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    Eugenie Bouchard: qu’il est difficile de l’aimer

    Louis Cornellier
    23 juillet 2016 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques
    En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.
    Tennis
    Eugenie Bouchard : le rêve
    Michel Marois
    La Presse
    Montréal, 2016, 240 pages

    J’aurais voulu aimer Eugenie Bouchard. Je pratique le tennis depuis presque quarante ans et je suis avec intérêt depuis autant d’années les exploits des professionnels de ce sport. Quand Eugenie Bouchard a vraiment percé, en 2014, en s’imposant dans les grands tournois, je m’en suis réjoui. Enfin, me disais-je, le tennis québécois a sa première vraie championne, et elle est éclatante.

     

    Or, depuis, malgré les réels exploits sportifs de la jeune femme, j’ai déchanté. C’est que la championne, en effet, n’est pas toujours aimable et ne brille pas par son attachement au Québec, surtout s’il parle en français. Dans un de leurs récents spectacles, les Zapartistes affirment même « en avoir plein l’cul » qu’on dise « la Québécoise Eugenie Bouchard », tellement cette dernière ne s’identifie pas au Québec.

     

    Dans Eugenie Bouchard : le rêve — un titre pour le moins paresseux —, Michel Marois, journaliste sportif à La Presse +, raconte sobrement le parcours exceptionnel de l’athlète. Docteur en science politique grâce à une thèse sur Maurice Richard et l’émeute du Forum de Montréal en 1955, Marois est un journaliste d’expérience qui connaît le tennis. Il suit la carrière de Bouchard depuis 2008 et dit vouloir proposer, dans ce livre, « une vision lucide et équilibrée d’une des plus grandes athlètes du sport professionnel canadien ». Marois ne cache pas son irritation devant les frasques de Bouchard, qu’il attribue à son immaturité et à son entourage, mais, sympathique à la cause de la joueuse, il insiste surtout sur ses faits d’armes sportifs.

     

    Parmi l’élite

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.
     

    Ces derniers sont remarquables. En 2014, à l’âge de vingt ans, Eugenie Bouchard a atteint le 5e rang du classement mondial en brillant dans les plus grands tournois du monde, notamment à Wimbledon, où elle a perdu en finale. Après une année de misère en 2015, elle a dégringolé au classement (en début de semaine, elle pointait au 41e rang), mais elle demeure parmi l’élite mondiale. Une experte comme Chris Evert continue de croire en ses capacités de regagner le sommet, un avis partagé par Michel Marois. En cette matière, tous les espoirs sont encore permis.

     

    Or, les résultats, les performances, surtout dans un sport civilisé comme le tennis, ne sont pas tout. L’esprit compte aussi et est souvent garant, d’ailleurs, du succès à long terme. À cet égard, Bouchard, mise à l’amende pour conduite antisportive à Wimbledon cet été, a encore des croûtes à manger. En mai 2015, dans Le Journal de Montréal, le chroniqueur Réjean Tremblay affirmait que l’athlète traînait « une réputation de petite baveuse » chez les journalistes et chez les joueuses.

     

    Michel Marois évoque lui aussi cette facette de Bouchard. « Déjà, note-t-il, dans les tournois pour les jeunes, la famille était reconnue pour ses exigences » et passait pour snob. En 2014 et en 2015, Bouchard, au mépris de la tradition, a refusé de serrer la main de ses adversaires en ouverture de la Coupe de la Fédération. La jeune femme, en 2014, avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires. On flirte ici avec l’air bête et le manque de classe.

     

    Le malaise québécois

     

    « Cette fille, écrivait encore Tremblay, devrait quand même avoir des racines. Est-elle consciente que des millions de Canadiens et de Québécois sont fiers d’elle ? […] Y a-t-il quelqu’un qui lui a expliqué qu’avoir une base solide dans une carrière peut parfois être salvateur ? » On dirait bien que non.

     

    Les propos de Bouchard sur le Québec sont parfois blessants. Affirmer que l’hiver québécois est trop froid et qu’elle préférerait vivre en Australie peut toujours passer, mais se féliciter, comme elle l’a fait en 2014, de ne pas parler français avec l’accent québécois était pour le moins indélicat.

     

    Issue d’une famille québécoise anglophile et monarchiste — son prénom, sans accent, est inspiré par celui d’une des filles du prince Andrew —, Bouchard, qui tient à se faire appeler Genie et qui désigne maintenant la Floride comme son « home », donne l’impression de n’avoir rien à cirer de ses racines québécoises. Elle en a le droit, évidemment, mais nous avons le droit de le déplorer. Quand, en février 2016, la joueuse a inconsidérément appuyé la croisade d’Uber au Québec — « Do it guys », a-t-elle écrit sur Twitter —, elle a fourni une preuve supplémentaire de son manque de tact social.

     

    Comme amateur de tennis québécois, j’aurais voulu pouvoir aimer Eugenie Bouchard. Or, j’aime le sport et le Québec plus que la victoire et la gloire, alors que Bouchard, pour le moment du moins, incarne l’équation inverse. Dommage. Elle est ici, cette semaine, chez elle, pour participer à la Coupe Rogers. L’occasion est belle, pour elle, de nous montrer qu’elle a grandi en sagesse. Le cas échéant, nous serions volontiers indulgents.

    Eugenie Bouchard : le rêve
    Michel Marois, La Presse, Montréal, 2016, 240 pages












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