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    Le péril du cybercapitalisme

    Maxime Ouellet critique la planète numérique marchande en renouant avec un Marx occulté

    19 novembre 2016 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Pour Maxime Ouellet, professeur à l’École des médias de l’UQAM, «le capitalisme cybernétique» risque de déshumaniser la vie sociale de façon «tyrannique».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour Maxime Ouellet, professeur à l’École des médias de l’UQAM, «le capitalisme cybernétique» risque de déshumaniser la vie sociale de façon «tyrannique».
    Essai
    La révolution culturelle du capital. Le capitalisme cybernétique dans la société globale de l’information
    Maxime Ouellet, Écosociété, Montréal, 2016, 320 pages
     

    « Il était temps qu’un capitaliste fasse une révolution. » Ce slogan provocateur de la firme Apple, lors du lancement en 1984 de son ordinateur personnel Macintosh, inspire le titre du livre de Maxime Ouellet : La révolution culturelle du capital. Le politologue y soutient que les technologies de l’information et des communications tendent à remplacer la culture par un totalitarisme marchand. Redonnerait-il ainsi à Karl Marx sa dimension prophétique occultée ?

     

    Chose certaine, Ouellet, professeur à l’École des médias de l’UQAM, entend montrer que, dans notre économie mondialisée, ce qu’il appelle « le capitalisme cybernétique », c’est-à-dire informatisé, risque de déshumaniser la vie sociale de façon « tyrannique ». Pour résister à la menace, il préconise de « concilier la critique de l’économie politique et la critique de la culture » en renouant avec les notions de fétichisme de la marchandise et d’aliénation, chères à Marx mais négligées par tant de marxistes d’hier et d’aujourd’hui.

     

    Le politologue québécois s’appuie sur Cornélius Castoriadis (1922-1997), théoricien qu’il considère avec raison comme plus marxien que marxiste, en clair : plus proche de la pensée même de Marx que des diverses interprétations données par ses disciples. À l’exemple de Castoriadis, il critique, selon ses mots, « le culte du développement technologique conçu comme le symbole par excellence du “progrès”  ». Il souligne que ce développement « n’est pas neutre »,mais imprégné des valeurs sociales qui le produisent.

     

    Lucide, Ouellet y voit surtout un lien tangible avec l’essor des échanges marchands. Poussant plus loin sa réflexion, il constate que « l’économie est une construction sociale qui résulte d’un processus politique ». Le fétichisme de la marchandise ou, si l’on préfère, l’importance excessive accordée à l’objet du commerce trouve, selon lui, sa « forme la plus achevée » dans l’argent que l’État institutionnalise comme « médiation symbolique des rapports sociaux ».

     

    Dans une perspective authentiquement marxienne, il estime qu’il s’agit là d’« une forme séculière de religion — l’économie — » qui aliène l’individu. Mais, pour dépasser Castoriadis en redécouvrant le vrai Marx, si différent du penseur dont l’Union soviétique ou la Chine ont prétendu s’inspirer, il aurait dû suivre Ernst Bloch (1885-1977) et Maximilien Rubel (1905-1996), issus tous deux du judéo-germanisme où avait baigné l’auteur du Capital.

     

    Ce continuateur et cet exégète de l’oeuvre marxienne n’ont édulcoré en rien l’essentiel que le maître aux accents démiurgiques résuma en 1844 : « L’existence de l’État et l’existence de l’esclavage sont inséparables. » Ouellet a, au moins, pressenti que le cybercapitalisme, appelé souvent économie du savoir, est le raffinement de l’horreur que combat un utopisme marxien fascinant et occulté.

    La révolution culturelle du capital
    Maxime Ouellet, Écosociété, Montréal, 2016, 320 pages












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