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    La face québécoise de l’Amérique

    Le sociologue Jacques Noël dévoile l’influence mondiale de notre diaspora

    13 août 2016 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Jack Kerouac, dont les racines québécoises étaient déjà bien connues, en exprima le plus intensément la résonance affective.
    Photo: Jerome Yulsman-Globe Jack Kerouac, dont les racines québécoises étaient déjà bien connues, en exprima le plus intensément la résonance affective.
    Essais
    La diaspora québécoise
    Jacques Noël,
    GID,
    Québec, 2016, 318 pages

    Celle qui pourrait devenir présidente des États-Unis, Hillary Clinton, née Rodham, descend par les femmes de l’apothicaire parisien Louis Hébert, le premier colon de Québec, et d’un pionnier de Montréal, Nicolas Godé (nom devenu Gaudet au fil des générations). En 2011, elle a d’ailleurs aperçu la face québécoise occulte de l’Amérique en visionnant en direct, à la Maison-Blanche, l’assassinat de Ben Laden auquel prenait part Matt Bissonnette.

     

    Hillary Clinton et Matt Bissonnette figurent parmi plus de 80 personnalités, surtout américaines, dont des ancêtres vécurent dans la vallée du Saint-Laurent ou parfois en Acadie, que le sociologue et journaliste Jacques Noël présente, avec autant de savoir généalogique que de verve, dans son essai La diaspora québécoise. Il s’agirait d’un exercice futile consacré à des gens dont beaucoup connaissent à peine le Québec et ne parlent nullement français si la dimension mythique du phénomène ne ressortait pas.

     

    À l’exemple de l’anthropologue Serge Bouchard qui a tant valorisé notre diaspora, Noël donne à son livre un sens capital : « Voir autrement notre place en Amérique ». Il revient sur Jack Kerouac, dont les racines québécoises étaient déjà bien connues et qui, en tant qu’écrivain novateur, en exprima le plus intensément la résonance affective. En outre, il nous révèle des cousins insoupçonnés qui contribuent à façonner la légende très actuelle et très populaire du continent, sinon du monde.

     

    « Yes, we can ! », le slogan progressiste de Barack Obama qui témoigne que, si un Noir peut devenir l’homme le plus puissant de la planète, une foule de choses devraient aussi changer, a été forgé par son rédacteur de discours Jon Favreau, natif du Massachusetts, dont les ancêtres avaient vécu à Boucherville. Parmi ceux de David Plouffe, l’organisateur qui a fait élire Obama à la présidence des États-Unis en 2008, deux s’étaient mariés à Sorel en 1847.

     

    L’ascendance québécoise ne connaît d’ailleurs pas de frontières raciales. En plus d’ancêtres noirs louisianais, Beyoncé, la star mondiale de la chanson, descend de Pierre-François Olivier, marié à Trois-Rivières à Joséphine Duplessis en 1749. Elle affiche fièrement l’accent aigu de son nom, à la différence de Céline Dion qui, aux États-Unis, cache le sien.

     

    De toutes les personnalités choisies par Noël, la romancière Annie Proulx, née au Connecticut en 1935, est celle qui a le mieux saisi l’étrange abîme de la marginalité québécoise en Amérique. Elle écrit : « La séparation de la tribu originelle crée une solitude profonde qui croît avec les années. »

     

    Sa nouvelle Brokeback Mountain, publiée en 1997 et adaptée au cinéma, sur deux cow-boys mariés ayant eu, dans la société macho des années 1960 au Wyoming, une liaison homosexuelle qui finira en tragédie, pourrait, par une subtile transposition, refléter quelque chose de la singularité subliminale d’un Québec émietté à travers le continent.

    La diaspora québécoise
    Jacques Noël, GID, Québec, 2016, 318 pages












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