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    La grande séduction du prêt de livres numériques

    11 octobre 2014 |Émilie Folie-Boivin | Livres
    La collection numérique de Bibliothèque et Archives nationales du Québec compte à ce jour près de 60 000 livres.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La collection numérique de Bibliothèque et Archives nationales du Québec compte à ce jour près de 60 000 livres.
    En bibliothèque, les Québécois se sont décidément mis à embrasser le livre numérique. À ce jour, 90 % des bibliothèques publiques québécoises offrent le prêt numérique, un service devenu incontournable pour les usagers, parmi lesquels on compte de nombreuses personnes âgées. Le livre virtuel a transformé, et transforme, l’écologie de la bibliothèque.
     

    À son ouverture, la Grande Bibliothèque offrait un service de référence à distance. Mais depuis qu’est entré en service le prêt de livres numériques en novembre 2011, 25 % des questions qu’elle reçoit se rapportent à cette nouvelle manière d’embrasser la lecture.

     

    Devant la curiosité de ce nouvel univers virtuel pas très intuitif, la bibliothèque montréalaise a dû développer des services de soutien afin d’aider les usagers du virtuel à se familiariser avec ce nouveau système et ce nouvel écosystème. Une situation qu’ont aussi vécue toutes les bibliothèques publiques qui ont pris le virage. « J’ai entendu le cas de gens qui arrivaient à la bibliothèque avec leur appareil encore dans le plastique et qui voulaient de l’aide pour apprendre à emprunter des livres, raconte Jean-François Cusson, directeur général chez BiblioPresto, un OSBL qui chapeaute le développement et l’accès aux ressources numériques dans les bibliothèques publiques. Ça fait partie de leur rôle social de combler le fossé numérique. »

     

    Près de 90 % des bibliothèques publiques sont membres de PRETNUMERIQUE.CA, un chiffre qui a surpassé les attentes de départ de BiblioPresto, qui administre cette plateforme d’emprunt québécoise. Le système est si populaire qu’il est vite devenu un service de base des bibliothèques. Si tout le monde n’a pas de liseuse, de nombreuses personnes de plus de 55 ans, grands acheteurs de tablettes, composent le public des ateliers numériques offerts par la Grande Bibliothèque, et M. Cusson remarque que le service est très populaire auprès des aînés. Accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et sans avoir besoin de se déplacer, le système à distance est plus commode pour les gens à mobilité réduite, sans compter que la tablette permet d’ajuster la taille de la police de caractère du roman.

     

    « La demande pour le livre numérique explose. Cette année, on devrait terminer l’année avec 500 000 prêts », affirme Maryse Trudeau, directrice des services à distance de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, dont la collection numérique de près de 60 000 livres est composée des collections de catalogues de PRETNUMERIQUE.CA, d’OverDrive et de NumiLog, entre autres.

     

    Tous les livres numériques ne sont pas offerts en prêt aux bibliothèques. À vue d’oeil, Clément Laberge, vice-président principal chez De Marque, distributeur qui a développé la plateforme PRETNUMERIQUE.CA, estime que moins de la moitié des titres de livres qui font l’actualité chaque week-end dans les médias québécois sont offerts en prêt numérique. Un nombre qu’il espère voir grimper à 9 sur 10 dans la prochaine année, avec la venue de nouveaux éditeurs français dans le catalogue de ce système développé ici dont la fonction est de prêter des ressources électroniques francophones aux usagers des bibliothèques.

     

    Si les Québécois ne peuvent toujours pas emprunter du Michel Tremblay pour leur liseuse — alors que les livres virtuels du romancier se trouvent sans problème en version anglaise —, c’est que certains éditeurs hésitent encore à prêter leurs livres aux bibliothèques, explique Jean-François Cusson. « C’est un marché qui est encore en train de se développer. Tous les éditeurs ne sont pas encore à l’aise et il y a des craintes. »

     

    Le verrou, 55 prêts maximum

     

    PRETNUMERIQUE.CA compte actuellement près de 17 000 titres, français pour la plupart, de livres de tous les genres (psycho-pop, jardinage, cuisine, romans). De 60 à 70 % des livres empruntés sont des romans. Un système qui « fonctionne très bien dans la mesure des contraintes actuelles », dit Clément Laberge.

     

    Parmi ces contraintes, les systèmes ne sont pas simples d’utilisation pour le premier emprunt. Le fameux verrou, qui restreint l’emprunt en empêchant l’usager de prêter son livre et rend automatiquement le livre disponible après 21 jours, est encore un concept flou pour les lecteurs. Puisque le livre est dématérialisé, on pourrait penser que plusieurs personnes peuvent emprunter un même exemplaire simultanément, ou prêter le livre à leur conjoint si elles en ont terminé la lecture avant l’échéance de l’emprunt. Peut-être dans l’avenir. Mais pour le moment, ce n’est pas le cas.

     

    Car la licence de prêt actuelle, négociée par BiblioPresto et établie selon ce que les éditeurs acceptent de concéder aux bibliothèques, offre pour l’instant peu de souplesse, d’après les explications de M. Laberge, chez De Marque. « Il faut dire qu’au Québec, on est dans une situation plutôt enviable, car ils se sont à peu près tous mis d’accord sur un modèle : quand une bibliothèque acquiert un livre numérique, elle peut le prêter 55 fois. Après, il faut racheter un nouvel exemplaire. »

     

    Laboratoire québécois

     

    Les utilisateurs de livres numériques font présentement partie de ce que Clément Laberge appelle un laboratoire. Le vice-président principal chez De Marque souhaite que les lecteurs se voient comme des acteurs importants ayant une influence sur PRETNUMERIQUE.CA. « J’espère qu’ils vont oser formuler des propositions pour améliorer cette plateforme, parce qu’un des avantages d’avoir développé ce système ici, c’est qu’il est beaucoup plus facile d’y apporter des changements que si on dépendait d’une plateforme comme celle que l’américaine OverDrive — un fournisseur qui présente pour les bibliothèques des défis similaires à ceux qu’Amazon pose dans le grand public —, pour qui le Québec serait un tout petit marché. »

     

    Un exemple du pouvoir des utilisateurs ? Plusieurs lecteurs terminaient leur livre en quelques jours et se désolaient de ne pas pouvoir « retourner » le livre avant la fin des 21 jours prévus. « Je me souviens d’une femme qui s’est déplacée dans l’un de nos ateliers numériques juste pour savoir comment retourner son livre afin d’en faire bénéficier le plus vite possible un autre lecteur, raconte Maryse Trudeau. Les lecteurs sont soucieux des autres ».

     

    Sans compter qu’ils sont curieux de connaître la suite…













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