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    Libre opinion

    Caillou, la suite

    22 septembre 2015 | Christian Bédard - Directeur général, Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV) | Livres
    Il est faux de dire que la Cour suprême a statué sur la maternité de l’oeuvre et confirmé le coautorat de Mmes Desputeaux et l’Heureux parce que la cour s’est «interdit l’examen du fond du différend».
    Photo: Paul Giamou Getty Images Il est faux de dire que la Cour suprême a statué sur la maternité de l’oeuvre et confirmé le coautorat de Mmes Desputeaux et l’Heureux parce que la cour s’est «interdit l’examen du fond du différend».

    Le RAAV souhaite réagir à la regrettable décision de l’Association des écrivaines et écrivains québécois pour la jeunesse (AEQJ) de plier devant le recours en diffamation intenté contre elle par les Éditions Chouette en admettant publiquement et mot pour mot la thèse que Les Éditions Chouette défendent. Cette rétractation publique a également fait l’objet d’un article plutôt favorable aux Éditions Chouette paru dans Le Devoir du 19 septembre sous la plume de Stéphane Baillargeon.

     

    Les conséquences de la position prise par l’AEQJ sont dramatiques pour Hélène Desputeaux et pour le milieu associatif artistique. Il est rare qu’une association d’artistes piétine sa propre mission de défendre ses membres, ou leurs collègues pratiquant la même profession, par peur de représailles de la part d’un diffuseur ou d’un producteur. Malheureusement, les membres de l’Association, réunis en assemblée générale, n’ont eu droit qu’à une seule version des faits et semblent avoir collectivement paniqué avant de céder à la pression imposée par cette poursuite-bâillon des Éditions Chouette. C’est grave et c’est un dangereux précédent.

     

    Une rétractation qui fait dire à la Cour suprême ce qu’elle n’a jamais dit… Il est déjà assez grave que Chouette ait tenté de bâillonner l’AEQJ ; mais l’éditeur lui a imposé un texte de rétractation qui déforme la vérité. Dans ce texte, on veut faire dire à la Cour suprême ce qu’elle n’a jamais dit : « Nous reconnaissons également que Les Éditions Chouette respecte les droits d’auteur de Madame Hélène Desputeaux, alors que le statut de coauteures de Mesdames Hélène Desputeaux et Christine L’Heureux a été confirmé par la Cour suprême du Canada et qu’une entente à l’amiable, intervenue entre elles, régit leurs droits et redevances sur le personnage Caillou. »

     

    Or, il est faux de dire que la Cour suprême a statué sur la maternité de l’oeuvre et confirmé le coautorat de Mmes Desputeaux et l’Heureux parce que la cour s’est « interdit l’examen du fond du différend ». Si la Cour suprême ne s’est pas intéressée à la question des droits d’auteur, c’est donc qu’elle ne s’est pas prononcée sur la maternité de l’oeuvre. L’arrêt de la Cour suprême dit seulement que la Cour d’appel du Québec ne pouvait pas annuler une décision arbitrale à moins que la sentence arbitrale n’aille à l’encontre de l’ordre public.

     

    Par ailleurs, parler d’une entente « à l’amiable » entre Mme Desputeaux et Chouette en 2005 est un euphémisme jovialiste. Cette entente était en réalité une transaction négociée en dehors des tribunaux après plus de dix ans de tribulations judiciaires. L’épuisement physique et moral de Mme Desputeaux, d’une part, et la menace imminente d’un jugement défavorable à Chouette en Cour supérieure, d’autre part, auront présidé à sa signature, certainement pas l’amitié entre les parties.

     

    Pour rétablir la vérité, on doit rendre publique cette entente. À titre de représentant d’Hélène Desputeaux, dans l’attente que la Cour supérieure se prononce sur tout le dossier et dans le but de permettre aux artistes, journalistes et au public en général d’avoir un éclairage complet sur les positions des parties, le RAAV propose de publier l’essentiel de l’entente signée en 2005 entre Les éditions Chouette, Christine L’Heureux et Hélène Desputeaux. L’ignorance des détails de cette entente a permis, selon le RAAV, de faire circuler toutes sortes de rumeurs sur son contenu autant dans les médias que sur les réseaux sociaux.

     

    La créatrice de Caillou est d’accord pour que nous le fassions. Reste à obtenir l’autorisation des Éditions Chouette et de Christine L’Heureux. Dans une mise en demeure envoyée à Mme Desputeaux en 2013, Chouette se disait prête à rendre l’entente publique « afin de rétablir la véracité des faits et sa réputation ». Est-ce encore le cas ?

     

    Le RAAV continue donc à appuyer Hélène Desputeaux dans son long combat pour la défense de ses droits d’auteur, ce qu’il fait depuis 1996. À l’instar de Claude Robinson, Hélène Desputeaux est un exemple de détermination et de courage pour tous les artistes créateurs.













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