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    Poésie

    Les petits riens de Louise Warren

    La poète ébauche un univers familier qui tient de la peinture impressionniste

    4 février 2017 | Hugues Corriveau - Collaborateur | Livres
    Photomontage: Olivier Zuida Le Devoir

    L’intérêt de la poésie minimaliste de Louise Warren tient à l’effet qu’elle crée en nous et à son rythme d’une rare délicatesse. Ainsi, les petits riens qui font battre le temps qui passe, le tremblement dans l’oeil observateur ou les insidieuses références émotives qui s’y déploient ouvrent à la méditation. Ultime mot, sans doute, de ce travail d’écoute et de repliement zen. Ces poèmes, si souvent près du haïku, tiennent de la peinture impressionniste. Par traits délicats, la poète situe son univers en des évocations presque ritualisées.

     

    Ainsi appréhende-t-elle son lieu intime avec une discrétion tout allusive : « chambre / doublure liquide / obscurcissement // lustre éteint / paupières closes / personne ». Cette lenteur à dire le monde qui l’entoure et la résonance qu’il produit en elle sont typiques de son travail poétique. On y accède en abandonnant sa propre nervosité, en se donnant à ce temps suspendu pour écouter le battement tranquille d’une vie qui ne cherche rien d’autre qu’à ressentir l’instantané du moment.

     

    Il y a là, certainement, une spiritualité fouissant le dessous des apparences, ouvrant les sens à l’imperceptible immédiat. Comme elle le précise, il s’agit d’« atteindre / le plus petit ». Être à l’affût, donc, car « les reflets détournent / chaque apparition // marbre liquide / danse des signes / langue étrangère ». On est devant une traduction de la face cachée de l’heure, des sens secrètement enfouis dans la fébrilité à laquelle il faut résister, et c’est à partir de cela que cette entreprise de dire s’éclaire.

     

    En somme, « une ligne à la fois / ne pas renoncer / à la diminution / pencher la tête / ouvrir l’éclair » et, en toute simplicité, « recopier / les choses du monde ». La pluie, les larmes, le passage du fleuve illuminent le sens, pour la poète, de ce qui passe et qu’il lui faut retenir de l’effritement de la pensée, car on doit contrer « l’immense faiblesse / du poème » quand nous n’avons que « les parois de l’eau / pour le retenir ».

     

    Ce très beau recueil écrit au fil de la douceur des heures, troublé par des angoisses qui tiennent du tellurique, du murmure dans les choses parlantes, du souffle du vent et de la pensée, atteint son but qui n’est rien d’autre que de confier sa propre fragilité à celle de l’indécidable de la matière. Ainsi, cet aveu final : « le poème / soutient le jour / de l’eau / sur les ombres / des écailles / aux voix // je n’en sais pas plus ».

    Le plus petit espace
    ★★★ 1/2
    Louise Warren, Le Noroît, Montréal, 2017, 115 pages












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