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    Jean-Jacques Pelletier - Trafic d'influence

    28 février 2004 |Caroline Montpetit | Livres
    De prime abord, Jean-Jacques Pelletier n'a rien d'une bête médiatique. Pourtant, ce professeur de philosophie, qui s'occupe aussi de gestion de fonds de retraite, fait vibrer le Québec depuis quelques années, au rythme de ses thrillers «internationaux». Les uns après les autres, ses romans, volumineux et denses, sont attendus en librairie par un public désormais fidèle, avide de connaître la suite des scénarios mettant en scène des trafics d'organes, d'argent ou d'influence. Ces jours-ci, il fait paraître le deuxième tome du Bien des autres, qui est le troisième volet de son imposante trilogie intitulée Les Gestionnaires de l'Apocalypse.

    Pour Jean-Jacques Pelletier, les tabous modernes ne sont plus le sexe et la mort. Les tabous, aujourd'hui, ce sont les forces qui déterminent les grands mouvements de société. Et c'est à ces forces qu'il s'attaque dans ses thrillers contemporains, où policier, politique, économie et spiritualité s'entrelacent en réseaux complexes qui menacent de faire exploser le Québec entier.

    Jean-Jacques Pelletier n'est pas dupe. L'un des plaisirs que l'on prend à le lire est le fait de reconnaître les lieux et les organisations qui ont marqué la vie politique. Ici, un pastiche de la Crise d'octobre; là, des similitudes avec l'Ordre du temple solaire ou encore avec le mouvement raélien; là encore, des problèmes de réseaux de trafic d'armes qui transitent par une réserve amérindienne ou encore des manipulations ayant pour but le contrôle de l'eau et du pétrole canadiens... Tout ceci impliquant des gens de chez nous, de l'Université du Québec à Montréal ou du cégep du Vieux-Montréal, aux côtés des désormais célèbres inspecteur Théberge, gastronome à ses heures, et journaliste Pascale Devereaux.

    En entrevue, Jean-Jacques Pelletier, grand consommateur de journaux et de revues de vulgarisation, reconnaît s'être toujours inspiré de l'actualité politique et sociale, locale et internationale, pour écrire. Il affirme par exemple s'être directement servi, dans son roman, du discours de Pierre Elliott Trudeau annonçant en 1970 la mise en application de la Loi sur les mesures de guerre. Un bijou de rhétorique, précise-t-il... Car Le Bien des autres s'intéresse particulièrement à l'usage que l'on fait des mots.

    En fait, ses romans sont tellement réalistes qu'on a déjà prêté à Jean-Jacques Pelletier certaines dispositions pour la prémonition. N'a-t-il pas effacé des chapitres écrits avant le 11 septembre, qui se déroulaient à New York, pour éviter que le lecteur ne fasse des liens imprévus?

    À ce compte, le dernier tome du Bien des autres, dans lequel le Québec est assailli par une vague de terrorisme, en fera frémir plusieurs...

    En entrevue, Jean-Jacques Pelletier explique que la justesse de ses observations tient plus à l'attention qu'il porte au jeu des puissances sur l'échiquier sociopolitique qu'à un exercice de voyance.

    Lorsqu'un joueur s'intéresse aux jeux de stratégie, il ne peut pas prévoir tous les coups qui seront joués, convient-il. Mais il peut, par contre, faire une analyse assez fine des intérêts et des puissances en action. Il dit d'ailleurs hautement apprécier les commentaires de ses lecteurs, qui affirment suivre l'actualité avec plus d'attention après avoir compulsé ses bouquins.

    Dans l'essai Écrire pour inquiéter et pour construire, une réflexion sur l'écriture publiée en 2002 aux Éditions de Trois-Pistoles, Jean-Jacques Pelletier s'explique sur les notions de réalisme et de vraisemblance.

    «Car un roman fonctionne d'abord à l'imagination et à la vraisemblance, écrit-il. À l'impression de vérité. Impression: c'est le maître mot. Ce qui ne veut pas dire que la vérité de l'information est sans importance. Mais elle doit toujours être subordonnée à la vraisemblance. Dans bien des cas, il faut même éliminer des éléments vrais mais qui ne sont pas vraisemblables et qui, par conséquent, nuiraient à la crédibilité générale de l'histoire.»

    Reste que, pour l'auteur, l'écriture demeure une façon de saisir le monde et de le penser de façon plus réfléchie que spontanée. «Je pense mieux à l'écrit que verbalement, lorsque je réponds à des questions par exemple», dit-il en souriant.

    Ses observations de la société l'emmènent aussi à écrire des essais, dont certains sont réintégrés dans ses romans. Ainsi, Le Fascisme à visage humain, un essai dont on peut lire des extraits dans Le Bien des autres, a entièrement été écrit avant que ne débute la rédaction de la fiction. «Je l'ai écrit sous la forme d'un programme électoral, ou quelque chose comme: voici ce que devrait être la société avec un regard néolibéral bête», dit-il.

    Parmi ses nombreux projets, il prévoit aussi terminer un essai sur la recherche de l'intensité, qui pallierait la perte de l'historicité. C'est ce qui se passe, dit-il, quand on est de plus en plus enfermé dans l'instant, dans un monde où les solidarités sont de plus en plus érodées, ce qui mène «à la fois au triomphe et à la perte de l'individu».

    Mais bien que l'auteur n'aime pas voir les oeuvres de fiction confinées dans des genres, on se trouve bien ici en présence de thrillers. Et la très grande variété des personnages comme l'extrême brièveté des «chapitres» semblent conçues expressément pour le petit ou le grand écran. N'est-on pas en train de réaliser un film à partir du deuxième tome de la trilogie, L'Argent du monde?

    Jean-Jacques Pelletier se défend pourtant d'écrire pour le cinéma ou la télévision. Si tel était le cas, dit-il, il serait impossible de lire les pensées des personnages. Et peut-être, par ricochet, de saisir sa pensée à lui.

    Le bien des autres

    Jean-Jacques Pelletier - Éditions Alire - Québec, 2004, 651 pages

    Écrire pour inquiéter et pour construire

    Jean-Jacques Pelletier

    Éditions Trois-Pistoles

    Trois-Pistoles, 2002, 260 pages












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