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    Josée Blanchette, une orpheline en colère

    28 septembre 2016 | Dominic Tardif - Collaborateur | Livres
    Josée Blanchette lance le «Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri», vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Josée Blanchette lance le «Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri», vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels.
    Livres
    Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri
    Josée Blanchette
    Flammarion Québec
    Montréal, 2016, 368 pages

    Dans un nouveau livre qu’elle lance ce mercredi soir, la chroniqueuse Josée Blanchette plaide pour une médecine intégrative et rejette la religion de la chimiothérapie. Entretien avec une orpheline de la santé.


    « Me donnez-vous deux secondes pour me verser un thé ? » Il s’agira de l’unique pause que prendra Josée Blanchette au cours de notre conversation. Suffit de lâcher le mot — chimiothérapie — pour que les vannes s’ouvrent.

     

    Vous vous en souvenez sans doute : en juin 2014, la populaire chroniqueuse du Devoir confiait entre ces pages, avec la salutaire ouverture qu’on lui connaît, avoir abandonné les traitements de chimio qu’elle subissait (un verbe douloureusement juste) pour un cancer du côlon. « Les aiguilles et le Folfox » provoquerait un torrent dans sa boîte courriels.

     

    Survivants de ce poison qui sauve parfois mais qui ravage au moins aussi souvent, veuves et veufs de cancéreux poussés hâtivement au bas du précipice par des cocktails mortifères, médecins inquiets : les correspondants de Joblo avaient tous en commun de ne plus croire en cette religion qu’est devenue la chimio.

     

    « Plus j’avançais dans ma recherche, plus j’étais fâchée », se souvient-elle au bout du fil, en déballant quelques-unes des statistiques ahurissantes dont fourmille Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri, vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels et d’un guide bienveillant adressé aux futurs hôtes d’un crabe.

     

    Il n’est pas rare, par exemple, que l’on propose une chimio préventive à une femme se remettant d’un cancer du sein, afin de réduire les risques de récidives de seulement 3 % ou 4 %. Pire : les médicaments constitueraient la troisième cause de mortalité dans les pays riches.

     

    « Je n’en revenais pas de l’omertà dans le milieu de la santé, poursuit-elle. La petite Josée Blanchette allait contre l’ordre établi en se mettant le nez là-dedans, mais à un moment donné, quand tu as frôlé la mort, quand on t’a fait un procès sur la place publique parce que tu as abandonné la chimio, rien ne peut t’arrêter. De toute façon, je ne peux pas perdre mon droit de pratique, moi. C’est quand même fou que les médecins qui acceptent de parler soient pour la plupart à la retraite ou débarqués du système. Vous ne trouvez pas ? Vous voyez comment je me pompe quand je parle de ça ! »

     

    De l’utilité des questions niaiseuses

     

    « Les journalistes, on oublie souvent de poser des questions niaiseuses, des questions d’enfant de six ans », pense Josée Blanchette. À quoi ça sert un oncologue ? demande-t-elle au psychiatre Yves Quenneville dans Je ne sais pas pondre l’oeuf… Réponse laconique et sans équivoque : « Chimio. »

     

    « Du moment où j’ai décidé d’arrêter la chimio, je ne voyais plus mon oncologue. Comme si c’est tout ce qu’il avait comme solution à me proposer », s’étonne celle qui plaide pour une médecine intégrative, aménageant de l’espace dans l’arsenal médical traditionnel pour les jus verts ou la méditation, pour peu que ça aide le patient.

     

    Ce pavé dans la mare n’a pourtant rien, insiste son auteure, d’un pamphlet antimédecins. Quelques-unes de ses plus belles pages célèbrent ainsi l’impossible conjugaison d’intelligence et d’humanité que demande le métier de chirurgien. L’obsession monomaniaque de bien des sarraus blancs pour la chimiothérapie comme unique outil permettant de chasser l’envahisseur, elle, ne cesse de la sidérer. Elle retranscrit in extenso plusieurs bouleversants témoignages de malades dont la vie a été ruinée par des protocoles inutiles ou toxiques, quand ce ne sont pas leurs proches qui doivent parler en leur nom, parce qu’ils ne sont plus là.

     

    « Mon deuxième plus grand ennemi, après l’omertà du milieu médical, c’est l’ignorance », explique notre interlocutrice indignée. L’ignorance des patients, à qui on ne dit pas assez qu’il est possible de refuser n’importe quel traitement et, surtout, qu’il n’est pas interdit, au contraire, de faire subir un interrogatoire à son doc avant d’accepter de se faire brancher.

     

    « Les médecins ont peur des poursuites s’ils ne suivent pas les protocoles établis par les compagnies pharmaceutiques, qui mènent le bal, précise Josée. Les patients, eux, ont peur des médecins et ils ont peur de la mort. Ce n’est pas normal qu’on pose plus de questions avant d’acheter une voiture qu’avant de commencer une chimio. »

     

    Une révolution par la base

     

    Radiographie alarmante de l’arrogant scientisme, rejetant tout traitement alternatif, qui règne dans trop d’hôpitaux, le cri d’alarme de Josée Blanchette se veut aussi un appel à changer nos habitudes de vie, refrain mille fois chanté et mille fois ignoré. Activité physique et alimentation saine devraient devenir les maîtres mots de quiconque craint le cancer et, a fortiori, de quiconque en a traversé un. « Même si je suis guérie, je considère que mon cancer est une maladie chronique », fait valoir madame Zeitgeist. Et elle se comporte comme tel.

     

    « Je n’espère plus grand-chose du sommet, j’ai trop vécu pour ça », poursuit-elle au sujet de l’impact qu’elle aimerait produire avec son livre. « J’espère du changement de la base, que les gens se prennent en main. Une personne sur deux va avoir le cancer et pourtant, ce que Richard Béliveau dit à propos de l’alimentation, ça ne passe pas. »

     

    Conclusion ? « Mon message, c’est que je me sens comme une orpheline de la santé. Je n’ai plus foi en la science qui dépend des compagnies pharmaceutiques, mais je ne me suis pas non plus transformée en fumeuse de patchouli. Je ne signe pas mes messages sur Facebook par “namasté”. »

    Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri
    Josée Blanchette, Flammarion Québec, Montréal, 2016, 368 pages












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