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    Édition

    Imprimer sur demande, un livre à la fois

    25 novembre 2015 |Catherine Lalonde | Livres

    La nouvelle, tombée il y a quelques semaines, peut sembler anecdotique. Marquis Imprimeur, en collaboration avec le « pont technologique transatlantique » SoBook, propose désormais pour les livres un service d’impression à la demande (en anglais, POD : Print on Demand). Les éditeurs participants peuvent désormais faire imprimer, pour un peu plus cher, un livre à la fois, au lieu de commander des centaines de livres à l’imprimerie. Révolution ?


    Un des savoirs quasi magiques que doit maîtriser, depuis des décennies, un éditeur, c’est celui d’estimer le nombre d’exemplaires qu’il doit faire imprimer pour chacun de ses titres. Si l’estimation est trop chiche, le livre risque de se retrouver en rupture de stock. Un risque pas sans conséquence si on sait que le lecteur est une bête sensible qui n’aime pas toujours avoir à commander à sa librairie, et encore moins devoir attendre plusieurs semaines avant de repartir avec l’objet de son envie. Si, au contraire, trop d’exemplaires sont produits, l’éditeur devra ensuite en assumer la gestion, ou, plus tard, le pilonnage (la destruction des invendus qu’on pense ne pas arriver à vendre). Il faut aussi savoir, loi du marché aidant, que traditionnellement plus un livre est tiré à un grand nombre d’exemplaires, moins l’impression est chère à l’unité…

     

    L’entente entre la plateforme SoBook et Marquis permet désormais aux éditeurs de faire imprimer un livre à la fois. « Prenez les éditions de L’Harmattan, un de nos clients qui sort vraiment beaucoup de nouveautés, a expliqué au Devoir Serge Loubier, président de Marquis Imprimeur. L’Harmattan a choisi de ne plus du tout tenir de stock (qu’il faisait venir d’Europe) au Québec, et d’y aller à la commande. Je fais pour lui pas loin de 300 commandes par semaine. Ça peut vouloir dire que, dans le même mois, je lui imprime quatre fois le même livre, un exemplaire à la fois. Mais les technologies numériques d’impression, de reliure, etc., se sont améliorées au point où c’est maintenant viable de faire ce choix plutôt que de faire venir et tenir des stocks de livres. À l’époque, imprimer un exemplaire coûtait 15 $ — c’était alors impensable. » Maintenant, à vue de nez, un livre chez Marquis coûte entre 1,50 et 3 $ à imprimer (dépendant de l’encre, de la qualité de papier, des exigences particulières du graphisme, etc.). En impression à la demande, le coût double : un tarif qu’il est désormais possible d’absorber dans le prix de vente.

     

    Pour l’exportation ?

     

    Un des avantages de ce système, outre le fait que le délai de cinq à huit semaines des commandes qui arrivent de l’Europe peut être réduit à cinq jours, c’est que toutes les archives des éditeurs participants restent actives. « On élimine l’obsolescence. Il n’y aura plus de livres “épuisés », poursuit l’entrepreneur, qui aime se décrire comme « un gars de contenant, pas un gars de contenu ». « L’idée pour les éditeurs québécois serait de continuer à faire un tirage de 400 ou 500 exemplaires d’un titre au départ — sinon tu ne peux pas être en librairie, et sans livres, c’est trop dur pour les ventes. Mais ensuite, quand tu vends 50 ou 100 copies par années, tu devrais passer à l’impression à la demande. »

     

    Il faut toutefois accepter de sacrifier certaines particularités graphiques : pas de rabats, pas d’embossage, pas d’estampage. Impossible de faire, à l’unité, un bouquin comme ceux de la célèbre collection Blanche de Gallimard, par exemple. Mais le bouquin sera relié, avec une couverture couleur.

     

    Serge Loubier croit que le système pourra aider l’exportation des livres québécois à l’étranger, puisque le système n’est pas unilatéral. « Ça ouvre la porte aux éditeurs québécois à être imprimé facilement ailleurs. »

     

    Chaîne menacée ?

     

    Est-ce que ce système pourrait ébranler la chaîne du livre et ouvrir éventuellement la porte à des livraisons directement de l’imprimerie à la librairie, ou de l’imprimerie au client, en passant par-dessus le rôle du diffuseur-distributeur ? Serge Loubier ne le croit pas puisque présentement, la part du distributeur est respectée.

     

    À l’Association des distributeurs de livres de langue française, on voit d’un bon oeil l’arrivée de l’impression à la demande. « Tout ce qui permet de réduire la surproduction, tout ce qui allège est bienvenu », a mentionné Benoît Prieur, porte-parole. Mais, comme l’ont souligné discrètement certains éditeurs au Devoir, le modèle de l’impression à la demande consolide les relations de pouvoir déjà existantes. « Si tu as une bonne diffusion, tu vas pouvoir en profiter. Or, les Québécois ont une piètre diffusion en Europe, mais les Européens ont une excellente diffusion ici », soulignait l’un d’eux, doutant dans l’élan que le système puisse aider à l’exportation du livre d’ici.

     

    Par contre, le marché Internet peut très bien bénéficier de cette façon de faire, qui reste marginale. Marquis répond à 500 commandes à la demande par semaine, comparativement à quelque 200 titres tirés de « manière traditionnelle » à de 500 à 5000 exemplaires, à peu près. À suivre, donc.













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