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    Point chaud

    Paul a un nouveau visage

    8 septembre 2015 |Fabien Deglise | Livres
    Photo: Michel Rabagliati Les Éditions de la Pastèque

    C’est historique ! Après 15 ans d’existence sur papier, Paul, l’attachant personnage imaginé par Michel Rabagliati, devient le tout premier héros québécois de bande dessinée à faire son entrée au cinéma avec Paul à Québec, adaptation sur grand écran par François Bouvier d’un roman graphique qui célèbre la vie en tutoyant la mort. La transposition est dévoilée ce soir à Montréal. Le prétexte à une rencontre avec un créateur comblé et le nouveau visage de son double…

    Il y a des rencontres qui donnent parfois l’impression d’avoir été scellées d’avance. Celle du comédien François Létourneau avec le personnage Paul, qu’il incarne dans la toute première adaptation cinématographique de ce personnage de bande dessinée, peut en faire partie.

     

    « Quand je me suis présenté aux auditions pour ce rôle, j’avais cette scène à jouer dans laquelle Paul et sa blonde cherchent à déménager », résume l’artiste rencontré plus tôt cet été dans le jardin de Michel Rabagliati en compagnie du géniteur du personnage auquel il prête ses traits dans Paul à Québec, le film. Sa sortie est prévue le 18 septembre prochain. « Paul est angoissé, réticent à l’idée d’acquérir une propriété très chère et d’en assumer l’hypothèque. Sans préméditation, c’est exactement le même sentiment qui m’a traversé, le matin de cette journée d’audition, dans ma vie personnelle, en allant avec ma blonde visiter une maison plus grande dans l’espoir de déménager. »

     

    Destins croisés ? Destins tracés ? Il y aurait un peu de Paul dans François Létourneau, et inversement, à en croire Michel Rabagliati, père du personnage qui, depuis Paul à la campagne (La Pastèque) en 1999, met en dessin sa propre existence, ses propres fragments de vie, ses angoisses, ses joies face à sa condition, dans cette série en bande dessinée qui, huit épisodes plus loin, peut facilement revendiquer le statut d’oeuvre patrimoniale. « Je ne connaissais pas ta vie personnelle, mais je te voyais bouger, dit l’auteur au comédien, dans une conversation de cour arrière lancée par Le Devoir sous le soleil de juillet. La façon dont tu parles, dont tu te surprends de la vie, la bonté et la bienveillance que tu affiches, ça ne faisait aucun doute pour moi : Paul au cinéma, ça a toujours été toi. »

      

    Un corps, une voix

     

    Au-dessus des têtes, les réacteurs des longs courriers en approche finale vers le tarmac de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau déchirent régulièrement le ciel. Mais un sentiment de vertige émane surtout de la scène se jouant sur le gazon d’une propriété du nord de la ville au même instant : un créateur en chair et en os parlant de lui à travers un personnage fictif évoque ce double avec le comédien bien réel avouant un mimétisme évident avec ledit personnage qu’il porte désormais à l’écran. « Je n’ai jamais joué un personnage qui me ressemble autant dans la vraie vie, dit François Létourneau. Avant même que l’on me demande d’auditionner pour ce rôle, mes amis proches me disaient que lui, c’était moi. » On pourrait croire la confidence arrangée par le gars des vues. Mais non !

     

    Pour son changement de cadre, son passage du 9e au 7e art, du coup de crayon à la personnification, Paul aurait donc trouvé le « canal » idéal en François Létourneau qui, pourtant, avec ses rôles dans des séries télévisées comme Les invincibles ou Série noire, aurait pu faire douter d’une telle affinité. « Je m’écris des rôles qui sont en décalage avec ma vraie nature », justifie-t-il. Mais le héros dessiné trouvera-t-il son public, sera-t-il reconnu par ses fidèles dans cette transposition qui, comme toute mutation, vient avec ces écueils : quand Tintin a fait son entrée au cinéma en 1961 sous les traits de Jean-Pierre Talbot pour un Mystère de la Toison d’or, Hergé avait alors été submergé de courriers de lecteurs mécontents. Selon eux, il venait d’y avoir trahison : l’acteur « n’ayant pas la voix du personnage », se plaignaient-ils sérieusement. Le pouvoir de conviction du 9e art n’est pas à prendre à la légère. Il peut parfois jouer des tours et finir par rendre une tonalité sonore fabulée planche après planche dans une tête, étrangement réelle.

     

    Létourneau sourit : « Je ne peux incarner qu’un seul Paul, dit-il, j’espère qu’il ne sera pas trop éloigné de la vision et de l’audition des lecteurs. » Rabagliati partage le même amusement et renchérit : « L’idée n’était pas de porter à l’écran un calque de la bande dessinée,et c’est ce que François Bouvier, le réalisateur, a réussi à faire. » C’est le dessinateur qui l’a contacté il y a quatre ans pour piloter le changement de cadre, séduit par la manière dont il avait magnifié la famille dans ses Histoires d’hiver. « Le film a une existence à part entière, en parallèle, en marge des bandes dessinées. Il en conserve l’esprit, mais a tout ce qu’il faut éviter le jeu des comparaisons. »

     

    « C’est pareil, mais ça ne l’est pas, lance le comédien en regardant le bédéiste. La force de ton univers, c’est l’humanité et la sincérité qui s’en dégagent. Elles sont là dans le film, dans une réinterprétation » qui ose toutefois le clin d’oeil à l’univers dessiné dans lequel elle puise, en transformant doucement ce Paul à l’écran, confronté, comme dans la bédé, à la lente mort de son beau-père, pour en faire un dessinateur qui va finir par dessiner sa propre existence. « C’est un bel ajout, une belle boucle, cette affaire-là », estime le bédéiste qui, au sortir du premier visionnement du film en juin dernier, avait fait cet aveu en marge d’une conversation sur un autre sujet lié à la bande dessinée avec Le Devoir : « Ça fonctionne parfaitement et tellement bien que j’ai pleuré comme une Madeleine en regardant ce film. »

     

    Quelques minutes plus tôt, Létourneau avait pourtant admis ne pas trop avoir pensé aux bédés de Rabagliati en jouant son rôle. Or, cette histoire de larmes, que la version dessinée du récit, dernier chapitre du cycle d’une vie appréhendé en famille, avait largement tirées chez plusieurs lecteurs et lectrices, pourrait bien laisser croire que le comédien, au final, s’est fait déjouer par une oeuvre forte et son personnage. 













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