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    Littérature québécoise

    Redressement social en spirale

    Dans la veine de Beckett et Kafka, Renaud Jean livre une fable noire et grinçante sur le monde moderne

    22 octobre 2016 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Renaud Jean, un jeune premier face à son premier roman où la misanthropie dévoile ses ambiguïtés.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Renaud Jean, un jeune premier face à son premier roman où la misanthropie dévoile ses ambiguïtés.
    Littérature québécoise
    Rénovation
    Renaud Jean
    Boréal
    Montréal, 2016, 144 pages

    Dans « Déménagement », la dernière des nouvelles qui composaient Retraite (Boréal, 2014), son premier recueil, il explorait déjà toutes les ambiguïtés de la misanthropie. Le protagoniste y expérimentait une inquiétante perte de contrôle de son existence.

     

    Rénovation, le premier roman de Renaud Jean, est cette fois une fable sombre et terrifiante sur le monde moderne et les voies subtiles de la servitude volontaire — en droite ligne avec Beckett et Kafka.

     

    Et peut-être est-ce avec une certaine suite dans les idées que, lorsque s’amorce le roman, le narrateur solitaire vient tout juste d’emménager dans un vaste appartement à l’intérieur capitonné, dépourvu de fenêtres. « Je repose là sur un canapé, dans le silence et l’obscurité, attentif aux battements de mon coeur, m’abandonnant au passage du temps. »

     

    Mais deux inconnus, Folke et Takashi, vont débarquer un jour chez lui pour s’y installer et entreprendre des travaux de rénovation dont il n’a jamais été informé. Un an plus tard, de crises d’insomnie en conversations absurdes, l’homme se retrouve à la rue après avoir été expulsé de son appartement.

     

    « Secrètement — mais tout relève du secret dans ma vie —, je caresse un rêve de cabane dans les bois, loin de la grande ville, qui ne me convient pas. » Il traîne un temps dans les parcs et les bibliothèques publiques, avant d’être pris en charge par des forces mystérieuses et emmené quelque part dans une communauté située au milieu des bois.

     

    Il retrouve là-bas le même duo qui va l’inciter cette fois à participer « activement et de bonne foi » à un programme spécial qui va lui permettred’expier une faute qu’il ne connaît pas. « Invité à parler, poussé à agir, obligé à des interactions infinies (depuis mon arrivée, on m’a astreint à une série d’activités de socialisation), je lutte contre un sentiment d’éparpillement qui ne me quitte plus. »

     

    Soumis durant des semaines à une batterie de tests et de questionnaires en vue de « cerner sa personnalité », l’homme consent à participer à un stage de redressement social. Dès lors, ballotté de stage en emplois aussi insensés que sous-payés, il s’engage dans une spirale qui ne paraît pas avoir de fin. Une longue descente aux enfers qui alimente son désespoir de ne pouvoir trouver sa place dans un monde auquel il n’avait jamais vraiment souhaité appartenir.

     

    « Comment se fait-il que je continue de n’opposer aucune résistance au monde qui me malmène, qui me foule aux pieds ? » C’est le cauchemar à l’état pur. Une escalade d’incompréhension, de culpabilité sans objet et de sentences jamais nommées.

     

    Diktat invisible, socialisation permanente, surveillance de tous par chacun : il est facile de voir dans Rénovation une sorte d’allégorie noire et grinçante, au choix, sur la pression des réseaux sociaux, le monde du travail, l’impact de chaînes de décisions lointaines et totalitaires sur nos vies — nos vies de plus en plus conformes. Un univers de transparence et d’aliénation poussé jusqu’à l’absurde.

    Rénovation
    Renaud Jean, Boréal, Montréal, 2016, 144 pages












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