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    Anthologie

    Le choeur des femmes

    «Femmes rapaillées» propose de dire le monde au féminin en s’incarnant dans la pertinence de la poésie

    19 mars 2016 | Hugues Corriveau - Collaborateur | Livres
    Anthologie
    Femmes rapaillées
    Collectif sous direction d’Isabelle Duval et Ouanessa Younsi
    Mémoire d’encrier
    «Anthologie secrète»
    Montréal, 2016, 240 pages

    Faut-il vraiment souligner mon étonnement devant la référence à l’image tutélaire d’un poète masculin, aussi prestigieux soit-il, à savoir Gaston Miron, en titre de la nouvelle anthologie Femmes rapaillées qui vient de paraître et dirigée par Isabelle Duval et Ouanessa Younsi ? Soit, L’homme rapaillé est un titre phare de notre littérature dont le sens rassembleur n’échappe à personne. Mais il eût été certainement judicieux de proposer une référence à une Anne Hébert, à une Rina Lasnier ou à une Éva Senécal, ce qui aurait certainement été plus cohérent.

     

    N’empêche, toute initiative pour mettre en lumière la parole des femmes ne saurait qu’être louée, d’autant plus quand la proposition est de qualité. Nicole Brossard nous avoue ainsi : « Je pense un peu à Gaston Miron, Miroir, Mironnie, lui qui savait si bien ce que coûte une phrase du moment qu’on se décide à la vouloir. »

     

    Comment ne pas être ému aussi par les poèmes de Denise Desautels intitulés « Pour dire nous voici — en réponse au poème liminaire de L’homme rapaillé », alors que l’écho du poète bouge dans le sens : « Nous — claire conscience colère de femmes — “ n’irons plus mourir de langueur mon amour / à des milles de distance dans nos rêves bourrasques / des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres. ” Nous souches errantes volontaires avançons. »

     

    Quarante et une poètes chantent l’existence et la force de la parole, dans le mutisme dangereux du temps. C’est déjà un exploit, c’est déjà, contre le silence, la vie absolue de la poésie. Les poètes rapaillent souvent leur passé, les anciennes choses du silence qui les oppressaient ou qui les oppressent encore, parlent beaucoup des lieux, de leur existence investie dans les jardins, dans les chambres, les rues ou les rêves. Pour donner aux mots leur part d’actualisation, là, dans le présent rassembleur, tout pris, tout bu, tout vu. « Dans le fragment je reconnais la plénitude », nous précise, avec d’autres, Louise Warren. On retourne alors à La duègne accroupie de Michèle Drouin quand s’y entend : « Toute la mer dans l’orifice des voyelles. »

     

    On les entend, avec Mireille Gagné, exiger la liberté : « Laissez-moi rêver / à des mains façonneuses d’histoires », car, avec Nora Atalla, « une femme apparaît pour dire les fissures / elle secoue le doute dans les esprits / par l’embrasure renoue les ficelles / éparses entre les os ».

     

    Toute publication d’anthologie me semble importante parce qu’elle souligne l’existence, qu’elle marque d’un trait fort la venue à l’écriture des auteures ici conviées. Belle anthologie, donc, et proposition heureuse à venir saisir l’importance d’une incarnation vive de la parole nécessaire.

    Femmes rapaillées
    Collectif, sous la direction d’Isabelle Duval et Ouanessa Younsi, Mémoire d’encrier, «Anthologie secrète», Montréal, 2016, 240 pages












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