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    Mémoires d’une table à dessin

    Le caricaturiste Garnotte se confie à l’occasion de la sortie de son recueil annuel

    10 novembre 2014 |François Lévesque | Livres
    Illustration: Garnotte

    Ses caricatures égaient les pages du Devoir depuis 1996. Esquissées avec un sens aiguisé du détail qui tue, les propositions satiriques de Garnotte permettent autant de se distraire que de se défouler collectivement.

    Exécutées avec intelligence, les caricatures peuvent faire oeuvre d’art autant qu’oeuvre utile. Qu’elles dénoncent les turpitudes des puissants ou la bêtise humaine en général, celles que crée quotidiennement Garnotte possèdent cette double vertu, comme on peut le constater de visu à l’occasion de la publication de L’annuel Garnotte 2014, en librairie ces jours-ci, et qui regroupe plus d’une centaine de caricatures.

     

    « C’est chouette de voir l’année défiler à travers ces dessins-là pour lesquels, il est vrai, j’ai un attachement personnel, confie Garnotte. Au quotidien, une nouvelle chasse l’autre à une vitesse folle. Ce que je constate, surtout, c’est que les anecdotes s’effacent naturellement au profit des grands événements. »

     

    Ce cru-ci se révèle particulièrement marqué par la présence du Parti québécois, de la charte des valeurs aux élections cauchemardesques en passant par les aléas d’une course à la chefferie annoncée. « Le Parti québécois a connu une très mauvaise année, et Mme Marois, en particulier », confirme le caricaturiste, qui a passé en revue des centaines et des centaines de dessins.


    « Avec mon directeur littéraire, Jean Bernier, nous avons discuté longuement afin de créer un enchaînement intéressant. Nous tenions tous les deux à une lecture chronologique, mais avec une certaine souplesse, par exemple en associant des dessins qui cohabitaient bien. Cela dit, le fil des grands événements de l’année est respecté. » Cela, au bénéfice premier du lecteur.

     

    Au sujet de ce dernier, Garnotte précise toujours essayer de se mettre dans sa peau. « Jour après jour, je me demande de quoi le lecteur voudra entendre parler le lendemain. Si je dessine ma caricature le mardi, elle est publiée le mercredi. Il y a un côté “pari” dans le choix que je fais. Parfois, par contre, un sujet s’impose, comme un passage obligé. Dans le temps de la charte, c’était impossible de traiter d’autre chose : tout le monde avait une opinion là-dessus, tout le monde se prononçait. »

     

    Parfois maladroitement, avec caricature à la clé. « Mais, là encore, il m’arrive d’opter volontairement pour une nouvelle secondaire, par exemple si j’ai un très bon gag pour l’illustrer. »

     

    Plus-value

     

    À cet égard, le caricaturiste estime jouir de beaucoup de latitude. Lorsqu’il écarte un sujet, voire une manière d’aborder un sujet, c’est généralement de son propre chef, et non en raison d’une intervention de la direction. « Je suis au Devoir depuis 18 ans. J’en connais intimement les grandes lignes éditoriales. C’est un journal pour toute la famille ; ce n’est pas Charlie Hebdo. C’est dire que je traite les sujets en conséquence, en m’abstenant d’être trop olé olé. L’intérêt d’un tel recueil, justement, est la possibilité d’inclure quelques esquisses plus risquées. »

     

    De fait, L’annuel Garnotte 2014 contient plusieurs croquis exécutés au crayon de plomb, sortes de caricatures fantômes. « Chaque jour, je me retrouve avec plus d’esquisses que de sujets, c’est-à-dire que je peux réaliser trois ou quatre esquisses pour un même sujet, après quoi j’en mélange pour arriver à une composition définitive que je peaufine, que je mets à l’encre, etc. Il reste après tout ça sur ma table à dessin une pile d’esquisses souvent intéressantes, mais rejetées pour une raison ou une autre. »

     

    Couverts de croquis, les murs du bureau de Garnotte attestent une activité créatrice bouillonnante. Pourtant, il doit bien y avoir des jours où l’actualité se fait muse capricieuse ? Le syndrome de la « feuille blanche », ça existe ? « Oui, tous les jours ! »

     

    Publication commune du Devoir et des Éditions du Boréal, L’annuel Garnotte 2014 sort en librairie ce mardi.













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