Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous
    Livre

    Une attaque frontale contre le diabète

    6 février 2016 | Louis Cornellier - Collaborateur | Livres
    Le plus récent livre de Normand Mousseau, «Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament?»
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le plus récent livre de Normand Mousseau, «Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament?»
    Livre
    Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament
    Normand Mousseau
    Préface du Dr François Reeves
    Boréal
    Montréal, 2016, 280 pages

    Recevoir un diagnostic de diabète de type 2 équivaut à une petite condamnation. Non pas à mort, mais à la gestion permanente de son état de santé. Le diabète est une maladie grave qui peut entraîner la cécité, l’amputation, des problèmes de rein et de coeur. De plus, comme le précise l’association Diabète Québec, « le diabète ne se guérit pas ». On peut le traiter, pour éviter ou retarder les complications qui sont liées à son évolution, mais on ne peut espérer s’en débarrasser.

     

    Or, dans un livre qui paraît ces jours-ci, Normand Mousseau conteste cette « vérité » médicale. Mais d’où sort-il, celui qui publie Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament ? Docteur en physique de l’Université d’État du Michigan et professeur à l’Université de Montréal, Mousseau est un chercheur de renommée mondiale, en plus d’être un remarquable vulgarisateur scientifique, qui n’hésite pas à sortir de sa spécialité pour se pencher sur des enjeux d’intérêt public — il a beaucoup écrit sur le pétrole, le gaz de schiste et l’avenir énergétique du Québec — afin de contribuer à la conversation démocratique.

     

    Le diabète, avant le printemps 2013, ce n’était pas son affaire. Or, à ce moment, il apprend qu’il en est atteint. Il décide donc, fidèle à sa manière, de se mettre au travail, c’est-à-dire non seulement de changer ses habitudes de vie (mieux manger, faire de l’activité physique, maigrir), mais aussi de s’informer, parce qu’il ignore « tout des éléments les plus fondamentaux de cette maladie ». Il ne se résout pas à l’idée d’être un malade chronique et cherche « une voie crédible vers la guérison », tout en rejetant, en bon scientifique, les approches farfelues. Son enquête, précisons-le, ne porte que sur le diabète de type 2, la forme qui touche 90 % des 830 000 diabétiques du Québec, selon le chiffre de l’association Diabète Québec.

     

    Hypothèse audacieuse

     

    Un article du journaliste Richard Doughty, du Guardian, le met sur la piste du chercheur Roy Taylor, de l’Université de Newcastle, au Royaume-Uni. Ce dernier, contre la position officielle des associations médicales et des associations de diabète, affirme qu’on peut guérir du diabète de type 2, après un diagnostic récent, « en suivant une diète hypocalorique très stricte ».

     

    L’hypothèse est plus qu’audacieuse. Le diabète de type 2 est essentiellement causé par une résistance à l’insuline, qui a des origines héréditaires. Quand un mode de vie sédentaire et l’obésité s’ajoutent aux facteurs génétiques, la maladie se déclenche et s’installe pour toujours. Il faut chercher longtemps pour trouver des ouvrages de médecine qui ne qualifient pas de chronique cette maladie, mais ça existe. Une de ces exceptions est le Dites-moi, docteur… (L’Homme, 1996), du médecin joliettain Raymond Thibodeau, dans lequel on peut lire qu’un « patient peut cesser d’être diabétique », à condition de perdre du poids. Or, ajoute Thibodeau, comme les gens ne parviennent presque jamais à changer leurs habitudes, il faut se résoudre à leur prescrire des médicaments, en se résignant à la chronicité de la maladie. C’est la norme.

     

    Mousseau ne se résigne pas. Les travaux de Taylor, explique-t-il, trouvent leur inspiration dans la découverte suivante : les personnes obèses diabétiques qui ont subi une chirurgie bariatrique, et qui ont donc perdu beaucoup de poids, connaissent souvent une rémission de leur diabète. La piste hormonale a été explorée pour expliquer le phénomène, mais Taylor a essentiellement retenu celle de la perte de poids.

     

    Une réduction brutale de l’apport calorique agit de deux manières sur les deux causes principales de la maladie : en menant à une importante perte de poids, elle réduit la résistance à l’insuline et, en s’attaquant à la graisse contenue dans le foie et le pancréas, elle contribue à régénérer les cellules bêta du pancréas, productrices de l’insuline. En gros, donc, l’efficacité de la chirurgie bariatrique dans le recul ou la disparition du diabète tient essentiellement à la perte de poids (plus de 15 % du poids de départ) qu’elle entraîne.

     

    Diète pseudochirurgicale

     

    Par conséquent, concluent Taylor et Mousseau, un régime à très faible teneur en calories (moins de 800 par jour au lieu des 2000 à 2400 recommandées), suivi pendant environ deux mois, sans reprise de poids par la suite, peut avoir le même effet que la chirurgie bariatrique. C’est la raison pour laquelle Mousseau parle d’une « diète pseudochirurgicale ». Pour lui, en tout cas, qui est passé de 225 livres à 165 livres, ça a fonctionné, semble-t-il. Les travaux scientifiques, précise-t-il, indiqueraient de plus que « ces diètes ne semblent pas entraîner d’effets négatifs à long terme sur l’organisme », même si elles sont très exigeantes.

     

    Dans Guérir du diabète de type 2 (Ovadia, 2014), un ouvrage que Mousseau ne cite pas, le Suisse Grégoire Lagger, docteur ès sciences et spécialiste de l’éducation thérapeutique à l’Université de Genève, propose une thèse semblable, à une différence près : là où Mousseau insiste sur la nécessité d’un régime intense et rapide, d’une « attaque frontale des causes du mal », pour reproduire l’effet de la chirurgie bariatrique, Lagger se contente de plaider pour une importante perte de poids, d’après les articles sur ce livre parus dans la presse européenne.

     

    Le livre de Mousseau a trois mérites : il vulgarise très efficacement tous les aspects du diabète de type 2, il offre un espoir crédible de guérison aux malades et, c’est ce qui le rend intéressant pour le grand public, il montre que la science doit rester en débat pour évoluer.

     

    En Suisse, le livre de Lagger a été contesté par des diabétologues, selon qui le terme « guérison », dans cette histoire, est inapproprié. Ici, le livre de Mousseau n’échappera pas non plus à la contestation, ce qui est dans l’ordre scientifique des choses. Désormais mince, joggeur par devoir et en santé, pour le moment, le vaillant vulgarisateur saura sûrement se défendre.

    Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament
    Normand Mousseau, préface du Dr François Reeves, Boréal, Montréal, 2016, 280 pages












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.