Histoire - À la recherche d'un temps perdu
Ils aimaient le dépaysement, refusaient de limiter leur aventure humaine à un tout petit carré de jardin. La Terre est vaste: partons! Ces explorateurs, «ils ont dit ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont senti en présence des choses et des gens inattendus dont ils allaient chercher le choc. Ont-ils révélé ce que ces choses et ces gens pensaient en eux-mêmes et d'eux? Car il y a, du voyageur au spectacle, un autre choc en retour dont vibre ce qu'il voit. Par son intervention, parfois si malencontreuse, si aventurière (surtout aux vénérables lieux silencieux et clos), est-ce qu'il ne va pas perturber le champ d'équilibre établi depuis des siècles?», écrit Victor Segalen dans son Essai sur l'exotisme. Celui qui est sans doute le moins exotique de tous les voyageurs fait partie des expéditeurs dont on trace le portrait dans le livre Explorateurs photographes. Territoires inconnus 1850-1930.
On admire, dans ce bel ouvrage, les photos qu'ont ramenées d'intrépides voyageurs de leurs expéditions en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie et jusqu'aux Pôles. La gravité et la noblesse de ceux qui nous fixent depuis cet autre temps donnent l'impression qu'ils sont conscients de l'éternité dans laquelle ils entrent au moment où ils sont photographiés. De fait, seule leur image survit. Certains explorateurs ont même signé l'arrêt de mort de peuples, tel celui des Indiens Fuégiens en Amérique, qu'une épidémie de pneumonie et de rougeole transmise par les missionnaires et les militaires ont rayé de la carte.
Mais la plupart des expéditeurs retracés dans ce livre évitent de se comporter en conquérants et font preuve de lucidité quant à la menace qu'ils représentent pour ceux qui les fascinent. On retrouve Rimbaud au Harar, en Afrique, où il gagne modestement sa vie. Enthousiasmé par ce qu'il voit, il veut posséder à tout prix un appareil photographique pour «faire un ouvrage pour la Société de géographie avec cartes et gravures». Il finit par obtenir le matériel nécessaire à un prix qui va le ruiner, mais tant pis: il doit devancer un monseigneur qui s'est mis en tête d'écrire le même livre que lui... On voit aussi de quel entêtement Alexandra David-Néel fait preuve pour se rendre au Tibet, pays qu'elle rêvait de découvrir. On y croise Pierre Loti, parti en Inde pour une mission d'information et qui écrira, à la suite de son voyage, L'Inde sans les Anglais.
«Toute image suppose un regard et tout regard est culturellement conditionné. Cette évidence semble aujourd'hui banale mais à ce moment-là, elle est loin d'aller de soi», écrit Antoine Lefébure, directeur de l'ouvrage. Les photographies regroupées mettent en lumière l'intensité avec laquelle étaient regardés les expéditeurs occidentaux. Et toi, qui es-tu étranger?
On admire, dans ce bel ouvrage, les photos qu'ont ramenées d'intrépides voyageurs de leurs expéditions en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie et jusqu'aux Pôles. La gravité et la noblesse de ceux qui nous fixent depuis cet autre temps donnent l'impression qu'ils sont conscients de l'éternité dans laquelle ils entrent au moment où ils sont photographiés. De fait, seule leur image survit. Certains explorateurs ont même signé l'arrêt de mort de peuples, tel celui des Indiens Fuégiens en Amérique, qu'une épidémie de pneumonie et de rougeole transmise par les missionnaires et les militaires ont rayé de la carte.
Mais la plupart des expéditeurs retracés dans ce livre évitent de se comporter en conquérants et font preuve de lucidité quant à la menace qu'ils représentent pour ceux qui les fascinent. On retrouve Rimbaud au Harar, en Afrique, où il gagne modestement sa vie. Enthousiasmé par ce qu'il voit, il veut posséder à tout prix un appareil photographique pour «faire un ouvrage pour la Société de géographie avec cartes et gravures». Il finit par obtenir le matériel nécessaire à un prix qui va le ruiner, mais tant pis: il doit devancer un monseigneur qui s'est mis en tête d'écrire le même livre que lui... On voit aussi de quel entêtement Alexandra David-Néel fait preuve pour se rendre au Tibet, pays qu'elle rêvait de découvrir. On y croise Pierre Loti, parti en Inde pour une mission d'information et qui écrira, à la suite de son voyage, L'Inde sans les Anglais.
«Toute image suppose un regard et tout regard est culturellement conditionné. Cette évidence semble aujourd'hui banale mais à ce moment-là, elle est loin d'aller de soi», écrit Antoine Lefébure, directeur de l'ouvrage. Les photographies regroupées mettent en lumière l'intensité avec laquelle étaient regardés les expéditeurs occidentaux. Et toi, qui es-tu étranger?
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