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    Imaginer le roman de demain

    3 octobre 2015 | Émilie Folie-Boivin - Collaboratrice | Livres
    Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse
    On voit encore très peu de livres « vraiment » électroniques qui intègrent à un bon texte hyperliens, vidéos ou photos aux tribulations du héros. Des expériences existent, mais elles restent trop souvent marginales. Est-ce de là, de cette littérature numérique, que surviendra le roman de demain ?
     

    Alors que le livre électronique tel qu’on le connaît n’est souvent qu’une copie (PDF ou ePub) de la version papier, tout un pan de la littérature s’éclate en dehors de ces frontières et repousse les limites de la création en mêlant technologie, multimédia et littérature pour raconter ses histoires.

     

    Mais peu de « livres électroniques » utilisent le plein potentiel des technologies. Ces créations aux possibilités méconnues, autant des auteurs que des lecteurs, sont-elles condamnées à rester dans l’ombre, réservées aux geeks et aux universitaires ? Ou se tailleront-elles éventuellement une place dans le monde littéraire ?

     

    Ces oeuvres hypermédiatiques sont de véritables explorations et peuvent prendre toutes sortes de formes. Si certaines ressemblent davantage à un texte placé sur le Web auquel on ajoute des hyperliens, d’autres propositions s’apparentent davantage au jeu vidéo, et plongent le lecteur dans une expérience interactive qu’aucun livre papier n’a jusque-là offerte, faisant en sorte que la fin de l’histoire est toujours inédite, d’un lecteur à l’autre. Puisque ces créations sont si difficiles à décrire, on peut difficilement les mettre dans une boîte. Sans compter qu’ici, la frontière est très floue : les récits hypermédiatiques tiennent-ils encore de la littérature s’ils ressemblent autant à de l’art numérique ?

     

    Pour Michel Lefebvre, de l’Agence Topo (un centre d’artistes montréalais en arts numériques qui explore les « nouvelles narrativités »), la littérature hypermédiatique est de l’art Web. « Mais c’est la dimension littéraire de l’art. La littérature numérique pour moi est une littérature qui a besoin des outils électroniques pour s’articuler », explique l’auteur et gestionnaire culturel.

     

    Mais si ces deux milieux fraient autant l’un avec l’autre, c’est peut-être dû au fait que les départements d’arts plastiques dans les universités, qui s’intéressaient déjà à l’art numérique à travers la vidéo, ont d’instinct embrassé la création numérique. Alors que la littérature classique « part de loin » pour rejoindre la littérature numérique, explique Alice Van Der Klei, chargée de cours au Département d’études littéraires de l’UQAM et rédactrice en chef de BleuOrange, une revue de littérature hypermédiatique qui diffuse et traduit ces récits en langue française, véritable référence francophone dans le domaine.

     

    Tout un monde

     

    Comme en arts visuels, il reste toujours plus facile de comprendre une oeuvre de littérature médiatique quand on a les références pour la lire. Au fil des présentations d’oeuvres hypermédiatiques dans le cadre de Metropolis bleu et de la Nuit blanche, Alice Van Der Klei a remarqué que les lecteurs ont peut-être besoin de lieux, telles des galeries d’art, pour nous aider à découvrir ces oeuvres.

     

    Si la création hypermédiatique n’est pas davantage pratiquée et reconnue, c’est surtout un problème institutionnel, croit Marcello Vitali-Rosati, professeur agrégé de littérature et culture numérique au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. « L’institution du livre est une structure très complexe qui a pris du temps à se cristalliser », dit-il, évoquant en exemple la relation avec le public, ou encore la diffusion, la perception des droits d’auteurs, le système de récompenses par les prix littéraires. « Si on demande aux étudiants en littérature ce qu’ils veulent faire plus tard, ils vont dire “être écrivain”. Être écrivain, c’est écrire un roman : parce que ça sera publié chez Boréal, il pourra obtenir un Prix du Gouverneur général, faire la une d’un magazine, percevoir des droits d’auteurs », illustre le chercheur, qui s’intéresse aux formes de production, de publication et de diffusion des contenus en ligne.

     

    La littérature hypermédiatique ne s’insère pas encore dans cette institution, mais elle n’est pas pour autant condamnée à rester dans la marge. « Cela prendra du temps, mais doucement, il y a une forme qui commence à émerger, qui commence à avoir une petite reconnaissance des institutions, donc à vivre », dit M. Vitali-Rosati, en citant l’exemple du Français François Bon, auteur « classique » qui a un impact institutionnel fort et qui tient également un laboratoire d’expérimentation numérique sur son site Le tiers livre.

     

    Le blogue est aussi une version mieux connue du texte numérique, auprès d’un plus large public, où, justement, les auteurs ont pu gagner la reconnaissance du milieu et sortir de l’ombre. « Le meilleur exemple est celui de Caroline Allard, des Chroniques d’une mère indigne,dont le blogue est devenu un livre, qui est devenu une série Web, illustre Alice Van Der Klei, de la revue BleuOrange. Ceux qui font de la création à l’écran ont étudié en littérature, ont écrit, se sont emparés du Web, des blogues et de Twitter pour faire de la poésie numérique. Maintenant, tu n’as plus besoin d’avoir une maison d’édition derrière toi ou une agence pour être lu. »

     

    Chez l’Agence Topo, Michel Lefebvre croit que « de plus en plus, on va être en présence du [récit hypermédiatique], le directeur citant l’exemple de La Presse+. Le mode d’accès à ce contenu narratif permet de nouvelles mutations du récit, de la nouvelle ou du conte et de la poésie. C’est dans ce sens que ça va invariablement se développer ».













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