pendant leur périple. Mais ce que rapportent l’ara blanc, le perroquet vert printemps et autres volatiles n’est pas très reluisant. « La forêt a encore éternué ! Boum boum ! Les armes ont encore parlé… Et la mer a encore noyé et la faim a encore affamé. »Jusqu’au jour où arrive un colibri, cet oiseau si petit qu’il « peut se glisser dans n’importe quel coeur de fleur […] entrer par le trou d’une serrure pour saisir le plus minuscule des murmures ». Cette toute nouvelle perspective prometteuse porte un baume sur la haine et les horreurs.
     

    C’est toujours avec beaucoup de poésie qu’Alain Serres, auteur, éditeur — on lui doit d’ailleurs la création des éditions Rue du monde en 1996 —, raconte le monde aux enfants, aux adolescents. Sa vision très inclusive fait de ses oeuvres des ouvrages qui ouvrent à la discussion et à la tolérance. Bonnes nouvelles du monde, c’est un regard porté sur le bon et le mauvais côté des choses, mais surtout sur cette lumière qui parvient à percer le brouillard. La délicatesse des mots choisis, le charme des métaphores, la sagesse et la bonté du personnage du vieux journaliste sont saisissants de justesse. On voyage avec le colibri, ce rapporteur de « nouvelles qui rendraient le coeur joyeux au plus triste des artichauts », pour mieux saisir le côté sensible de l’humanité.

    Et toute cette histoire est accompagnée, auréolée des illustrations lumineuses de Nathalie Novi. Son style à la fois réaliste et onirique nous transporte dans un univers intemporel et ouvert sur le monde. D’ailleurs, derrière chaque illustration, des mots venus de partout se laissent deviner. Réalisées sur des pages de journaux, les peintures invitent à découvrir les mots des autres.

     

    Comme une envie de partager la beauté

     

    De toutes les belles histoires rapportées par le colibri, une reste particulièrement touchante. Celle de ces deux championnes de natation, Yusra et Sarah Mardini — à qui l’ouvrage est d’ailleurs dédié — qui ont dû fuir la Syrie comme bien d’autres réfugiés dans l’espoir de trouver une terre accueillante.

    La forêt a encore éternué ! Boum boum ! Les armes ont encore parlé... Et la mer a encore noyé et la faim a encore affamé.
    Extrait de «Bonnes nouvelles du monde»
     

    Le minuscule oiseau rapporte ainsi au journaliste qu’il les a vues « sauter à l’eau depuis leur pauvre bateau perdu en mer. Il coulait sous le poids de tous ceux qui s’y entassaient. Elles ont nagé, nagé pendant des kilomètres en tirant le bateau derrière elles comme un morceau de leur pays perdu. Quand elles ont atteint la côte, tout le monde s’est serré dans leurs quatre bras mouillés ». L’Allemagne a par la suite accueilli les soeurs, et Yusra a d’ailleurs pu participer aux Jeux olympiques de Rio en août 2016.

     

    Au coeur de ce récit, le colibri devient le témoin de tous ces instants d’éternité, l’oeil bien ouvert posé sur ces réconfortantes anecdotes qui ne nous sont que rarement contées. Sans tomber dans le sentimentalisme, il faut dire que c’est l’âme remplie d’espérance qu’on ressort de cette lecture, porté par le désir de partager de la beauté, de la poésie, mille et une douceurs parce que, comme le dit Théophraste, « il y a de bonnes nouvelles du monde à partager. Et de très bonnes nouvelles à espérer ».

    Bonnes nouvelles du monde
    ★★★★
    Alain Serres, Rue du monde, Paris, 2017, 30 pages












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