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    Erri De Luca à l’heure des comptes

    30 juillet 2016 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Erri De Luca nous convie à un voyage à travers son œuvre.
    Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Erri De Luca nous convie à un voyage à travers son œuvre.
    Littérature
    Le plus et le moins
    Erri De Luca
    Traduit de l’italien par Danièle Valin
    Gallimard
    Paris, 2016, 208 pages

    Que ce soit dans ses récits d’une enfance napolitaine magnifiée ou dans le souvenir de ses vacances méditerranéennes gorgées de soleil, le goût du sel sur la peau se mêle parfois à celui des larmes et de la sueur. Tu, mio (1993), Acide, arc-en-ciel (1998) et Montedidio (2002) ont emprunté ces voies étroites en fiction.

     

    C’est donc un peu à un voyage à travers son oeuvre que nous convie cette fois Erri De Luca avec Le plus et le moins, un court recueil de 37 textes ouvertement autobiographiques.

     

    Comme il se doit, il y évoque la découverte — capitale — de l’écriture. Celle du souffle de l’écriture et de l’injustice à travers un instituteur qui, incapable de croire que l’enfant était doué pour les mots, l’avait un jour accusé de plagiat. Une petite épiphanie qui mêle, comme deux jumeaux, deux côtés d’une même médaille, la littérature et la politique — même en germe.

     

    Beaucoup de pages denses emplies d’émotion et de nostalgie, qui portent les traces d’un monde aujourd’hui submergé dont l’écrivain italien, né en 1950 à Naples, serait l’ultime témoin. Tel le souvenir de la sauce ragù de sa grand-mère maternelle (« À table, devant le ragù accompagné de grosses pâtes, j’étais assis bien sagement, mais intérieurement j’étais à genoux devant mon assiette. »)

     

    Territoire de liberté

     

    Avec la même ferveur, plusieurs de ces textes font aussi revivre les étés d’enfance passés à Ischia, une petite île au large du golfe de Naples, où son père et un oncle avaient acheté en commun un terrain. Là-bas, un simple cabanon sans eau courante leur suffisait pour fuir l’étuve de Naples. Jusqu’à la fin de l’adolescence, l’île sera un territoire de liberté où désapprendre avec application l’ordre qu’on lui imposait à l’école et dans les ruelles de la ville.

     

    Erri De Luca, qui a eu 18 ans en 1968, se rappelle aussi sa jeunesse militante et sa participation au mouvement de gauche Lotta Continua. Il n’oublie pas non plus de payer sa dette à Bob Dylan, digne successeur à ses yeux de Jack Kerouac. « Il fallait Dylan pour me pousser hors de chez moi au bas de l’escalier, pour me détacher de toute provenance et pour m’inscrire sur le livre ouvert à tous ceux de ma génération », écrit-il.

     

    Ailleurs, il se souvient avec dignité de sa condition d’ouvrier en Italie et en France au cours des tumultueuses années 1980, serrant des coudes avec des ouvriers de trois continents en attendant leurs chèques : « Dans ma vie, je me suis battu pour une égalité, pour une liberté, mais la fraternité ne peut se conquérir. C’est un don, elle vient à l’improviste, elle peut durer aussi le temps d’un demi-poulet. Mais elle existe, elle a existé, je l’ai goûtée. » Parmi un tas d’autres choses : des rencontres, un hommage aux bistros d’autrefois, un trajet dans Belgrade menacée par les bombes de l’OTAN, le souvenir ému de sa mère et de son père, de leur présence et de leur disparition.

     

    Le plus et le moins fait aussi écho aux textes plus récents, parfois « paraboliques », inspirés de sa lente fréquentation des textes religieux anciens. Mais le lecteur, l’écrivain et même l’ouvrier prennent un seul visage ici. Qu’on le lise ou qu’on l’écrive, nous dit-il, un livre sert « à effacer les jours ».

    Erri De Luca nous convie à un voyage à travers son œuvre.
    Le plus et le moins
    Erri De Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, Paris, 2016, 208 pages












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