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    La courte échelle tombe de haut

    La survie de l’éditeur de livres jeunesse est menacée

    8 octobre 2014 |Catherine Lalonde | Livres
    Les difficultés de la Courte échelle ont semé l’inquiétude chez les auteurs de livres jeunesse.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les difficultés de la Courte échelle ont semé l’inquiétude chez les auteurs de livres jeunesse.

    Les éditions de la Courte échelle, phare de la littérature jeunesse au Québec, ont cessé temporairement leurs activités le 23 septembre dernier. Tout le personnel a été mis à pied. Les équipes responsables des éditions La Mèche et Parfum d’encre, deux identités éditoriales appartenant à la Courte échelle, ont subi le même sort. Plusieurs auteurs sont inquiets. L’Union des écrivains est à l’affût.

     

    La directrice Hélène Derome reste seule à la barre et comme équipage. Elle a pris cette décision afin « de prendre le temps de trouver une façon de restructurer l’entreprise, afin de pouvoir poursuivre les activités », comme elle l’a précisé mardi en entrevue au Devoir.

     

    Demandez aux lecteurs quarantenaires : s’ils ont commencé tout jeunes à bouquiner, il y a de fortes chances qu’ils aient été bercés aux pages de Jiji et Pichou, ces livres mettant en vedette une petite curieuse à lulus et son bébé-tamanoir-mangeur-de-fourmis-pour-vrai. Cette série de Ginette Anfousse a vu le jour en 1976 : 40 000 exemplaires seront écoulés en cinq ans par les éditions le Tamanoir, qui deviendront, deux ans plus tard, sous la gouverne de Bertrand Gauthier, la Courte échelle.

     

    « Dès sa création, l’éditeur offre des albums humoristiques, novateurs et de facture postmoderne, proches des courants esthétiques californiens », peut-on lire dans l’Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, vol. 3, dirigée par Jacques Michon (Fides). Aujourd’hui, plus de 35 ans plus tard, la maison détient un catalogue de près de 700 titres. Du jeunesse (Gauthier, Annie Groovie, Charlotte Gingras), de la fiction pour adultes (Chrystine Brouillet, Stanley Péan, André Marois), de la littérature de pointe sous la bannière La Mèche, lancée en 2011 (Patrick Nicol, Daniel Sylvestre, Françoise Major), ou du livre pratique sous étiquette Parfum d’encre (La croûte cassée, Le jour où j’ai arrêté d’être grosse, 10 secrets pour être une maman heureuse). C’est aussi un bon succès en ventes de droits à l’étranger, surtout du côté des albums jeunesse (Marianne Dubuc, Élise Gravel, Roger Paré), qui ont su rayonner et s’exporter.

     

    « La Courte échelle est une part très importante de la littérature jeunesse identitaire », explique France Desmarais, directrice générale de Communications-jeunesse, organisme qui encourage, soutient et promeut la littérature jeunesse au Québec. « La maison a été une des premières à mettre en scène dans ses livres des jeunes en action ; à utiliser un français impeccable, mais parlé, afin que les jeunes s’y reconnaissent. Ils ont parti le bal du petit roman, ce mini-roman ou roman-miroir, en petits chapitres aérés, où un jeune narrateur parle au “ je ”. Il y a quelques années, ils se sont mis à faire de la poésie pour adolescents,poursuit-elle. Il y a toujours une belle audace dans cette maison. Anfousse, Roger Paré, Marie-Francine Hébert, ils ont mis au monde plusieurs créateurs et ont forgé de jeunes lecteurs. Quand notre organisme donne des formations, on rencontre des lecteurs qui nous disent “ Je lis la Courte échelle ”. C’est exceptionnel. Personne ne dit “ Je lis Boréal ”, ou “ Je lis Leméac ”. »

     

    L’avenir ?

     

    « Pour l’instant, j’aimerais faire en sorte que ça puisse continuer sous une forme ou une autre »,a précisé Hélène Derome. Vente à un éditeur, ou à plusieurs ? Fermeture ? Faillite ? La directrice ne veut nommer aucune avenue de prédilection pour l’instant. « La première préoccupation, ce sont les auteurs : on doit s’assurer que les oeuvres perdurent et soient protégées. »

     

    Et plusieurs de ces auteurs sont très préoccupés. L’union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) a confirmé suivre attentivement le dossier. « Nous avons reçu plusieurs plaintes et des appels d’auteurs inquiets », a indiqué le directeur général Francis Farley-Chevrier. « On reste très attentif à ce qui se passe : on a avisé les subventionneurs de nos préoccupations et de l’inquiétude palpable des auteurs de la Courte échelle, et on observe ça de très près. »

     

    Certaines plaintes concernent des droits d’auteurs non payés, reportés, ou payés beaucoup trop tard. Par ailleurs, les livres et les nouveautés déjà lancées continuent d’être diffusés normalement en librairies.

     

    Deux changements de distributeurs sur une période de 15 mois ont porté un dur coup aux résultats de la Courte échelle, même si ce facteur n’est pas la seule raison des difficultés actuelles. Avec la fermeture et, récemment, la mise sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité de Messageries de presse Benjamin, qui assurait la distribution des livres, la maison d’édition a dû encaisser des retours massifs de livres invendus, et les rembourser. « J’étais en état de choc devant la quantité, confie Mme Derome, mais ce n’est pas la cause de tous les maux. » Paul Benjamin, propriétaire des Messageries de presse, est deuxième actionnaire de la Courte échelle.

     

    « La Courte échelle, c’est un symbole fort de l’édition jeunesse au Québec, et c’est pourquoi les difficultés que vit la maison sont forcément perçues de façon symbolique. Mais d’autres éditeurs prennent le relais », a commenté Frédéric Brisson, chargé de cours des programmes en édition de l’Université de Sherbrooke. Y en aura-t-il un prêt à faire la courte échelle à l’éditeur en difficulté ?













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