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    La lecture d’été qui a changé ma vie (4/6)

    L'année où je suis devenu pataphysicien

    10 août 2015 | Gleason Théberge - 67 ans, professeur retraité, pataphysicien | Livres
    Photo: Pascal Girard
    À l’invitation du Devoir, près de 200 lecteurs ont partagé, en peu de mots, le souvenir d’une lecture d’été marquante, bouleversante. Six textes ont été retenus, qui seront illustrés chaque lundi d’été par autant d’illustrateurs de renom.
     

    Été 1969. Je chambre à Québec, rue d’Auteuil. J’y décante les émotions vécues à l’hôpital psychiatrique alors appelé Saint-Michel-Archange où, en guise de travail d’été, je suis préposé aux malades. Séminariste devenu collégien, à Rimouski, je n’ai lu d’oeuvres québécoises que Pieds nus dans l’aube : c’est vers la littérature étrangère que j’ai été jusque-là dirigé.

     

    D’abord, c’est Souvenirs de la maison des morts, de Dostoïevski, qui accompagne en miroir mon parcours presque carcéral, et j’y retrouve la cigarette monnaie d’échange et surtout la hiérarchisation proportionnelle au degré d’oppression. Mais c’est dans L’arrache-coeur, de Boris Vian, que je plonge ensuite pour une dérive magistrale où foire aux vieux, psychanalyse d’un chat, mère délirante et bonheur de vivre en cage m’ouvrent les portes de la pataphysique, qui deviendra ma religion.

     

    Il y a là dans un style épuré le terrible ton léger qui fait voir comme équivalents le calme d’une affection familiale et le tragique de l’équarrissage des chevaux ou des mauvais traitements que les apprentis acceptent parce que c’est comme ça au village. Cette idée d’une acceptation inconsciente de l’injustice contribue alors à me libérer davantage des convenances : j’adopte le point de vue de la limace bleue qui permet de s’envoler au-delà des murs et du vent qui passe à travers les barreaux. L’époque s’y prête et, la même année, je peux entrer par son Amélanchier, dans la forêt-cathédrale Ferron où je me perds depuis, en ce pays incertain où je suis sûr de moi.













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