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    Histoire des transports

    L’exotisme fou du Canadien Pacifique

    12 décembre 2015 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Carte postale tirée de l’une des premières affiches du Canadien Pacifique, vers 1913
    Photo: Canadien Pacifique Carte postale tirée de l’une des premières affiches du Canadien Pacifique, vers 1913
    Histoire
    Canadien Pacifique. L’empire du voyage
    Barry Lane
    Traduit de l’anglais par Ève Renaud
    Sylvain Harvey
    Québec, 2015, 200 pages

    En 1885, sous l’administration des hommes d’affaires montréalais d’origine écossaise George Stephen et Donald Smith, le chemin de fer transcontinental du Canadien Pacifique (CP) est pour l’essentiel achevé. Jusqu’en 1939, le rail s’associera au paquebot pour former un véritable « empire du voyage » axé sur le tourisme international. Le livre superbement illustré de Barry Lane en exprime le slogan provocateur : « Voyez ce monde avant l’autre monde ! »

     

    L’historien anglophone, né à Regina, relate que le CP, après avoir, avec l’aide d’Ottawa, construit la Confédération en unissant, par le train, l’Est et l’Ouest, permit aux sujets de l’Empire britannique de faire le tour du monde « en ne foulant toujours que le sol des territoires » de Sa Majesté. Il est tout de même conscient que cette entreprise cocardière se fit d’abord au prix, dans la partie encore vierge du Canada, d’atteintes au mode de vie des Amérindiens et des Métis.

     

    Les vieilles photos éloquentes qu’il a choisies le prouvent. En Alberta, des femmes de la nation des Pieds-Noirs sont réduites à vendre aux touristes des cornes de bison, et la voie ferrée traverse tristement une prairie devant un tipi solitaire. Ailleurs, le train transporte, en 1885, des soldats venus réprimer la révolte des Métis fomentée par Louis Riel. Mais, vers 1890, sur une affiche, un pont ferroviaire, qui enjambe des montagnes vertigineuses, annonce avec délice et insolence : « The new highway to the Orient. »

     

    Sur mer comme sur terre

     

    Au fil des ans, le CP se constituera une flotte de paquebots pour atteindre l’Asie par le Pacifique : l’Empress of India, dès 1891, ensuite l’Empress of Japan et son jumeau l’Empress of China. Lane ne cache pas le fait que des ouvriers chinois, payés la moitié du salaire des ouvriers de souche européenne, avaient réalisé la voie ferrée vers la côte ouest.

     

    À Québec, même le Château Frontenac, l’un des nombreux hôtels construits par le CP, se présente comme « la porte d’une nouvelle route vers l’Orient ». À Montréal, de la gare Windsor, siège social de l’entreprise, la cheville ouvrière William Van Horne, d’origine américaine, cultive l’exotisme, parallèlement à l’évocation de la nature sauvage du Canada, dans des brochures et des affiches en couleurs dont le livre de Lane révèle la qualité artistique.

     

    L’attrait de l’Europe n’est pas négligé, comme le prouve notamment l’Empress of Britain, paquebot phare du CP. À l’entrée de son pont salon, le Québec, réduit à une Nouvelle-France pittoresque dans une murale honorant Hélène Boullé, femme de Champlain, s’offre au regard des globe-trotters, dont les vedettes du cinéma muet Mary Pickford et Douglas Fairbanks.

     

    La gloire du CP déclinera lorsque l’Allemagne nazie coulera, en 1940, l’Empress of Britain, victime alors d’une autre extravagance occidentale, infiniment plus cruelle que celle que le navire incarnait.

    Carte postale tirée de l’une des premières affiches du Canadien Pacifique, vers 1913
    Canadien Pacifique. L’empire du voyage
    Barry Lane, traduit de l’anglais par Ève Renaud, Sylvain Harvey, Québec, 2015, 200 pages












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