Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Essai littéraire

    Relire, dit-elle

    14 novembre 2015 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Relire équivaut-il à réécouter un disque ou à revoir un film? S’agit-il d’un acte conservateur?
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Relire équivaut-il à réécouter un disque ou à revoir un film? S’agit-il d’un acte conservateur?
    Essai
    Relire. Enquête sur une passion littéraire
    Laure Murat
    Flammarion
    Paris, 2015, 304 pages

    « On ne peut pas lire un livre, croyait Nabokov. On ne peut que le relire. Un bon lecteur, un lecteur actif et créateur est un relecteur. »

     

    Relire un livre qu’on a déjà lu, est-ce un luxe ou une nécessité ? C’est en tout cas une forme de résistance qui s’oppose à la frénésie de la nouveauté et au rouleau compresseur de l’actualité. Tout le contraire de cette « lecture sans retour » (Barthes) qui demeure le sort pas toujours enviable du journaliste littéraire. Mieux, relire pourrait bien être le « noyau dur » de la passion littéraire, l’humus sur lequel « pousse et se développe la pensée ».

     

    Afin de sonder leurs approches de la relecture, Laure Murat a entrepris d’interroger un certain nombre de « gens du livre » en France — écrivains, traducteurs, éditeurs ou critiques. Elle est prof à l’UCLA et auteure de L’homme qui se prenait pour Napoléon (Gallimard, prix Femina de l’essai en 2011), dans lequel elle interrogeait sur fond d’émergence de la psychiatrie moderne les liens entre la violence politique et la folie.

     

    L’amour du connu

     

    Moins ambitieux, Relire. Enquête sur une passion littéraire est le fruit d’une enquête menée auprès de quelques « grands relecteurs » tels Jean Echenoz, Pierre Assouline, Patrick Chamoiseau, Christine Angot, Linda Lê ou Olivier Cohen, qui ont répondu à son questionnaire de vive voix ou encore par écrit.

     

    Relire équivaut-il à réécouter un disque ou à revoir un film ? S’agit-il d’un acte conservateur ? Cherchons-nous, en relisant, à retrouver le lecteur que nous étions ? La relecture est-elle un critère grâce auquel on peut reconnaître un chef-d’oeuvre ?

     

    Relire, c’est aussi une façon de s’inventer une généalogie, bonne ou mauvaise. Un peu comme le fait le héros du Don Quichotte — roman de la relecture par excellence —, qui a perdu la tête à force de se gaver de ses romans de chevalerie. Les raisons de relire sont multiples. Les relecteurs interrogés ici le font autant pour s’imprégner d’une atmosphère que pour essayer de comprendre un mystère, percer le secret de fabrication d’un livre qui fascine.

     

    Il y a ici et là des confidences qui surprennent ou éclairent, comme celles d’Annie Ernaux avec ses trois lectures d’À la recherche du temps perdu ou de Tiphaine Samoyault, universitaire auteure d’une récente et monumentale biographie de Roland Barthes, avouant renouer deux fois par an, comme un rituel, avec les neuf tomes de La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder ! On ne s’étonnera pas toutefois d’apprendre que, chez les relecteurs de l’Hexagone, Proust et Flaubert ont particulièrement la cote.

     

    Pragmatique, Éric Chevillard nous rappelle que « les relecteurs font d’abord partie de ces très rares personnes qui ont lu les livres une première fois… »

    Relire équivaut-il à réécouter un disque ou à revoir un film? S’agit-il d’un acte conservateur?
    Relire. Enquête sur une passion littéraire
    Laure Murat, Flammarion, Paris, 2015, 304 pages












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.