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    Roman québécois

    La faille

    Entre Montréal et l’Abitibi, Virginie Blanchette-Doucet explore le paysage de l’exil

    27 août 2016 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    À 27 ans, Virginie Blanchette-Doucet aborde dans son premier roman le déchirement singulier de l’exil.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À 27 ans, Virginie Blanchette-Doucet aborde dans son premier roman le déchirement singulier de l’exil.
    Roman québécois
    117 Nord
    Virginie Blanchette-Doucet
    Boréal
    Montréal, 2016, 164 pages

    « L’Abitibi est trop belle et trop dure. » Peut-être est-ce la raison pour laquelle Maude, la jeune narratrice de 117 Nord, a quitté son village situé près de Val-d’Or. Elle ne semble pas pardonner qu’on la quitte, qu’on la néglige ou même qu’on la partage.

     

    Les habitations du côté ouest de la route 117 devaient être déplacées, les résidants, expropriés, puisqu’on allait rouvrir une vieille mine. Maude, dont la maison se trouve sur la « faille », décide sans tergiverser d’accepter le chèque au montant « ridiculement élevé » qu’on lui offre, de quitter la région et d’essayer d’aller refaire sa vie à Montréal.

     

    Au volant de la vieille Tercel qui lui a été donnée par son ami Francis, elle ne peut toutefois s’empêcher de revenir sur les lieux de ses origines. Francis, l’ami de toujours (l’amant ?), le voisin d’en face épargné par les expropriations puisque sa petite maison était « du bon côté de la 117 ». Aurait-il cédé, lui, ou résisté aux pressions ? On l’ignore et la question, du reste, ne se pose même pas. Il travaille lui aussi dans une mine de la région et conduit un camion de 240 tonnes, « à mi-chemin entre le Transformer et l’animal préhistorique ».

     

    À présent, chaque fois qu’elle refait la route, débarquant à une extrémité ou à l’autre de la 117, c’est un peu le même vide qui l’accueille. Même entre les deux points — surtout entre les deux —, la vacuité pèse de tout son poids sur les cinq cent vingt-neuf kilomètres du trajet : « À force d’allers-retours, toutes les voitures croisées en chemin se ressemblent. Les saisons se replient les unes sur les autres, des trous se creusent dans la route. On les remplit, ils se creusent encore. »

     

    En une alternance de chapitres très courts, Virginie Blanchette-Doucet, née en 1989 à Val-d’Or, explore dans son premier roman le déchirement singulier de l’exil. Un filon qu’elle exploite sans colère, dans une sorte de renoncement fataliste. S’arracher à un lieu, voir ses propres souvenirs s’éloigner : une cabane dans les arbres qui n’existe plus depuis longtemps ou ne plus pouvoir se baigner dans une rivière aujourd’hui contaminée. Un léger traumatisme qui ressemble à un écartèlement permanent.

     

    Elle tente de se projeter, faute de mieux, à Montréal, métropole mal-aimée au « paysage organisé », où tout lui manque et peut-être surtout « le silence des arbres ». « Mon corps habite cet espace, c’est moi qui ne coïncide plus avec le reste. »

     

    D’un chapitre à l’autre, elle se souvient de quelques moments de son enfance libre, des étés passés à travailler dans un laboratoire de la mine, de moments sans nombre passés en compagnie de Francis ou d’épisodes de sa nouvelle vie à Montréal où elle travaille en ébénisterie.

     

    117 Nord est un peu la chronique, largement impressionniste, d’un long deuil. L’exploitation d’une faille intime. Avec quelques beaux passages, des envolées poétiques et beaucoup de zones d’ombre où le paysage devient une sorte d’entre-deux.

    À 27 ans, Virginie Blanchette-Doucet aborde dans son premier roman le déchirement singulier de l’exil.
    117 Nord
    Virginie Blanchette-Doucet, Boréal, Montréal, 2016, 164 pages












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