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    Littérature jeunesse: quand la vérité choque

    L’irrévérence bouscule la littérature jeunesse et ébranle toujours les conservatismes

    17 décembre 2016 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    L’irrévérence cherche à déconcerter les lecteurs, mais aussi à les faire réfléchir.
    Photo: iStock L’irrévérence cherche à déconcerter les lecteurs, mais aussi à les faire réfléchir.

    Le meurtre sordide d’un adolescent dans Le cou de la girafe de Camille Bouchard ou d’un jeune transphobe dans L’enfant mascara de Simon Boulerice (Leméac). Une critique de ces yeux qui se ferment parfois pour ne pas voir les exactions perpétrées contre d’autres. Des cochons qui se questionnent sur la nécessité ou pas de se conformer aux normes sociales… Il y a la littérature jeunesse normative et moralisatrice. Et il y a aussi les chemins « de travers » que certains auteurs et éditeurs sont de plus en plus nombreux à emprunter, en faisant fi des règles de bienséance et en prenant surtout le risque de ne plus se retrouver sur les étagères des bibliothèques des écoles, pourtant les plus gros clients des éditeurs jeunesse.

     

    L’irrévérence cherche à déconcerter les lecteurs, mais aussi à les faire réfléchir. Elle offre des avenues nouvelles, un angle inattendu qui bouscule les a priori, comme dans Le tragique destin de Pépito (Comme des géants) de Catherine Lepage et Pierre Lapointe, qui s’inscrit dans cette vague en mettant en scène un petit garçon intimidé qui termine son existence au fond d’une rivière.

     

    Pour l’auteure Nadine Robert, la méchanceté des personnages principaux ou encore les dénouements malheureux et les comportements délinquants alimentent cette littérature qui ose, en s’attaquant parfois aux contradictions d’une société où tout le monde doit, en apparence, donner au suivant, par la mise en scène de personnages égoïstes venant heurter les bons sentiments.

     

    Le genre est en croissance, même si, malgré le bon vouloir de certaines maisons, dit l’éditeur et auteur Robert Soulières, rien n’est totalement gagné. « Je crois qu’on a du chemin à faire ici. Nous vivons dans une société assez polie, tolérante et respectueuse. Personnellement, j’aime bien provoquer. Soulières éditeur n’a pas hésité une seconde en exposant un père transgenre dans La forme floue des fantômes de Camille Bouchard ou en dénonçant le racisme dans Quand hurle la nuit de Mario Brassard. Une simple histoire d’amour, d’Angèle Delaunois, aborde même la question très délicate du viol collectif. »

     

    Une histoire de caca

     

    L’irrévérence remonte à loin. Avant d’être intégrés au corpus jeunesse, les contes de Perrault ont soulevé des discussions chez les pédagogues des XVIIIe et XIXe siècles. Les uns condamnaient le propos qui contredisait la mission éducative de la littérature jeunesse, les autres voyaient tout le potentiel d’imagination que ces oeuvres pouvaient déployer. Étaient-ils irrévérencieux pour autant ? Il a quand même fallu attendre le XXe siècle avant que les éditeurs en proposent des versions non édulcorées.

     

    Selon les époques, et les régions géographiques, même, l’irrévérence n’est pas perçue de la même façon. Mieux, certains thèmes passés sous le couperet de la censure il y a 30 ans sont maintenant banalisés. Pour Mathieu Lavoie, le caca en est le plus bel exemple : « Quand le caca devient mainstream, il est banalisé, il n’est plus irrévérencieux, pauvre caca. Alors, on parle de pipi, de crottes de nez, de pets. Irrévérencieux ? Tout dépend de la façon, originale ou pas, dont on traite le sujet. Et l’on parle aussi de zizis, de zézettes, de sexualité. »

     

    En France, les Vincent Malone, André Bouchard, Clément Chabert frappent fort avec des personnages sans scrupule, notamment ce lion qui mange une petite fille dans Les lions ne mangent pas de croquettes (Seuil jeunesse), des moutons qui laissent tomber la lutte avec le loup et ferment les yeux sur le massacre, dans Le jour où les moutons décidèrent d’agir (La Martinière jeunesse)ou encore Malone avec sa série Kiki.

     

    Si vous avez aimé le Kâmasûtra, vous aller adorer Kiki a un kiki (Seuil jeunesse). Le livre a défrisé récemment la direction d’une école primaire dans le comté de Portneuf, qui a préféré le sortir des murs de son établissement. Comme quoi, de tout temps, la tolérance, le respect, la bienséance, l’espoir, voilà ce qui est finalement ébranlé quand on parle d’irrévérence en littérature jeunesse.













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