Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous
    Spectacles

    La famille McGarrigle est aussi la nôtre

    30 juin 2016 |Sylvain Cormier | Livres
    Rufus et Martha Wainwright en 2013 lors de l’inauguration de la place Kate-McGarrigle, à Outremont
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Rufus et Martha Wainwright en 2013 lors de l’inauguration de la place Kate-McGarrigle, à Outremont
    Festival de jazz

    Anna et Jane McGarrigle
    ​Flammarion, Québec, 352 pages

    Les samedi 2 et dimanche 3 juillet, en grande vedette à Wilfrid, Rufus Wainwright déploie son opéra Prima Donna, en plus d’embrasser son vaste répertoire, profitant du grand orchestre. Du jeudi 6 au samedi 8, Martha et Lucy Wainwright serinent au TNM les comptines de leur enfance — l’album Songs in the Dark, version augmentée.

     

    Entre elles et lui, presque sans l’annoncer, plus ou moins en privé à la Cinquième Salle de la PdA (c’est gratuit, mais il faut aller chercher son billet sur place), Anna et Jane McGarrigle lancent Entre la jeunesse et la sagesse, la bio de la famille. Il y aura des chansons et des invités, l’habituelle joyeuse pagaille de la smala : harmonies, retrouvailles, truculence et tendresse au programme.

     

    Ça fait beaucoup de McGarrigle et de Wainwright au même Festival de jazz. « À mes débuts il y a plus de quarante ans (!), écrit le cofondateur André Ménard dans son billet de présentation de la 37e édition, j’ai eu la chance de travailler avec les soeurs Kate et Anna McGarrigle, et ainsi voir tout petits les enfants de Kate, Rufus et Martha Wainwright. » Ils ont toujours été là, dirait-on, de génération en génération : ils sont notre famille de musique, on a l’impression d’en faire partie tellement il y a du lousse pour nous laisser entrer dans leurs spectacles partys de cuisine.

     

    À même leurs mailles

     

    Ils font partie de nous, les McGarrigle et les Wainwright, on est tricotés à même leurs mailles, et pourtant, à lire Entre la jeunesse et la sagesse, on comprend qu’on les connaît peu, à quelques anecdotes près dans les entrevues. On a surtout été invités à la fête, sans trop se demander pourquoi on est si bien en leur compagnie, pourquoi toute cette famille est la fois tellement libre de mouvement et enracinée, pourquoi ils chantent tous comme ils respirent.

     

    C’est précisément ce qu’Anna et Jane expliquent et racontent, se partageant les courtes mais savoureuses, tendres et transparentes histoires qui jalonnent ce parcours plein de détours, biographie d’avant la bio connue, qui va en gros de l’union Latrémouille-McGarrigle (Gaby et Frank, mariés en 1935) jusqu’à la naissance de Martha en 1976 et la sortie du premier album de Kate et Anna. Tout ce qui nous précède, nous, famille élargie en forme de public.

     

    Il y a tout un paragraphe sur l’apprentissage des accords de base à la guitare et la grâce des harmonies (« un drôle de petit gène qui peut avantager les chanteurs au talent moyen »), mille repères sur le répertoire extrêmement vaste des jeunes soeurs — ça va de Bon voyage par Gloria Lasso jusqu’au rock instrumental d’un Duane Eddy —, on se promène dans le Saint-Sauveur d’avant Saint-Sauveur, et jusque dans leur cour qui était « un véritable champ de mines où le gazon mal entretenu cachait de vieilles planches traversées de clous rouillés ». On les suit chez les religieuses, où une Mère Bridget « savait reconnaître une menace spirituelle » et cassa un 78 tours d’Elvis « en le frappant sur son genou ».

     

    Dylan et les Hell’s Angels

     

    Plus loin, on est au Festival folk de Newport avec Anna et son amoureux Dane Lanken, l’année où Dylan vira électrique. On suit Jane dans les « love-in » du San Francisco d’avant la récupération hippie, puis à Altamont la fois où les Hell’s Angels assurèrent la sécurité (sic) et l’on poignarda un spectateur juste devant les Rolling Stones… et ainsi de suite, des Mountain City Four jusqu’à la tentative de carrière solo de Kate, le mariage et les ruptures successives de celle-ci avec Loudon Wainwright III.

     

    C’est à la fois la grande absente et l’incontournable du livre, la bien-aimée Kate, « la barreuse de la chasse-galerie McGarrigle », celle qui « n’avait jamais peur ». On mesure plus que jamais ce qui la différencie d’Anna, laquelle, au moment d’enregistrer Complainte pour Ste-Catherine au milieu des années 1970, se demandait encore ce qu’elle était venue faire dans cette galère chansonnière : « Personne ne savait qui était cette fille à l’air ahuri qui s’accompagnait sur un accordéon rouge, même pas moi… Mais qui étais-je donc ? »

     

    Anna ? Elle est celle qui vécut toute l’aventure des McGarrigle, celle qui a survécu, celle qui écrit aujourd’hui avec sa grande soeur Jane l’histoire d’avant l’histoire, et celle qui chantera, parmi les siens et les siennes, le lundi 4 juillet. « La plupart des gens qui se lancent dans le show-business ont une certaine idée de l’image qu’ils veulent projeter. Pas moi. » Ça explique un peu beaucoup la carrière des McGarrigle, en éternelle et naturelle marge du succès. Et notre affection, sans filtre, entière. Nous aimons les McGarrigle et tout leur monde, cette famille qui est aussi, ce livre le dit mille fois, la nôtre.

     

    Rufus et Martha Wainwright en 2013 lors de l’inauguration de la place Kate-McGarrigle, à Outremont
    Entre la jeunesse et la sagesse
    L’album de famille des soeurs McGarrigle
    Entre la jeunesse et la sagesse
    Anna et Jane McGarrigle












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.