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    Livres

    Chacun cherche sa cote (Dewey)

    Des bibliothèques remettent en question le système de classification

    25 janvier 2017 |Catherine Lalonde | Livres
    De plus en plus de bibliothèques tentent des expériences de classification, en s’inspirant des mises en place des librairies.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir De plus en plus de bibliothèques tentent des expériences de classification, en s’inspirant des mises en place des librairies.

    « Imaginez entrer dans une bibliothèque de 70 000 documents, essentiellement des titres uniques, tous alignés sur des rayons. On peut facilement se sentir submergé devant ce type de présentation », indique Ivan Filion. Le directeur des Bibliothèques de Montréal au Service de la culture illustre ainsi la nécessité pour les bibliothèques de trouver des moyens de mettre autrement les livres en valeur et de faciliter le chemin entre le lecteur et le livre cherché, niché loin sur l’étagère là-haut, troisième rangée au fond à droite. Au point où plusieurs biblios remettraient en question le bon vieux système de classification Dewey, notamment aux États-Unis et en France, un changement de paradigme qui est aussi discuté ici.

     

    Dewey ? Melvil, de son prénom. Un homme qui a fondé la première école de bibliothéconomie en 1887 à New York, mais qui a surtout laissé son système de classification décimale en héritage aux bibliothèques occidentales. Un système de 10 classes — propres à la vision du monde et des savoirs de l’époque : philosophie, religion, sciences sociales, langues, sciences pures, techniques, beaux-arts et loisirs, littératures, géographie et histoire —, 100 divisions, 1000 sections. Un système développé en 1876, encore en usage aujourd’hui.

     

    « Ça permet une classification très pointue, et avec les décimales on peut aller très loin dans la précision des sujets, indique Martin Dubois, chef du service des bibliothèques de Longueuil. Une des critiques qu’on entend sur ce système, c’est que ce qui est catégorisé représente l’époque de Dewey. La classe 200 comprend beaucoup de thèmes sur la religion, par exemple, alors qu’aujourd’hui on se retrouverait sans grande classe technologique. On a dû récupérer le 000 pour créer cette classe. N’empêche, le système a très bien vieilli. Mais il repose sur une conception du monde qui date du XIXe siècle. »

     

    Au Québec, de façon traditionnelle, les bibliothèques publiques utilisent la classification décimale Dewey (CDD). Et l’utilisent encore aujourd’hui, comme quelque 200 000 biblios dans 135 pays — c’est un des avantages du système : une fois qu’on le comprend, on peut se repérer presque partout dans les biblios du monde. Les bibliothèques universitaires, en général, suivent plutôt la classification de la Library of Congress américaine.

     

    Latitude, longitude

     

    « La cote Dewey sert d’adresse aux livres. Quand on fait une recherche de livre, ça nous donne l’adresse chiffrée — des coordonnées, pratiquement — où on va le retrouver dans les rayonnages. Ça permet aux usagers de retrouver assez facilement les ouvrages. L’autre avantage, c’est que les ouvrages sur le même sujet sont ainsi regroupés ensemble », explique Martin Dubois.

     

    Sauf pour les oeuvres de fiction, car « il est beaucoup plus facile pour le citoyen de se retrouver à partir des trois premières lettres du nom de l’auteur — Zola, Laberge, Tremblay… —, plutôt que de devoir aller consulter le catalogue pour obtenir une cote très longue, précise Ivan Filion. Avec les lettres, on est aussi déjà assuré que tous les Michel Tremblay vont se retrouver ensemble sur les rayons. »

     

    Mais voilà qu’aux États-Unis, et même dans certaines médiathèques françaises, de plus en plus de bibliothèques tentent des expériences différentes de classification, soit en s’inspirant davantage des mises en place des librairies, ou en tentant des systèmes maison. Car si on n’est pas un habitué des biblios, des catalogues et de Dewey, on peut facilement se sentir noyé en entrant dans cet univers.

     

    « Ce n’est pas un système intuitif, critique Ivan Filion. Si je caricature, Dewey facilite le repérage d’un document, tandis que les autres systèmes proposés en général en librairies vont faciliter le repérage de grande thématique. » On peut là voir de visu ce qui nous intéresse, et se rendre vers le coin des mangas ou des polars, du jardinage ou des diètes, très populaires aujourd’hui, mais bien cachés dans le ventre du fond des bibliothèques par le CCD. Les jeux vidéo, eux, sont classés par leur console d’utilisation. Plusieurs bibliothèques ont déjà créé ainsi des sous-sections de ce genre, qui « échappent » au système Dewey, « selon le choix et la définition toujours un peu arbitraire des genres par les bibliothécaires », indique le directeur des Bibliothèques de Montréal.

     

    Car l’expérience démontre que « dès que les livres sont mis en avant, dès qu’il y a médiation, la réponse des lecteurs est très positive,poursuit M. Filion. Que ce soit lorsqu’en biblio on fait des expos thématiques, qu’on mette en avant les coups de coeur des bibliothécaires, qu’on suive l’actualité ou qu’on présente les nouveautés avant de les intégrer aux collections ». Le grand classique, illustre M. Filion, c’est le spécial Saint-Valentin, avec ses romans et ses correspondances d’amour, ses films romantiques et tutti quanti. Il n’y manque que le champagne.

     

    Doux oui comme Dewey

     

    « On veut, aux bibliothèques de Montréal, revoir les manières de mettre en valeur nos documents, conclut le directeur. Peut-on s’inspirer de ce que font les libraires, tout en respectant l’esprit des bibliothèques ? On sait aussi qu’en certains endroits dans le monde le système Dewey est complètement mis de côté. On en discute. » Certaines bibliothèques à Montréal utilisent encore le système Dewey pour les romans et les oeuvres de fiction — une rareté.

      

    « Pour faciliter le repérage du citoyen d’une biblio à l’autre, ainsi que l’optimisation du prêt de livres inter-bibliothèques, on aimerait unifier la pratique — car on souhaite faire en sorte que tous les documents soient traités au même endroit. On cherche un consensus, quelque chose quiferait que le citoyen puisse se repérer facilement et qui facilite le classement, et qu’on puisse harmoniser les pratiques. »

     

    La réflexion se poursuit sur plusieurs fronts. Comment peut-on présenter le maximum de couvertures de livres, plutôt que d’en voir seulement l’épine (le côté), sans hypothéquer trop d’espace, par exemple. Le bon vieux système de Dewey se mettra-t-il ainsi à prendre de moins en moins de place dans nos bibliothèques ?













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