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    Le sexe, du rétroéclairé au papier

    8 novembre 2014 |Émilie Folie-Boivin | Livres
    Illustration tirée du recueil «Carnet écarlate», d’Anne Archet
    Illustration: Mélanie Baillargé Illustration tirée du recueil «Carnet écarlate», d’Anne Archet
    Bleu Nuit - Histoire d’une cinéphilie nocturne
    Sous la direction d’Éric Falardeau et Simon Laperrière
    Somme toute
    Montréal, 2014, 344 pages

    Nu
    Sous la direction de Stéphane Dompierre
    Québec Amérique
    Montréal, 2014, 376 pages

    Le carnet écarlate - Fragments érotiques lesbiens
    Anne Archet
    Remue-ménage
    Montréal, 2014, 144 pages

    Avec les années, le paysage pornographique virtuel s’est enrichi d’un torrent de festivités lubriques. Encapsulés et tablettés par catégorie, les fantasmes les plus inusités — et spécialisés — sont désormais accessibles à toute heure du jour au cyberflâneur, qui n’a qu’à mettre une main dans le sac à bonbons du Web (et l’autre où il veut) pour tirer son plaisir n’importe où, en tout temps.

     

    C’est avec ce panorama en fond d’écran que plusieurs auteurs québécois ont érotisé l’automne littéraire. Trois publications, Le carnet écarlate d’Anne Archet, le collectif de nouvelles érotiques Nu et Bleu nuit. Histoire d’une cinéphilie nocturne, se réapproprient chacune à sa manière les images érotiques pour les redonner à l’imaginaire, plutôt que de les exposer et de les imposer.

     

    Beau hasard, ces auteurs ont à peu près tous vécu leur puberté en simultanée avec Bleu nuit.

     

    La veilleuse

     

    Par le défunt Bleu nuit, émission qui a habité les fins de soirée entre 1986 et 2007, Télévision Quatre-Saisons a donné deux mémorables décennies de rendez-vous coquins aux spectateurs. Une première sur la télé généraliste. Cette série de films dégourdis, tirant autant vers le film d’auteur et le thriller érotique que vers le nanar affligeant, était plus qu’une simple plage horaire. La preuve est reliée sous la couverture de Bleu nuit. Histoire d’une cinéphilie nocturne, sous la direction d’Éric Falardeau et Simon Laperrière. Écrit à plusieurs mains, l’ouvrage aborde un sujet vécu dans l’intimité, une « époque où nous pouvions voir sans tout voir, où le voyeurisme était possible sans que la découverte soit totale et irréversible », écrit dans l’un des essais la directrice de production Marie-Andrée Lamontagne.

     

    Ces témoignages, critiques de films, entrevues (avec Guy Fournier, papa de Bleu nuit, l’ex-chroniqueuse télé Louise Cousineau et Claude Fournier de Deux femmes en or) évoquent avec une douce nostalgie une période calfeutrée et lointaine, marquée par la télé câblée, la désobéissance aux parents et les premières tentations dans un sous-sol obscur, le volume à 1 et le nez collé à l’écran cathodique.

     

    Le phénomène est montré, avec un amour senti, sous tous les angles. La « musique de fesses » est scrutée autant que le coït interrompu des téléthons, seul programme capable de suspendre l’heure heureuse bleutée, sans parler du succulent cadeau fait en plein coeur du livre, un scénario (on préfère vous faire languir) dont le contexte de la trouvaille nous fait sentir voyeurs, comme à la première heure.
     

    Avec la postface de Samuel Archibald, qui met le doigt sur tout ce qui a fait le charme de Bleu nuit, la somme de ces plaisirs de l’ère du VHS remue des souvenirs et fait sourire, le tout servi dans un livre sacrément bien roulé.

     

    Une scène mise à nu

     

    Les seize auteurs québécois (dix femmes, six hommes) recrutés par Stéphane Dompierre ont eu six mois pour écrire leur nouvelle érotique insérée dans Nu, recueil littéraire aguicheur dirigé par l’auteur d’Un petit pas pour l’homme (Québec Amérique, 2004). Si les hommes ont été un peu plus difficiles à convaincre de sortir de leur zone de confort (d’après les dires de Dompierre), les filles, elles, ont consenti sans chichis. Nu permet à chacun de faire monter la température de leur univers respectif.

     

    C’est avec curiosité qu’on s’abandonne dans l’aventure équestre de Marie-Hélène Poitras, alors qu’une Nancy B. Pilon, tout en rythme, fait haleter un amour suspendu. Matthieu Simard, graphique, incarne avec esprit une star de la porno cherchant à combler l’éternel vide typique de ses histoires, tout comme le fait Sophie Bienvenue avec sa fin du monde et Geneviève Jannelle avec son couple snobinard en goguette dans le Sud.Elles auraient un X de moins que la plupart des nouvelles de Nu auraient tout de même tenu leur pari, celui de faire rougir dans les lettres de l’art, de former un recueil d’abord et avant tout littéraire.

     

    En pièces détachées

     

    Pour clore ce tour du chapeau sexy, la petite plaquette d’Anne Archet, pornographe tapie dans l’ombre qui sévit depuis dix ans sur la blogosphère, sert les microrécits de son Carnet écarlate. Fragments érotiques lesbiens comme des bonbons mélangés qu’il ne faut pas tout manger d’un trait.

     

    Ses capsules saphiques, à la plume tout en finesse et illustrées avec le trait sexy de Mélanie Baillargé, posent un regard érotique souvent en périphérie de l’acte. Tantôt en pleine réflexion  La nuit n’est pas un moment. C’est une entité, un être avec ses propres désirs, sa propre respiration. Sa propre logique »), Archet observe (« Vision attendrissante, sous un pantalon blanc transparent, sa culotte noire qui, toute tordue, lui rentre dans les fesses ») ou est en pleine action (« Mon nez enfoncé dans ta chatte et ma langue sur ton clitoris : home sweet home. ») et tire des leçons (« Gueule de bois et lapsus freudien : " ça m’apprendra à faire la fesse toute la nuit… " »). Du vite fait bien fait à l’ère ou tout doit tenir en quelques caractères.

    Illustration tirée du recueil «Carnet écarlate», d’Anne Archet
    Bleu nuit. Histoire d’une cinéphilie nocturne
    Sous la direction d’Éric Falardeau et Simon Laperrière, Somme toute, Montréal, 2014, 344 pages
    Nu
    Sous la direction de Stéphane Dompierre, Québec Amérique, Montréal, 2014, 376 pages
    Le carnet écarlate Fragments érotiques lesbiens
    Anne Archet, Remue-ménage, Montréal, 2014, 144 pages












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