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    Poésie

    Les sursauts écolos de Toino Dumas

    Son «Animalumière» est un acte de foi, un plaidoyer pour la vie lucide

    12 novembre 2016 | Hugues Corriveau - Collaborateur | Livres
    Photo: iStock
    Poésie
    Animalumière
    Toino Dumas,
    Le Lézard amoureux,
    Montréal, 2016, 82 pages

    On n’est pas certain que Toino Dumas soit le nom réel de cette écrivaine qui signe ses oeuvres ou collaborations de nombreux hétéronymes, dont Jacquo Ademas, Cécile Lou et, plus récemment, Antoine Dumas. C’est en effet sous ce nom qu’elle a publié Au monde inventaire (éditions du Passage, 2015) dont nous avons rendu compte ici même avec enthousiasme. Son présent Animalumière est un acte de foi, un plaidoyer pour la vie lucide, un sursaut écolo, très certainement emporté par un besoin de déconstruire les noirs desseins de la fatalité.

     

    Il ne s’agit pas de béatitude, mais d’une connaissance à vif de ce qu’est l’acte d’appréhender ce qui se vit. Or, c’est à travers le mot « lumière », dont l’usage récurrent dans le recueil ne se compte plus, qu’elle part en quête de sens. Sous le noir, la beauté et la laideur ; sous la clarté, quelques éclats de vie ou de mort.

     

    Ainsi, au recto de la vision, parfois teintée de bonheur : « il y avait une lumière douce comme savoir que mon père est dans l’autre pièce à faire n’importe quoi / il y avait une lumière tranquille et instable, ne tenant pas à grand-chose, mais qui me collait aux paumes, un miel de tilleul plus clair que le curcuma / c’était visiblement une fin, une chance verte. » Au verso, « la lumière est la somme des états du monde, alluvions des désirs sans territoire et des pesantes peurs ».

    La lumière est la somme des états du monde, alluvions des désirs sans territoire et des pesantes peurs
    Toino Dumas, dans «Animalumière»
     

    Sous cette poésie, on saisit un intense désir d’innocence, une remise à nu des perceptions, des visions comme des actions, alors que la poète cherche à se défaire des habitudes trop loquaces qui font du bruit, qui brouillent, qui provoquent « à chaudes larmes la chandeleur ». Malgré tout, ce réalisme entre en conflit avec le rêve idéaliste d’un amour trop beau.

     

    Voici un recueil où la concentration même entre l’acuité du regard et la cécité qui en découle ne propose pas de solution mais s’offre comme état de conscience. « Et si la suite est une rengaine avec de vieux os et du bois de mer, avec le sel et plus aucun souvenir de la ville / et si pour continuer on doit défaire le coton de sa chemise et vivre avec sa faim, façonner de minuscules lueurs avec presque rien et quasiment n’importe quoi / alors qu’ainsi soient nos vies et nos chants, radeaux et cabanes, histoires et poèmes. »

     

    La lumière en effet, mais aussi les trois autres éléments, impérative voie d’accès à toutes les contradictions qui fouissent le coeur de la poète, elle qui veut s’orienter dans le grouillant univers qui foisonne devant elle. En fait, elle cherche « mille moyens pour se garder lumineuse et terroriste au sein des villes ».

     

    Ce recueil est animé par une double tension qui le propulse à la fois du côté sombre qu’irriguent les désespérances et du côté clair où les « survivantes » donnent à penser qu’une suite est possible pour la parole.

     

    Sous cette poésie, on saisit un intense désir d’innocence, une remise à nu des perceptions, des visions comme des actions.

    Animalumière
    Toino Dumas, Le Lézard amoureux, Montréal, 2016, 82 pages












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