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    Rêver d’un second Louis Riel

    Des lettres inédites révèlent qu’au Québec on espérait beaucoup du fils du chef métis

    24 janvier 2015 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Essai
    Jean Riel, fils de Louis Riel
    Sous une mauvaise étoile

    Annette Saint-Pierre
    Éditions du Blé
    Saint-Boniface, 2014, 298 pages

    L’inquiétante vague d’assassinats de jeunes Amérindiennes dans l’Ouest canadien, ces dernières années, ne serait pas étrangère à la longue exclusion sociale de leur communauté. Une exclusion qui ravive le souvenir de Louis Riel (1844-1885). Chef du soulèvement des Métis, ce visionnaire exécuté par Ottawa rêvait d’une union spirituelle continentale entre les descendants des autochtones et ceux des Européens. Il lui donnait Montréal comme capitale.

     

    En écrivant la biographie Jean Riel, fils de Louis Riel, la romancière et essayiste Annette Saint-Pierre, née au Québec en 1925 mais établie au Manitoba depuis des décennies, est consciente de la dimension prophétique des oeuvres de Louis Riel, natif de Saint-Boniface. Ce véritable poète de la nation métisse mêle réflexions politiques et visions mystiques.

     

    Au Québec en 1896, même si des conservateurs le traitent encore de traître à l’Empire britannique et de déséquilibré, Louis Riel est un héros pour les libéraux qui, comme Honoré Beaugrand, ex-maire de Montréal et directeur de La Patrie, un quotidien de la métropole, considèrent que veiller sur l’éducation de son fils unique, Jean, est « une dette de sang que tout Canadien français doit au supplicié de Regina ».

     

    Ennemis du père et du fils

     

    En s’appuyant sur les lettres inédites conservées par le journaliste Alfred Pelland, autre libéral qui, avec Honoré Mercier, rouge lui aussi, fils du premier ministre québécois du même nom, se préoccupa du sort de Jean, Annette Saint-Pierre retrace le parcours de celui-ci. Jeune homme venu de l’Ouest, Jean dut, pour arriver à Montréal, traverser en train l’Ontario sous un nom d’emprunt pour ne pas y provoquer les extrémistes anglo-protestants, ennemis jurés de son père.

     

    Dans une des lettres qui donnent au livre un intérêt historique indiscutable, Pelland révèle crûment la situation politico-religieuse de l’époque. Il souligne l’importance de Louis Riel au Québec d’alors et celle de son fils qui y est vu, malgré lui, comme l’héritier du virtuel libérateur messianique d’un continent, plus ou moins rêvé, de langue française et de culture catholique, où s’étaient tissés d’indestructibles liens avec les autochtones.

     

    Il écrit à la soeur de Louis Riel sur le protecteur libre penseur de Jean : « On a dû vous dire que M. Beaugrand n’était pas aussi bon catholique que certains chefs conservateurs-tories qui ont tenu les premiers rôles dans le meurtre juridique de votre frère. » Pelland la met en garde contre l’archevêque et les prêtres de Saint-Boniface, hostiles à Beaugrand « par haine des libéraux et pour ne pas s’aliéner le parti anglais protestant ».

     

    Comme le relate avec minutie Annette Saint-Pierre, l’émancipateur attendu, Jean Riel, meurt prématurément. Il n’accomplira pas ce qu’on espérait de lui. Mais, dans un monde encore marqué par l’exclusion, la vision fabuleuse conçue par son père demeurera nécessaire.

    Jean Riel, fils de Louis Riel. Sous une mauvaise étoile
    Annette Saint-Pierre, éditions du Blé, Saint-Boniface, 2014, 298 pages












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