Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Jeunesse

    Peut-on vivre sans culture?

    L’art est avant tout source d’espoir, proclame un manifeste déguisé en livre pour enfants

    8 octobre 2016 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    La ministre de la Culture illustrée sur la couverture du livre
    Photo: D’eux La ministre de la Culture illustrée sur la couverture du livre
    Jeunesse
    Si j’étais ministre de la Culture
    Carole Fréchette
    Illustrations de Thierry Dedieu D’eux
    Montréal, 2016, 32 pages

    Lancées au printemps dernier, les éditions D’eux connaissent un départ enviable. Soucieux d’offrir des textes forts, écrits, illustrés et traduits par des grands noms de la littérature, Yves Nadon et France Leduc gardent le cap sur leurs visées prometteuses. Pour preuve, la publication cet automne de Si j’étais ministre de la Culture, écrit par la dramaturge Carole Fréchette et illustré par Thierry Dedieu.

     

    Devant l’indifférence répétée des dirigeants envers l’art et l’importance de le soutenir — lasse des mêmes ritournelles inefficaces —, la ministre responsable de la culture change de stratégie en démontrant avec force et frappe la morosité ambiante qui régnerait si la culture disparaissait de nos vies. « Pas de spectacles de rue. Pas de danse ; tous les iPod verrouillés ; interdiction de jouir des beautés architecturales » ; même les « vêtements, chaussures et chapeaux ne devraient plus être influencés par les créateurs. Seul un modèle unique serait homologué ». Il en va de même pour les voitures, bien sûr. Mais combien de temps les gens pourraient-ils souffrir ce vide ? « Le temps qu’il faudrait pour bien sentir l’enfer suffocant que seraient nos existences dans cet univers de stricte efficacité […] ».

     

    Sur ce texte mordant, véritable coup de gueule contre tous ceux qui croient que l’art n’est qu’une affaire de pelletage de nuage, Thierry Dedieu y va d’un trait grotesque, exprimant de façon percutante tout le ridicule de la situation. Les angles obliques, les personnages aux allures bouffonnes, rappellent ici le trait de Ludovic Debeurme, ce bédéiste et illustrateur français auteur de Trois fils (2013) et de Un père vertueux (2015), publiés chez Cornélius. L’absence de détails superflus contribue à mettre en lumière l’état étrange dans lequel se trouverait le monde sans culture. Même les couleurs choisies, criardes, franches, participent de l’effet saisissant du message. Le grand format de l’ouvrage, présenté sous forme de brochure, étend par ailleurs la portée du propos. Le lecteur est happé par ce visuel qui déborde, fait fi des cadrages, sauf à un moment, où un ministre éveillé en pleine nuit est en manque de son « film de fin de soirée, de sa petite histoire » avant le dodo. L’état de vide est mis en évidence, portant l’attention du lecteur sur le visage éberlué, déconfit du personnage.

     

    Manifeste pour la culture

     

    Au-delà du livre jeunesse, cet ouvrage se veut avant tout une proclamation qui met en lumière l’omniprésence de l’art dans nos vies. Il fait partie de notre quotidien, sans même que nous en ayons conscience, nourrit nos esprits, invite à découvrir l’Autre, à asseoir notre singularité tout en posant les bases d’une identité collective.

     

    En 2014, à l’invitation du Conseil québécois du théâtre, des personnalités publiques ont écrit un texte sur le thème « Si j’étais ministre de la Culture… » Carole Fréchette avait alors participé à cet exercice — son propos était d’ailleurs paru dans les pages du Devoir — et ce présent livre en est une adaptation réalisée pour un lectorat plus vaste encore.

     

    À force d’austérité, de coupures dans des secteurs qui sont pourtant les poumons de nos vies, c’est tout un peuple que nos gouvernements étouffent peu à peu. Fréchette et Dedieu lancent ici un appel rempli d’espérance en un avenir plus ouvert dans lequel le ministre de la Culture pourrait enfin être invité à la « table de l’essentiel en tant que ministre de l’équilibre des âmes, du battement des coeurs, de la respiration, ministre de l’oxygène ».

    Si j’étais ministre de la Culture
    Carole Fréchette, illustrations de Thierry Dedieu, D’eux, Montréal, 2016, 32 pages












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.