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    Littérature québécoise

    Folies de M. Blais et autres tourments de Serge

    Un autre ovni signé François Blais

    14 février 2015 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir
    Critique
    Cataonie
    François Blais
    L’instant même
    Québec, 2015, 120 pages

    En librairie le 17 février

    Roi des nuits du « Grand Shawinigan » pendant un certain temps, imbu de lui-même au-delà du raisonnable et né — c’est l’évidence — avec un poil dans la main, monsieur B*** est un drôle de pistolet. Fils d’un ancien professeur de boxe anglaise, dangereusement timbré, l’homme est toujours prêt à recourir aux conseils de son éternel ami Firmin, mais sans jamais les suivre, lorsque les circonstances l’y poussent.

     

    Cataonie, le premier recueil de nouvelles de François Blais, déjà auteur de huit romans (Nous autres ça compte pas, Document 1, tous deux à L’instant même), rassemble six aventures de ce protagoniste narrateur aux obsessions singulières. Des histoires étrangement loufoques qui ne sont pas aussi éloignées qu’on pourrait le croire de l’univers habituel de cet écrivain prolifique.

     

    Personnage altier, monsieur B*** taquine lui aussi la muse et on fait sa connaissance alors qu’il met le point final à son dernier roman, Tourments de Serge. Préoccupé à l’excès par la longueur de son manuscrit, ne faisant pas confiance à son traitement de texte pour lui donner le compte exact des mots, il sollicite les services d’un « compteur de mots » professionnel. Mais le doute persiste et il finira par compter et recompter lui-même jusqu’à l’épuisement nerveux (Combien ?).

     

    Plus loin, on retrouve le quadragénaire amoureux fou d’une naine, caissière dans une épicerie. « Je ne pouvais plus continuer à me mentir : j’avais cette naine dans la peau. » Mais comble d’injustice, cette personne de petite taille refuse ses avances. Un rejet qui le pousse au meurtre, même en ayant recours à une « victime de substitution » (La naine). Dans une autre nouvelle, achetant à vil prix un vieux numéro de Placid et Muzo, une série de bandes dessinées, monsieur B*** s’aperçoit avec consternation qu’une page déchirée ampute la blague de la semaine de sa chute, celle du petit cochon qui passe sur la chaise électrique, envoyée par un lecteur, un certain André Camus (La chute de Camus).

     

    Univers parallèles

     

    Assassiner sa vieille tante à coup de hachette sans broncher, comme chez Dostoïevski ? Monsieur B*** aussi en est capable, comme de la plus renversante des franchises : « mon but est de vous occire et, dans quelques jours, assister à vos funérailles, y rencontrer le vicomte de G*** et m’en faire une relation utile » (Raskolnikov).

     

    Dans L’intrus, François Blais — c’est son nom complet — rêve qu’il est un personnage dans Angéline deMontbrun, le roman de Laure Conan. Secrètement amoureux d’Angéline dans ces rêves, il y « vit » des événements qui ne se retrouvent pas dans le roman. Mais chacun de ses épisodes nocturnes a pour effet de modifier le livre original jusqu’à changer même son titre… Ses tentatives dérisoires pour vérifier la réalité le font basculer encore plus avant dans un univers à la Ray Bradbury.

     

    Cataonie, dont le titre est emprunté au géographe romain Strabon, donne naissance à un monde fou qui se déploie dans un style extravagant où François fait largement usage de l’imparfait du subjonctif. Mélangeant la rigueur hautaine de la langue avec l’humour noir, maniant avec enthousiasme l’ironie et l’écart, François Blais émaille ses nouvelles de dialogues pince-sans-rire du genre : « Mais, mon cher, vous ne bandez guère. — En effet, ma mie, cela est fâcheux. »

     

    Dans cet univers parallèle où évolue son personnage psychopathe et bédéesque comme un poisson dans l’eau, tous les coups sont permis. Malgré ses histoires brèves et plus que jamais déjantées, Cataonie trouve sa place à côté de la plupart des livres de François Blais, qui sont le plus souvent peuplés de personnages oisifs et doucement obsédés.

    Cataonie
    François Blais, L’instant même, Québec, 2015, 120 pages












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