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    Culture religieuse

    L’annonciateur orgueilleux et son célèbre traître

    Jésus et Judas ressuscitent dans deux essais qui décodent leur personnalité

    24 décembre 2016 |Dave Noël | Livres
    «La Cène» de Léonard de Vinci
    Photo: Domaine Public «La Cène» de Léonard de Vinci

    Le Jésus des Évangiles tranche avec le portrait du barbu tranquille et empathique dépeint dans la catéchèse. « Ses bontés et ses colères sont imprévisibles », observe le romancier et essayiste François Taillandier dans un essai ambitieux qui tente de répondre à la question posée par le Christ à ses apôtres : « Qui suis-je ? »

     

    « Tourmenté, irritable, lunatique », le Fils de l’homme n’est guère sympathique. « On ne devine pas, dans tous les Évangiles, une plaisanterie, un sourire, explique l’auteur de ce Jésus. L’habitude chrétienne nous empêche de voir en lui ce qu’une partie de ses contemporains ont dû y voir : un arrogant, un donneur de leçons. […] Les religions ont toutes leurs prophètes. Pas une n’a eu un annonciateur plus follement orgueilleux que celui-là. »

     

    Le Nazaréen semble vivre replié sur lui-même. « Il n’a apparemment rien lu d’autre que l’Ancien Testament. » C’est par l’entremise de ses apôtres que sa nouvelle conception de l’être humain se répand à l’extérieur du monde juif. « Ils sauront, eux, voyager et entrer en contact avec la société gréco-latine. »

    Christianisme primitif

     

    Taillandier est fasciné par la pérennité du message de Jésus. « D’autres messies autoproclamés ont fait parler d’eux en son temps, parfois avec plus d’éclat », dit-il, en donnant les exemples de Theudas, de Judas le Gaulonite et du « Christ grec », Apollonios de Tyane. Le Fils de l’homme, lui, a tenu « contre toute probabilité ».

     

    Les premiers convertis du bassin méditerranéen ne sont pas des incultes. « En Égypte, en Anatolie ou en Grèce, [le christianisme] rencontra des publics dont les réflexes rationalistes étaient à peu près les mêmes que les nôtres », écrit le croyant de tendance libérale, tout en reconnaissant que la résurrection de Lazarre sent le « coup monté ».

     

    En lisant entre les lignes du Nouveau Testament, Taillandier développe des hypothèses intrigantes. Il étend ainsi à l’ensemble des apôtres la responsabilité de Judas dans l’arrestation du Christ. C’est ce qui expliquerait l’inertie des douze au cours de la dernière Cène, alors que Jésus annonce la trahison prochaine de leur trésorier.

     

    Plan divin ?

     

    L’essayiste britannique Peter Stanford s’intéresse lui aussi aux motivations du plus célèbre traître de l’Histoire dans son Judas. De retour sur les lieux du crime, au jardin de Gethsémani, le biographe succombe au syndrome de Jérusalem, allant jusqu’à étreindre un arbre qui aurait assisté à l’arrestation de Jésus.

     

    Judas, rappelle l’auteur, n’apparaît qu’à 22 reprises dans les Évangiles. C’est ce qui amène Stanford à consacrer l’essentiel de son essai à l’étude de sa représentation, du vil rouquin de l’iconographie du Moyen Âge au héros révolutionnaire, en passant par la Judith des Monty Python.

     

    « Traître fini ou rouage d’un plan divin ? » demande Stanford en paraphrasant la chanson With God on Our Side du Nobel de littérature Bob Dylan. Pour François Taillandier, le rôle de Judas est secondaire, la mort du Christ étant inévitable. « Que penseraient ceux qui l’ont écouté et suivi, d’un Jésus qui s’installerait dans sa prédication, ouvrirait un cabinet de thaumaturge ou de consultant en développement personnel ? Le fils de Dieu ne peut pas être cela. Il ne peut être qu’un météore. »

    Jésus
    ★★★★
    François Taillandier, Perrin, Paris, 2016, 236 pages. Aussi: «Judas», Peter Stanford, Fayard, Paris, 2016, 344 pages.












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